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ACDV : « Il faut créer des molécules avec une vraie valeur ajoutée »

Propos recueillis par Sylvie Latieule

Élu à la tête de l'Association chimie du végétal (ACDV), il y a quelques mois, François Monnet esquisse des pistes pour permettre le bon développement de la filière.

Infochimie magazine : Polytechnicien, vous avez plus un profil de physicien et de mathématicien que de chimiste. Comment êtes-vous « tombé » dans la chimie ?

François Monnet : Après un début de carrière chez Alcatel-Lucent, j'ai rejoint le groupe Solvay en 1989, à l'usine de Tavaux. Ensuite, j'ai occupé pendant huit ans le poste de directeur de l'usine de Salin de Giraud avant de prendre la responsabilité de la Global Business Unit Advanced Functional Minerals en Italie. Puis, en 2006, j'ai rejoint la recherche corporate pour prendre en charge des « plateformes émergentes ». Dans les années 2006-2007, il y a eu un engouement mondial pour les nanotechnologies et pour le biosourcé. À cette l'époque, on prédisait un prix du baril à 200 dollars par peur du « peak oil » et de la pénurie de pétrole. Chez Solvay, beaucoup de business unit ont montré un intérêt pour ce thème du biosourcé. La fusion avec Rhodia en 2011 n'a fait que renforcer le nombre de « clients » internes. C'est ainsi que depuis 2012, je me consacre exclusivement à la chimie biosourcée.

Vous avez évoqué un boom de la chimie du végétal dans les années 2006-2007. A contrario, depuis deux ans, on ressent un ralentissement...

F.M. : Nous sommes dans une période de transition. La chimie du végétal est partie dans beaucoup de directions mais sur la base d'hypothèses macroéconomiques qui ne sont plus toutes d'actualité. Il y a dix ans, la chimie du carbone biosourcé était vue comme une chimie à bas coût. On pensait pouvoir concurrencer des molécules de commodités en proposant des prix plus bas. Mais c'était sans compter sur la baisse du prix du pétrole. Aujourd'hui, la vision a changé. La chimie du carbone biosourcé est perçue comme une chimie qui doit valoriser les structures carbonées du végétal. Il y a déjà une ingénierie de la molécule qui est réalisée par le vivant. Il faut l'utiliser pour créer des molécules avec une vraie valeur ajoutée. C'est typiquement le cas de l'oléochimie. Les chaînes longues d'acides gras ont des propriétés que l'on utilise depuis la nuit des temps dans les savons. Le fait de développer des molécules à plus forte valeur ajoutée permet en outre de se « découpler » des variations peu synchrones des prix du pétrole ou du sucre.

Est-ce que cela signifie qu'il faut abandonner toute cette chimie du végétal autour des molécules de commodités ?

F.M. : La réponse est non. La chimie du végétal garde un côté très régional de par la biomasse disponible et les conditions économiques, réglementaires ou fiscales en vigueur dans la région où elle se pratique. Par ailleurs, pour ce qui est des molécules de substitution, ces fameuses « molecules drop in », on n'a pas assez regardé leur véritable impact environnemental. Le jour où l'on taxera le carbone fossile, cela pourra changer beaucoup de choses. En attendant, il est important de pouvoir mesurer l'impact positif de cette chimie avec des outils fiables. L'ACV est l'un de ces outils. Au niveau de l'association, nous réfléchissons à la façon d'aller plus loin, jusqu'au consommateur final, pour le convaincre de la valeur apportée par le biosourcé.

La France a-t-elle vraiment une longueur d'avance ?

F.M. : La France a des points forts. On peut citer l'intégration industrielle de coopératives agricoles comme Avril ou Tereos qui est probablement plus importante qu'ailleurs. La France a une agriculture importante et une industrie chimique non négligeable. L'existence de l'ACDV est également un atout. C'est un lieu unique en Europe de dialogue entre deux secteurs qui ont compris l'intérêt de bâtir quelque chose ensemble. Mais la France doit aussi garder une certaine humilité car on voit des forces dans d'autres pays européens. Par exemple, le Danemark fait partie des leaders mondiaux dans les enzymes. L'Allemagne a une industrie chimique très puissante. Les Pays-Bas, la Belgique ou le Royaume-Uni ont des compétences en biotechnologies. Il faut donc raisonner à l'échelle européenne. D'une part, parce qu'il y a de nombreuses incitations au niveau européen. D'autre part, parce que les acteurs agro-industriels et chimistes sont des acteurs internationaux. Dans ce schéma, la France a toute sa place à tenir.

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