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Alganelle profite du soutien de Novacap pour accélérer son développement

Par Sylvie Latieule

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Alganelle profite du soutien de Novacap pour accélérer son développement

Les micro-algues sont utilisées comme usines cellulaires pour produire des biopolymères, synthons et métabolites.

© Alganelle

La jeune société vise la production de molécules à haute valeur ajoutée à partir de micro-algues utilisées comme usines cellulaires. Soutenue financièrement et techniquement par le groupe de chimie et pharmacie Novacap, elle démarre un développement sur l'acide hyaluronique avec une visée commerciale à l'horizon 2020.

Créée en 2013 par Ghislaine Tissot-Lécuelle, Alganelle est une jeune société de biotechnologie qui se propose de développer et produire des biopolymères, synthons et métabolites à haute valeur ajoutée à partir de micro-algues. Les composés visés sont destinés aux industries biomédicales, pharmaceutiques et cosmétiques, avec la promesse de proposer des matières premières non animales, obtenues à partir de procédés respectueux de l'environnement. En plus de son activité de développement de produits en propre, Alganelle souhaite offrir à ses clients l'opportunité d'utiliser sa plateforme pour la production de leurs propres molécules d'intérêt au travers d'études de faisabilité et/ou de co-développement.

Pour mener à bien ses activités, la start-up s'est installée au Bourget-du-Lac. À ses débuts, Alganelle a reçu le soutien du Réseau Entreprendre Savoie qui finance de jeunes entreprises prometteuses, ainsi que de BPI France. En novembre 2015, elle a ouvert son capital au groupe Novacap qui a pris une participation minoritaire. Ghislaine Tissot-Lécuelle explique qu'elle était alors dans une démarche de levée de fonds et de recherche de partenaires : « Le rapprochement s'est fait naturellement car Novacap est un groupe qui a gardé un esprit entrepreneurial et une volonté de se développer dans les composés bio-sourcés ». Frédéric Schab, responsable Innovation de Novacap, justifie cette prise de participation par l'intérêt croissant du groupe pour la chimie du végétal, en vue d'accompagner ses clients de l'industrie cosmétique.

 

Un savoir-faire en ingénierie métabolique

 

Alganelle est aujourd'hui la seule société française positionnée sur le segment de l'ingénierie métabolique des micro-algues. Experte en biologie de synthèse, Ghislaine Tissot-Lécuelle aurait d'ailleurs pu choisir de bâtir son entreprise autour d'autres micro-organismes comme les bactéries ou levures. Elle justifie cependant son intérêt pour les micro-algues : « ce sont des micro-organismes unicellulaires et photosynthétiques, dont la diversité des espèces permet de produire des molécules naturelles à haute valeur ajoutée. Grâce à la photosynthèse, les micro-algues ont des besoins nutritifs minimes en comparaison de ceux d'autres systèmes biologiques : de la lumière, du CO2, de l'eau et des sels minéraux. Ils ont une croissance rapide en photobioréacteur permettant une bonne reproductibilité, l'absence de saisonnalité et une production contrôlée répondant aux exigences de qualité et environnementales ».

L'entreprise emploie déjà trois jeunes chercheurs de niveau PhD dans ses laboratoires et va déménager dans des locaux plus spacieux. Pour l'industrialisation du procédé, la fondatrice et présidente d'Alganelle entend utiliser des bioréacteurs commerciaux, et bénéficier du savoir-faire de Novacap. « Nous sommes heureux de soutenir Alganelle qui pourra s'appuyer prochainement sur les compétences industrielles et commerciales reconnues de Novacap pour accélérer ses développements en cosmétique, en pharmacie et dans le biomédical » souligne Pierre Luzeau, président de Novacap.

Les opportunités de développement sont nombreuses : les micro-algues sont sources de pigments antioxydants comme les caroténoïdes (astaxantine ou lutéine), d'acides gras polyinsaturés (oméga-3 et 6), de vitamines et de polysaccharides. Parmi toutes ces molécules, Ghislaine Tissot-Lécuelle met l'accent sur l'acide hyaluronique qui a déjà fait l'objet d'un brevet. De la famille des polysaccharides, cette substance, présente dans le corps humain, apporte à la peau hydratation, viscoélasticité et des propriétés cicatrisantes pour des applications en esthétique, rhumatologie ou ophtalmologie. Des débouchés se dessinent dans la délivrance de médicaments, avec l'encapsulation d'anticancéreux.

