Nous suivre Info chimie

Bayer se sépare de sa chimie

Julien Cottineau

Sujets relatifs :

, ,

La question était posée en boucle à Bayer. Chaque année, immanquablement. Surtout depuis le spin-off d'une grande partie de sa chimie et de ses plastiques au sein de Lanxess en 2004. Ou encore lors de l'acquisition du laboratoire Schering en 2006. Deux opérations qui avaient clairement souligné l'attrait du géant de Leverkusen pour les sciences de la vie. Depuis lors, la question était de savoir quand il se désengagerait de la chimie.

Et, en filigrane : quand cesserait-il d'être l'un des derniers des Mohicans à conserver chimie et pharma ensemble, alors que tous ses pairs ont tranché, il y a parfois déjà 10 ou 15 ans ? Même Solvay s'était résolu à la séparation en 2009, cédant sa pharmacie à Abbott. C'est donc désormais acté : après 150 ans d'existence, Bayer se sépare de sa chimie, en l'occurrence de sa division Bayer MaterialScience (BMS). Mais si cette question est réglée, une autre lui succède immédiatement : comment ?
 

« Quatrième plus grand chimiste européen »

Les modalités n'ont pas encore été pleinement définies. Elles se résument à deux possibilités majeures puisque le projet est pour l'instant de faire de BMS une société indépendante et cotée. Soit un spin-off, où les actions Bayer actuelles seraient partagées entre les actionnaires. Soit une introduction en Bourse. La troisième possibilité, pas d'actualité mais qui n'a pourtant pas été réfutée, est l'apparition d'une offre d'acquisition lors de cette période de 12 à 18 mois qu'a fixée le groupe pour finaliser la séparation. Dans l'intervalle, BMS changera de nom. Et restera un acteur majeur de l'industrie chimique, fort de ventes de 11,3 milliards d'euros, d'environ 16 800 salariés dont 6 500 en Allemagne, d'une trentaine de sites industriels dans le monde, et leader mondial dans les polyuréthanes et les polycarbonates.

Seul, BMS se positionnera comme le « quatrième plus grand chimiste européen, avec d'excellentes perspectives pour un succès durable sur ses marchés », affirme Marijn Dekkers. Le grand patron estime que l'opération va offrir à BMS un accès direct aux marchés financiers. Ce qui lui permettra d'être plus réactif, plus flexible, et lui évitera de lutter au sein du groupe pour faire valoir ses propres besoins par rapport à ceux de Crop-Science et de Bayer HealthCare. Est loué aussi son outil de production moderne et de classe mondiale dans lequel le groupe a investi plus de 3,8 Mrds € entre 2009 et 2013, malgré la crise et les difficultés conjoncturelles.
 

En réalité, le seul défaut de BMS, c'est sa rentabilité. Avant éléments non-récurrents, son Ebitda a atteint seulement 1 Mrd € en 2013. Soit une marge de 9,1 %. Le futur Bayer, constitué de CropScience et de Bayer HealthCare affiche 7,3 Mrds € pour une marge de 24,8 %. Entre 2007 et 2013, les ventes de ces deux divisions sont passées de 66 à 71 % du chiffre d'affaires total. Mais leur Ebitda ajusté est passé de 76 à 88 % du total. Si en 2010 la pharmacie du groupe était un peu flottante à cause d'un pipeline qui n'avait pas encore délivré toutes ses promesses, elle surfe aujourd'hui sur une croissance plus rapide que le marché, assure Bayer. Sans compter que sa division OTC a pris la deuxième place du segment avec le rachat des activités de l'Américain Merck. Quant à sa division CropScience, elle enchaîne les croissances annuelles à deux chiffres et dispose de perspectives réjouissantes (voir p. 6). Même bien plus consommateur de fonds en R&D, ce futur Bayer sera bien plus rentable. Et avec des ventes pro forma de 29,3 Mrds €, et 99 000 salariés, il restera lui aussi un mastodonte de sa branche. Pour l'heure, les investisseurs semblent ravis par cette scission. Le soir de l'annonce, le titre Bayer clôturait ainsi en progression de 6,17 %.

Bienvenue !

Vous êtes inscrit à la news Industrie Chimie

Nous vous recommandons

[Édito] : La chimie lyonnaise secouée par les municipales

[Édito] : La chimie lyonnaise secouée par les municipales

Avec Bruno Bernard élu à la présidence de la Métropole et Gregory Doucet intronisé maire de Lyon, quel traitement va être réservé à la Vallée de la Chimie dans les mois[…]

03/07/2020 | Edito Hebdo
[Édito glyphosate] : Bayer indemnise en Amérique

[Édito glyphosate] : Bayer indemnise en Amérique

[Édito] : La « flow chemistry », un tournant pour la chimie fine

[Édito] : La « flow chemistry », un tournant pour la chimie fine

Edito : Solvay dans un lent déconfinement

Edito : Solvay dans un lent déconfinement

Plus d'articles