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Air Liquide et Airgas se désirent

Julien Cottineau

Le géant allemand Linde a de quoi trembler. Air Liquide est en passe de lui reprendre la couronne mondiale des gaz industriels. Le groupe français vient de signer un accord pour l'acquisition de l'Américain Airgas. Selon les données 2014, le futur ensemble pourrait peser plus de 19 milliards d'euros, contre des ventes totales de 17,05 Mrds € publiées par Linde. Le chiffre d'affaires Gaz et services d'Air Liquide bondirait de 30 %, à 17,8 Mrds €. Surtout, l'opération permettrait au fleuron tricolore de devenir enfin n°1 en Amérique du Nord, pour compléter son leadership actuel en Europe, Moyen-Orient/Afrique et Asie-Pacifique. Avec Airgas, Air Liquide serait aussi n°1 dans les domaines Grande industrie et Industriel marchand, et co-leader dans l'électronique.
 

« Leader aux Etats-Unis sur le marché des gaz conditionnés »


Les conseils d'administration d'Air Liquide et d'Airgas souhaitent voir leur union se concrétiser rapidement. L'offre du groupe français représente un potentiel de 13,4 Mrds $ (environ 12,5 Mrds €). Une somme en numéraire qui doit être réunie via un prêt relais déjà obtenu, une augmentation de capital de 3 à 4 Mrds € et un « mix d'obligations à long terme en dollars américains et en euros », précise le groupe français. Son offre de 143 $ par action représente un premium de plus de 50 % sur le cours moyen de l'action Airgas depuis un mois, et de 20 % sur un an. À Paris, la Bourse n'a que vaguement apprécié, le titre Air Liquide chutant de 7 % le 18 novembre, le lendemain de l'annonce. Les synergies entrevues, de 300 M$ avant impôts d'ici deux à trois ans, seraient jugées un peu faibles selon des observateurs cités par l'AFP. Le titre Airgas a, de son côté, bondi dès le 17 novembre de plus de 30 %, à plus de 137 $.

Les deux protagonistes jugent leur union comme hautement complémentaire. Intégrer Air Liquide est perçu par l'acteur américain comme une opportunité de choix en raison notamment de la vaste présence mondiale du groupe français. Fort d'un chiffre d'affaires de 5,3 Mrds $ en 2014, recensant plus de 17 000 salariés, Airgas est profondément implanté aux États-Unis, mais aussi présent au Mexique et au Canada. Mais pas au-delà. Air Liquide (15,4 Mrds € en 2014) recense 50 000 employés à travers 80 pays dans le monde.
 

Côté français, Airgas est séduisant pour sa position de leader aux États-Unis sur le marché des gaz conditionnés et des produits et services associés. Ensemble, Air Liquide estime qu'ils pourraient améliorer leurs offres et s'ouvrir de nouveaux marchés. Surtout, avec Airgas, le géant tricolore changerait profondément la ventilation géographique de ses ventes. La part des Amériques dans le chiffre d'affaires de la division Gaz et services passerait de 24 % à 42 %. Celle de l'Europe se réduirait de 48 % à 37 %. De quoi être bien moins exposé sur un marché morose, et bien mieux positionné sur un marché en pleine croissance, porté par les grands projets industriels et une énergie bon marché.
 

Sur le papier, cette opération semble bien partie pour aboutir. Mais ce n'est pas encore gravé dans le marbre. Les conditions actuelles semblent favorables grâce au feu vert unanime des deux conseils d'administration. Reste à recevoir l'approbation des actionnaires d'Airgas. La situation semble en tout cas nettement plus prometteuse que lorsque Air Products avait tenté d'acquérir Airgas. Un raid d'un an qui s'était soldé par un échec début 2011, après un refus obstiné de la cible. Toutefois, la proposition actuelle d'Air Liquide peut toujours être contrée par une offre alléchante.

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