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Bayer à l'assaut de Monsanto

Julien Cottineau

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Bayer à l'assaut de Monsanto

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© Bayer AG

Le groupe allemand se lance dans un gigantesque raid de 62 milliards de dollars pour mettre la main sur le géant américain des semences. Avec Monsanto, Bayer veut ainsi créer un nouveau leader de l'agrochimie. 

Le rideau se lève. Après des semaines de rumeurs, le géant allemand a officialisé le 19 mai son attirance pour le géant américain des semences. Monsanto avait confirmé la veille. La pression médiatique a sans doute fait sortir de l'ombre ce secret de polichinelle. Le lundi 23 mai, Bayer a toutefois révélé son offre, d'un potentiel colossal de 62 milliards de dollars!! Soit plus de 55 Mrds € et bien au-delà des rumeurs de 40 Mrds $, plus proche de la capitalisation boursière de Monsanto. Avec une valorisation deux fois plus imposante, Bayer a techniquement les épaules assez larges pour se lancer dans une telle opération. Toutefois, le groupe allemand perd du terrain en Bourse depuis le début de l'année. L'action, qui dépassait les 110 € début janvier avait cédé 13,17 % au 18 mai, et a flanché de 8,2 % dans la seule journée du 19 mai. Au matin du 23 mai, l'action flanchait encore, évoluant autour des 86 €. En face, le projet fait saliver les investisseurs, avec une action Monsanto qui ne cesse de se redresser. Elle évoluait en hausse de 4 à 5 % le 19 mai, au-dessus du cap des 100 $ par titre, et devrait encore progresser puisque Bayer offre 122 $ par titre. 

Il serait trop hasardeux d'aller déjà compiler des chiffres. Monsanto a publié un chiffre d'affaires de 15 Mrds $ en 2015. Bayer a affiché 46,3 Mrds € de ventes l'an dernier, dont 10,37 Mrds € pour sa division agrochimique CropScience. Ensemble, les deux protagonistes se poseraient comme un, voire "Le" leader du secteur. De quoi contrer l'émergence prochaine du géant agrochimique issu de la fusion Dow et DuPont. De quoi aussi restreindre les ambitions de leader nourries par le Chinois ChemChina en pleine phase d'acquisition du géant suisse Syngenta, pour 43 Mrds $.

 

Course au gigantisme 

C'est Monsanto lui-même qui avait lancé la pagaille dans l'imposante et très statique hiérarchie de l'agrochimie, l'été dernier. Sous l'effet d'une conjoncture très défavorable pour les agrochimistes, le groupe américain s'était lancé à l'assaut de Syngenta. Mais s'y était cassé les dents. Ironiquement, de chasseur, Monsanto est devenu cible. Et a entraîné tous les grands leaders du secteur dans la course au gigantisme. Seul BASF n'a pas agi. Du moins pas au grand jour, car nombre de rumeurs l'ont dit très actif en coulisses ces derniers mois. Et même si le géant de Ludwigshafen s'est défendu en début d'année de toute volonté de grande opération de rachat, indiquant qu'il se contentait de sa taille critique dans les phytosanitaires, il semble tapi dans l'ombre. Se laisser distancer sans réagir n'a jamais été dans ses gènes. Ou alors, c'est une nouvelle preuve de sagesse, à l'inverse de tous ses concurrents embarqués dans la folie des grandeurs. Car au-delà des histoires de gros sous et de leadership, les champions de l'agrochimie ne cessent de s'attirer les foudres de l'opinion publique. Dans certaines parties de l'Europe, France en tête, les ONG s'activent plus que les abeilles, tandis que les décideurs politiques hésitent. Preuve en est des débats interminables sur le glyphosate, substance phare de Monsanto, ou sur les néonicotinoïdes. Ces dernières années, BASF a aussi connu le revers d'Amflora, sa pomme de terre OGM. Semences et phytosanitaires ne jouent pas leur avenir que dans les grands portefeuilles mais devront aussi convaincre les politiques. Il convient peut-être de se montrer prudent.

 

 

 

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