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Bayer rejeté, BASF embusqué pour Monsanto

Julien Cottineau

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La vie est dure pour Bayer. Depuis la fin du printemps, ses approches ne séduisent pas Monsanto. Démuni par ailleurs du soutien de nombreux de ses actionnaires, Bayer pourrait en plus être doublé par son compatriote BASF, que les rumeurs disent actif en coulisses. Une vraie partie de poker, bien indécise. Le 14 juillet, Bayer a entamé l'acte II de son opération séduction. Après le refus de son offre initiale, le chimiste de Leverkusen a relevé le niveau en proposant 125 $ par action au lieu de 122 $. Soit un potentiel passé de 62 à près de 64 Mrds $. Bayer a également assorti son offre d'une garantie d'indemnité de rupture antitrust de 1,5 Mrd $, si jamais l'acquisition devait échouer à cause de l'opposition des autorités réglementaires. Enfin, le groupe se disait assuré d'obtenir les financements nécessaires et convaincu de pourvoir surmonter les réticences éventuelles des autorités de concurrence. Monsanto a décliné le 19 juillet. Malgré des discussions entre les deux parties ces dernières semaines, le géant américain des semences a considéré que la proposition demeurait « financièrement inadéquate et insuffisante ». Et a ajouté que s'il se dit toujours « ouvert à des discussions constructives avec Bayer », il l'est aussi « avec d'autres parties ».
 

« Bayer n'a clairement pas la main sur le dossier »
 

Or, le 13 juillet, des révélations de Bloomberg ont fait resurgir l'ombre de BASF. S'appuyant sur une source anonyme mais sûre car proche du dossier, l'agence américaine affirme que le géant mondial a renoué des discussions avec Monsanto. Plusieurs hypothèses seraient sur la table. Notamment une cession au groupe américain de sa division agrochimique, la plus petite de son périmètre (5,82 Mrds € de ventes en 2015), en échange d'une entrée au capital de Monsanto.
 

Si rien n'est confirmé, la configuration est épineuse pour Bayer. Car il n'a clairement pas la main sur le dossier. En face de lui, Monsanto a des atouts pour faire monter les enchères. Dans l'ombre, si les rumeurs sont fondées, BASF a peut-être une belle carte à jouer pour trouver une solution possiblement plus profitable pour ses activités agrochimiques. Et surtout pour se relancer dans la hiérarchie mondiale de l'agrochimie. Car avec les mariages Dow-DuPont et Syngenta-ChemChina, si Bayer et Monsanto convolaient, BASF serait relégué loin des géants du secteur, avec des ventes mondiales deux à trois fois moindres. Or du côté de Ludwigshafen, évoluer loin du leadership n'est pas vraiment dans les gènes. Autre avantage pour BASF : cette solution pourrait lui éviter de s'engager dans une opération colossale, de manière frontale. Le groupe avait affirmé en début d'année qu'il mènerait en solo ses activités agrochimiques. Depuis, il a renoué avec sa stratégie de croissance externe à niveau modéré, comme avec l'acquisition de Chemetall, pour 3,2 Mrds $. Une transaction bien plus prudente. En cédant son agrochimie à Monsanto contre l'acquisition d'une partie du capital, les risques semblent moindres, et ce peut aussi être une option pour s'emparer de l'Américain à l'avenir...

Bayer n'est pas encore en colère. Après tout, il n'a pas (encore ?) contré avec une offre hostile. Le groupe s'est juste dit « déçu ». Mais à ce stade, ses possibilités d'action semblent limitées. Entre sa cible qui tance son monde et un rival qui cache ses cartes, l'été risque d'être torride.

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