Nous suivre Info chimie

Air Liquide déploie sa technologie Cryocap à Port-Jérôme

À Port-Jérôme, Aurélie Dureuil

Sujets relatifs :

, ,

Le groupe français a mis en service une installation de captage cryogénique du CO2 sur son site de production d'hydrogène en Normandie. L'occasion de détailler sa technologie « unique au monde ».

« Avec Cryocap, Air Liquide fait le choix d'innover en France et d'investir en région Normandie », s'est félicité Karine Boissy-Rousseau, directrice Grande industrie France d'Air Liquide. Le géant français des gaz industriels a inauguré en novembre sa première installation industrielle de captage cryogénique de CO2. Une première mondiale, selon Air Liquide. C'est sur le site de Port-Jérôme en Seine- Maritime que la technologie Cryocap H2 a été mise en oeuvre. Il s'agit de « la plus grande unité de production d'hydrogène par reformage de gaz naturel opérée par Air Liquide en France », selon le groupe et un de ses 50 sites de ce type dans le monde. Installé à côté de la raffinerie d'ExxonMobil, il fournit le pétrochimiste en hydrogène, via un contrat long terme signé en 2002 pour la fourniture d'environ 50 000 Nm3/h de ce gaz. La technologie Cryocap H2 vient capter le CO2 issu de ce procédé. « Comme tous les procédés de production d'hydrogène en grande quantité, un des coproduits est le CO2 », souligne Karine Boissy-Rousseau.

 

Un captage de 60 à 90 % du CO2 émis

 

La technologie Cryocap permet de capter 60 à 90 % du CO2 émis. Le procédé de reformage débute dans le four du même nom, dans lequel le gaz naturel essentiellement composé de méthane réagit avec de la vapeur d'eau à environ 900 °C. On obtient alors le gaz de synthèse ou syngaz, composé principalement d'hydrogène et de monoxyde de carbone. Une fois collecté, il subit une réaction catalytique de shift. Le mélange obtenu est alors composé à 75 % d'hydrogène et de dioxyde de carbone. Ce gaz est alors purifié pour en extraire de l'hydrogène pur à 99,5 % qui est destiné à la raffinerie voisine. Le sous-produit est appelé off-gaz et est riche en CO2. C'est ce gaz résiduaire qui va être traité par la technologie Cryocap H2.

« L'off-gaz est comprimé à 50 bar environ pour atteindre une température de l'ordre de -50 °C où le CO2 va être liquéfié. Une colonne de distillation va séparer le CO2 liquéfié des autres composés, pour obtenir du CO2 à une concentration de 99 % », détaille Didier Alo, responsable du site de Port-Jérôme. L'hydrogène qui a pu être récupéré au cours de cette étape est ré-injecté dans le procédé de production d'hydrogène. Le groupe estime ainsi que sa nouvelle technologie permet « d'augmenter jusqu'à 20 % la production d'hydrogène ». Afin d'atteindre une qualité alimentaire, le CO2 est, lui, purifié en passant par une série d'épurateurs. « Le CO2 obtenu est à une concentration de 99,99 %. Il est ensuite stocké sous forme liquide à - 26 °C », indique le responsable du site. L'usine affiche une capacité de stockage de 1 200 tonnes et dispose de trois postes de chargement de citernes CO2.

 

Un marché pour le CO2 purifié

 

Outre un aspect environnemental avec la réduction des émissions de CO2 sur le site, cette installation présente surtout un intérêt économique pour le groupe français. Car le CO2 capté est purifié et conditionné pour la vente. « Aujourd'hui, notre technologie permet de récupérer 100 000 t par an de CO2 et nous avons déjà des clients régionaux, notamment dans le domaine de l'agroalimentaire », se félicite Karine Boissy-Rousseau. La nouvelle installation, dont les travaux ont débuté en 2012, a permis la création de 5 postes portant les effectifs du site Air Liquide à 15 personnes. Cette installation a nécessité un investissement de près de 29 millions d'euros, avec les soutiens de la région, du programme Investissements d'avenir..., souligne Karine Boissy-Rousseau.

