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Bayer parie sur de meilleures performances

Par Julien Cottineau

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Entre 12 000 suppressions de postes dans le monde et la possible cession de plusieurs activités, comme la Santé animale, le géant de Leverkusen s'est lancé dans un plan de restructuration sévère. Malgré la tourmente du glyphosate, Bayer se veut confiant pour son avenir, qu'il imagine plein de promesses.

Werner Baumann le jure : rien à voir avec Monsanto ! Ces « décisions ne sont pas rendues nécessaires par la récente acquisition. Et certainement pas par les contentieux liés au glyphosate aux États-Unis », a martelé le grand patron de Bayer, le 29 novembre, lors de l'annonce d'un sévère plan de restructuration. Il touchera l'ensemble des divisions, notamment avec la sortie de la Santé animale, et mènera à la suppression de 12 000 postes dans le monde, soit plus de 10 % des effectifs ! L'Allemagne devrait être particulièrement touchée. L'objectif est de rationaliser le portefeuille et d'initier des mesures drastiques pour améliorer l'efficacité, l'innovation, la productivité et la profitabilité. Celles-ci seront engagées en 2019 et finalisées d'ici à fin 2021. Bayer cible, dès 2022, des contributions annuelles de 2,6 Mrds E, ce qui comprend les synergies entrevues avec Monsanto, et une marge d'Ebitda avant exceptionnels de plus de 30 %.

Crop Science paiera le plus lourd tribut

En premier lieu, l'idée est de se séparer de son activité Santé animale (1,57 Mrd E de CA en 2017). Bayer étudie plusieurs options. Le groupe indique que cette division bénéficie d'un marché attractif, mais préfère redéployer ses efforts pour ses principales activités : Pharmacie, Santé grand public et Crop Science. Le groupe songe aussi à se débarrasser des 60 % de parts qu'il détient dans le capital de l'Allemand Currenta, fournisseur de services industriels sur site. Cette participation ne ferait plus sens depuis le spin-off en 2015, de Covestro (chimie). Enfin, la Santé grand public pourrait être allégée de deux lignes de produits, Coppertone (protection contre le soleil) et Dr Scholl (soins des pieds). Pour cette division, Bayer veut mieux capter la croissance et améliorer la profitabilité. D'où cet éventuel allégement du portefeuille ainsi que des mesures pour mieux s'adapter aux marchés. Environ 1 100 salariés seraient remerciés. La division Pharmacie, navire amiral (16,8 Mrds E de ventes en 2017), se voit fixer deux missions : poursuivre le développement du pipeline et renforcer l'innovation externe. En clair, Bayer va couper des ressources en interne pour les redéployer vers les collaborations extérieures. Environ 900 postes de R&D en feront les frais. 350 emplois seront aussi supprimés via l'abandon de l'usine allemande à Wuppertal. Tout juste construite, dans le cadre d'un investissement de 500 ME lancé en 2014 pour renforcer les productions de traitement de l'hémophilie, elle ne paraît finalement pas indispensable aux dirigeants. L'usine en service à Berkeley, aux États-Unis, suffira bien. Crop Science paiera le plus lourd tribut avec 4 100 suppressions de postes, en lien avec l'intégration de Monsanto. En contrepartie, cette intégration devrait générer 1,04 Mrd E de synergies. Enfin, Bayer prévoit de supprimer entre 5 500 et 6 000 autres postes dans les fonctions corporate, support et commerciales, toutes divisions confondues.

8 000 plaintes liées au glyphosate

Ce plan laisse dubitatif. Bayer est-il en danger ? Et ces mesures lui permettront-elles d'aller mieux ? Surtout, il est difficile de se dire que rien n'est lié à Monsanto. D'une part, car le groupe a payé cher, plus de 60 Mrds $, le champion du Roundup. D'autre part, en raison des risques judiciaires aux États-Unis avec plus ou moins 8 000 plaintes liées au glyphosate, quand le premier procès condamnait le groupe, qui a fait appel, à 78,5 M$. En parallèle, il existe un élément très factuel : Bayer a enregistré une vertigineuse perte de valeur. Le titre évolue, ces deniers jours, autour de 65 E par action. En moins de 18 mois, Bayer a ainsi perdu la moitié de sa capitalisation boursière. Laquelle s'établit à environ 60 Mrds E désormais. Un Monsanto, en somme...

4 à 5 % de croissance annuelle d'ici à 2022

Une semaine après cette annonce, Bayer a présenté aux investisseurs, le 5 décembre, d'ambitieuses perspectives de croissance. Il table sur une croissance de 4 % en 2019, et cible une progression moyenne annuelle de l'ordre de 4 à 5 % jusqu'en 2022, à taux de change constants. Ce qui devrait porter le chiffre d'affaires de 44,6 milliards d'euros (estimation 2018) à 52 Mrds E dans quatre ans. Sur le front de la rentabilité, Bayer table sur une croissance moyenne annuelle de son Ebitda avant éléments spéciaux de 9 %, lequel passerait ainsi de 11,5 milliards d'euros estimés en 2018 à 16 milliards d'euros en 2022. Soit une marge qui passerait graduellement de 26 % à plus de 30 %.

En ayant repositionné le groupe comme un champion des sciences de la vie avec des « positions dominantes en santé et nutrition », Werner Baumann, le patron de Bayer, compte bien profiter des « méga-tendances » et croit fermement en la capacité d'innovation du groupe pour « générer de la croissance » et « améliorer la profitabilité ». Les restructurations annoncées sont engagées pour soutenir cette volonté, ajoute-t-il. Toutes les divisions de Bayer devront contribuer à ces développements dans le bon sens. La division Crop Science, d'un chiffre d'affaires attendu de 19,3 Mrds E, cette année, avec l'intégration de Monsanto (9,58 Mrds E en 2017), devrait afficher une croissance moyenne annuelle de 4 % voire au-delà, jusqu'en 2022, notamment grâce à ses futurs produits (75 projets en développement). La marge d'Ebitda avant éléments spéciaux a pour objectif de passer de 23 % à plus de 30 % entre 2018 et 2022. Si, en termes de ventes, la croissance est similaire pour la division Pharmacie, Bayer attend une marge supérieure, passant de 33 %, cette année, à plus de 35 % en 2022, notamment grâce aux promesses du portefeuille de produits en développement et au bon retour sur investissement de l'accroissement des collaborations externes. Le groupe est moins ambitieux pour sa division Santé grand public, avec une croissance des ventes de 3 % à 4 % par an jusqu'en 2022, excepté l'an prochain, avec seulement 1 %. Pour la marge, l'objectif est de relever le niveau pour passer de 21 % actuellement à 24 % à moyen terme.

Entre 2019 et 2022, Bayer attend une augmentation annuelle de 18 % de son flux de trésorerie libre (free cash flow), pour atteindre 23 Mrds E en 2022. Cela permettrait d'améliorer son profil financier, d'augmenter les dividendes pour les actionnaires, et d'alléger la dette. Celle-ci resterait stable en 2019, à 36 Mrds E. L'objectif est de la réduire à une fourchette de 26 à 28 Mrds E en 2022. En termes d'investissements, le groupe allemand envisage d'engager environ 35 Mrds E jusqu'en 2022, dont les deux tiers pour les efforts de R&D et le reste pour les dépenses d'investissement.

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