Aujourd'hui, les procédés de production les plus fréquemment utilisés sont basés sur l'extraction de crêtes de coq issues de déchets d'abattage, ou la fermentation sur streptocoques qui sont des bactéries potentiellement pathogènes, avec des étapes de purification coûteuses pour prévenir tout risque sanitaire. Ces procédés tendent à être concurrencés par de la fermentation sur bactéries modifiées, non pathogènes. Alganelle se profile, quant à elle, comme la première société à proposer de l'acide hyaluronique à partir de micro-algues, en ciblant des propriétés différenciantes.

Pour l'heure, le procédé en est encore au stade de la preuve de concept. Il pourrait cependant atteindre le stade pilote dans 2 ans avec la possibilité de délivrer des premiers échantillons. Puis, il faudra franchir les étapes de validation réglementaire en vue d'une commercialisation en 2020. Le parcours est encore long, mais avec le soutien de Novacap, Alganelle met toutes les chances de son côté pour atteindre ses objectifs.

3 questions àFRÉDÉRIC SCHAB, responsable Innovation de Novacap

Infochimie : Comment décrire Novacap ? Frédéric Schab : Novacap est né en 2003 du rachat d'actifs pétrochimiques et minéraux de Rhodia par ses managers et un fonds d'investissement, puis s'est agrandi avec l'acquisition des actifs pharmaceutiques de Rhodia en 2011. À partir de ses 3 grands métiers - chimie organique, pharmaceutique et spécialités minérales -, Novacap offre une large gamme d'ingrédients pour les produits de la vie quotidienne. Ces derniers adressent 5 marchés cibles : la pharmacie et la santé, la cosmétique et les fragrances, l'alimentation humaine et la nutrition animale, les services à l'environnement et la détergence. Avec 14 unités industrielles dans le monde, le groupe emploie 1 600 personnes et réalise 75 % de son chiffre d'affaires à l'international. Avec le rachat d'Uetikon en 2015, spécialisée en APIs et chimie fine, Novacap réalise près de la moitié de son résultat opérationnel dans les domaines pharmaceutique et cosmétique, sur lesquels le groupe axe sa stratégie de développement. Quelle est la stratégie du groupe en matière d'innovation ? F.S. : Nous avons une équipe interne de 4 personnes, à laquelle s'ajoutent les compétences d'une dizaine d'experts en développement de procédés dans nos divisions. Nous avons mis en place un modèle partenarial qui s'appuie sur un réseau de sociétés externes pour accompagner nos investigations et travaux expérimentaux. Les pôles de compétitivité nous aident à identifier les bons interlocuteurs. Plusieurs acteurs de l'écosystème d'innovation rhodanien font notamment partie de nos partenaires et contribuent au dynamisme de nos développements : Activation pour son expertise en catalyse, Inevo, Ypso Facto, Processium (avec lequel nous travaillons sur un projet FUI), Erdyn ou encore des Junior Entreprises issues des écoles (CPE, Ensic). Chez Novacap, nous accordons autant d'importance à l'innovation technique (nous développons en moyenne une nouvelle unité industrielle par an) qu'à l'innovation marketing afin de valoriser au maximum nos produits sur de nouvelles applications. Pour ne prendre qu'un exemple, le bicarbonate de soude est un produit à multiples usages. On le retrouve bien sûr en applications alimentaires/pâtisserie, mais aussi en détergence, en traitement des fumées d'incinérateurs, ou en applications santé/cosmétique : cartouches de dialyse, comprimés effervescents, dentifrice, déodorants... En matière de procédés, nous n'hésitons pas à intégrer des concepts novateurs de chimie verte ou de chimie intensifiée. Nous avons démarré, cette année, une unité de production d'un solvant (l'acétate d'isopropyle) par distillation réactive, développée en coopération avec l'IFPEN. Pourquoi cette prise de participation dans Alganelle ? F.S. : Novacap est un acteur important des cosmétiques via notamment les dérivés d'acide salicylique, utilisés comme conservateurs et filtres UV sans parabène. Nous sommes très bien intégrés chez les grands formulateurs qui exigent des ingrédients biosourcés de qualité, d'où notre volonté de nous positionner dans ce domaine avec des produits différenciés. L'acide hyaluronique et les biopolymères ne font actuellement pas partie de notre catalogue, mais nous sommes convaincus du potentiel de ces produits, en particulier via cette voie micro-algues développée par Alganelle. Nous avons décidé de faire bénéficier Alganelle de nos capacités d'industrialisation, de montée en échelle et de notre connaissance marché. Ce partenariat n'est qu'un début : nous sommes ouverts à d'autres modèles, allant du mode collaboratif à l'intégration de produits ou de sociétés.

Propos recueillis par Sylvie Latieule

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