Il renchérit : « Avec Cryocap, Air Liquide fait le choix d'innover en France et d'investir en région Normandie. Le groupe renforce aussi son ancrage dans le tissu industriel ».

Cryocap H2 fait partie d'une famille de technologies avec Cryocap Steel pour les aciéries et Cryocap Oxy pour les centrales thermiques. François Darchis, membre du Comité exécutif supervisant l'innovation d'Air Liquide, rappelle ainsi que « l'innovation est un des piliers du groupe. 278 M€ ont été dépensés en 2014 dans ce domaine ». Pour illustrer les résultats, il cite le dépôt d' « un brevet par jour ».

 

Plusieurs éléments pour favoriser l'innovation

 

Cette innovation repose sur plusieurs éléments selon François Darchis. D'abord « la science », qui est « un élément extrêmement important. Si on veut innover, il faut bien connaître les moyens d'innovation », indique-t-il. Avant de détailler l'intérêt de « mettre en forme » grâce à la technologie. Il faut ensuite « un usage ». « De plus en plus, l'innovation doit parler au citoyen », souligne le dirigeant. Enfin, l'innovation repose sur « la mise sur le marché ». « Il faut une valeur donnée au CO2, à l'H2... », explicite François Darchis. C'est cette question de la valeur de ce CO2 qui semble par ailleurs conditionner le déploiement de la technologie. Concernant l'installation de cette technologie sur d'autres sites, et notamment les unités de production d'hydrogène du groupe, Air Liquide se montre prudent. « Nous regardons l'ensemble des sites sur lesquels le marché est capable d'absorber ce CO2 purifié », souligne François Darchis.

L'INNOVATION CHEZ AIR LIQUIDE EN BREF

- 278 M€ de dépenses en 2014 - 6 200 employés contribuent à l'innovation - 9 centres de recherche dans le monde - 15 centres d'ingénierie - Plus de 200 partenariats industriels et académiques - Environ 300 brevets déposés chaque année

Note : avant l'acquisition d'Airgas

LA DÉMARCHE BLUE HYDROGEN D'AIR LIQUIDE

Le spécialiste français des gaz industriels a initié depuis plusieurs années la démarche Blue Hydrogen. Elle vise à « décarboner progressivement sa production d'hydrogène dédiée aux applications énergétiques ». Air Liquide s'est ainsi engagé à produire moins de 50 % d'hydrogène d'ici à 2020 pour ces applications sans rejet de CO2. Le groupe entend combiner « l'utilisation des énergies renouvelables, l'électrolyse de l'eau et le réformage de biogaz et l'usage des techniques de captage et de valorisation du CO2 émis lors de la production d'hydrogène à partir de gaz naturel ». L'implémentation de la technologie Cryocap s'inscrit dans cette démarche.

A.D.

Bienvenue !

Vous êtes inscrit à la news Industrie Chimie

Nous vous recommandons

Hydrogène vert : Haffner Energy vise la production décentralisée en milieu urbain

Hydrogène vert : Haffner Energy vise la production décentralisée en milieu urbain

Produire de l'hydrogène dans de petites unités décentralisées, fonctionnant sur base biomasse, c'est le pari d'Haffner Energy, qui développe actuellement le procédé Hynoca. Une fois[…]

05/12/2019 | Chimie verteInnovation
Création officielle de Symbio pour démocratiser la pile à combustible

Création officielle de Symbio pour démocratiser la pile à combustible

Solvay étend ses installations de R&D à Shanghai

Solvay étend ses installations de R&D à Shanghai

Merck ouvre un fonds d’investissement dédié aux start-up

Merck ouvre un fonds d’investissement dédié aux start-up

Plus d'articles