Nous suivre Info chimie

Air Liquide à Feyzin : à l'autre bout du pipe

Installé depuis les années 50 à Feyzin, Air Liquide produit de l'oxygène et de l'azote à partir de la distillation cryogénique de l'air pour ses clients du couloir de la chimie. Une zone en mal d'investissements où le site cherche des relais de croissance.
En 1898, le jeune chimiste Georges Claude commence à s'intéresser à la liquéfaction de l'air. Il parvient à mettre au point un procédé destiné à produire, par distillation de l'air, de l'oxygène et de l'azote. Des travaux qui aboutiront en 1902 à la création, avec Claude Delorme, de la société Air Liquide pour l'exploitation des brevets déposés. Cent ans plus tard, le principe de production des gaz de l'air est resté fondamentalement le même. À Feyzin, dans la banlieue de Lyon, la colonne à distiller blanche et bleue domine les 10 hectares du site de production d'Air Liquide et les grosses cuves de stockage d'azote et d'oxygène. C'est à l'intérieur de cette tour de 35 mètres de hauteur que s'effectue la distillation fractionnée à température cryogénique. La matière première de ce process, c'est l'air, composé à 78,09 % d'azote, à 20,94 % d'oxygène et à 0,97 % d'argon et qui contient également des quantités infinitésimales d'hélium, de néon et autres gaz rares, ainsi que du dioxyde de carbone… Prélevé avec un débit de 26 000 Nm3/h*, l'air est d'abord filtré puis passe dans un compresseur qui le met à la pression de 4 bar environ. Il subit ensuite un séchage et une décarbonatation pour en extraire les molécules d'eau et de gaz carbonique. De là, il passe dans une boîte froide où il est refroidi jusqu'à une température de - 174° C. Ainsi préparé, il est envoyé dans la colonne à distiller qui comprend deux parties, la plus haute en basse pression et la plus basse en moyenne pression. C'est là que s'effectue la séparation des molécules d'oxygène et d'azote par échange entre le gaz montant, qui s'enrichit en azote, et le liquide descendant qui s'enrichit en oxygène. Une fois la pureté désirée atteinte, l'azote est liquéfié et stocké sous cette forme à - 196° C tandis que l'oxygène liquide est stocké à - 183° C. Au total, le site de Feyzin possède une capacité de stockage de 5 millions de litres pour l'azote, d'un million de litres d'oxygène et de 100 000 litres d'oxygène médical. D'énormes quantités qui lui valent d'être classé Seveso II seuil bas. L'acquisition du site date des années 50 quand Air Liquide décide d'y implanter une usine de production des gaz de l'air afin de fournir la zone industrielle naissante. Pendant la première guerre mondiale, de nombreuses productions, considérées comme stratégiques, avaient été éloignées de la frontière franco-allemande. Se côtoyaient alors, dans le périmètre de quelques kilomètres carrés autour de l'usine, des cartoucheries, des producteurs de chlore, de poudre… Le site s'est progressivement développé avec le couloir de la chimie et, aujourd'hui, dix kilomètres de pipelines d'azote gazeux à 40 bar partent de l'usine en direction des chimistes du secteur, Rhodia Belle-Etoile et Silicones à Saint-Fons, Arkema à Saint-Fons et à Pierre-Bénite, mais aussi vers la raffinerie de Total à Feyzin. Dans la chimie, ce gaz est utilisé pour la protection et l'inertage mais aussi pour la production d'ammoniac ou encore le séchage dans l'industrie pharmaceutique… En revanche, en raison de l'absence de sidérurgistes ou de chloriers, installés le long des côtes, aucun réseau gazeux d'oxygène ne part de l'usine de Feyzin. L'oxygène est conditionné pour être expédié, sous forme liquide, par camion ou par bouteille (voir encadré). Sous cette forme, il est destiné à la pisciculture, l'oxycoupage ou l'oxydation. Transporté par pipeline, il est généralement utilisé chez les verriers qui l'utilisent pour une meilleure combustion dans les fours mais aussi dans l'industrie chimique pour la production d'oxyde d'éthylène, d'oxyde de propylène, de VCM (chlorure de vinyle monomère), d'anhydride maléique, de gaz de synthèse… Face à la morosité des chimistes, une offre élargie Parallèlement à la production des gaz de l'air, l'usine est également présente dans l'hydrogène, troisième composant majeur de la production. Ce gaz, qui sert pour la désulfuration, l'hydrocraking, l'hydrogénation et la polymérisation, n'est pas produit à Feyzin mais à quelques kilomètres de là, sur le site de Belle-Etoile. Acheminé par des pipelines à 35 bar, il est compressé à Feyzin pour être ensuite envoyé à une pression de 100 bar jusqu'à la plate-forme de Rhodia-Roussillon à 60 km de là. Un autre client, Eurofloat (filiale de Saint-Gobain), est lui aussi approvisionné par pipeline. Mais aujourd'hui, la période faste du couloir de la chimie semble terminée et les gros investissements et augmentations de capacités des chimistes se font rares. Comment, dans ces conditions, continuer à se développer en l'absence de croissance ? La réponse d'Air Liquide : l'offre élargie. Autrement dit, ne pas se contenter de laisser les gaz à la porte du client mais remonter plus en amont dans la chaîne de production des industriels et prendre davantage en charge leurs besoins en gaz. Ainsi, récemment, le groupe a repris l'installation et l'exploitation de l'unité de production d'hydrogène et de CO de Rhodia à Pont-de-Claix, une activité que le chimiste considérait hors de son champ de compétences. Autre exemple : sur le site de Belle-Etoile, Air Liquide a racheté à Rhodia ses unités de production d'hydrogène, ainsi que la gestion de ses utilités (vapeur, électricité et air comprimé). L'azote, quant à lui, a enregistré une croissance de 3 %, uniquement grâce aux critères de sécurité et de qualité. Au final, le site a réalisé 60 M€ d'investissements ces six dernières années. Et cherche aujourd'hui à ajuster ses futurs développements avec l'évolution de la zone. Gwénaëlle DeboutteTROIS ECHELLES, TROIS MODES DE TRANSPORT Conformément aux réglementations, le gaz doit être conditionné et transporté dans de lourdes et volumineuses bouteilles ou citernes en métal. Aussi faut-il choisir le moyen de transport le plus adapté aux distances et aux volumes transportés. On a coutume de considérer qu'entre 1 000 m3/h et 100 000 m3/h, le pipeline peut être une option intéressante tandis que pour environ 100 m3/h, on préférera l'approvisionnement par camions et pour environ 50 m3/h par bouteilles. Située à quelques mètres de l'usine de production de Feyzin, la plate-forme logistique gère tous les déplacements de camions cryogéniques du sud de la France. Ces camions livrent soit les clients directs, soit les centres de conditionnement Air Liquide, ou encore les industriels qui possèdent une unité de production de gaz in situ (Floxal) mais dont il faut réalimenter les réservoirs de secours. Si le chargement des camions peut être effectué par le chauffeur lui-même, le remplissage des bouteilles nécessite, lui, des manipulations particulières. Le site de Feyzin compte également l'un des neuf centres de conditionnement Air Liquide en France. Environ 2 000 bouteilles vides arrivent ici chaque jour avant midi. Il faut les trier pour mettre de côté celles qui sont abîmées ou celles qui doivent être rééprouvées, les ranger de façon homogène afin de pouvoir les remplir soit avec des gaz purs, soit avec des gaz mélangés.

Bienvenue !

Vous êtes inscrit à la news Industrie Chimie

Nous vous recommandons

Roquette surfe sur la vague « verte »

Roquette surfe sur la vague « verte »

Spécialisé dans la production de matériaux « biosourcés », le groupe français profite aujourd'hui de l'engouement pour le développement durable pour valoriser son offre dans la chimie.BIORAFFINERIE DE LESTREM Chaque jour, 6 000 tonnes de[…]

Des procédés et produits toujours renouvelés

Des procédés et produits toujours renouvelés

Middelburg, haut lieu de la production de résines hydrogénées

Middelburg, haut lieu de la production de résines hydrogénées

Quand le métal se fait spécial

Quand le métal se fait spécial

Plus d'articles