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Carbios dégrade les plastiques

Aurélie Dureuil

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Carbios en bref

- Création avril 2011

- 8 salariés

- Siège social à Saint-Beauzire

- 4,8 M€ levés

- 2 licences exclusives sur des brevets CNRS

- 4 demandes de brevets

- Chef de file du consortium Thanaplast

- Aides :

- 6,8 M€ d'aide Oseo (pour le projet Thanaplast)

- 549 000 € du Conseil régional d'Auvergne

Carbios dégrade les plastiques

Jean-Claude Lumaret, directeur général de Carbios

© Carbios

La jeune société clermontoise se penche sur les biopolymères et plus généralement tous les polymères. L'objectif est d'améliorer leur recyclage, voire de les dégrader complètement.

Tout est dans le nom. Quand on demande à Jean-Claude Lumaret, directeur général de Carbios, de décrire le positionnement de la société qu'il a créée en avril 2011, il détaille lettre par lettre. Le "C" symbolise la chimie verte « qui est quelque chose qui nous anime avec Philippe Pouletty depuis de nombreuses années », souligne le dirigeant. Viennent ensuite le "A" d'agro-ressources et le "R" de recherche. « Car nous voulons apporter des innovations de ruptures, précise-t-il. Nous avons utilisé le "B" de biopolymères, qui sont les constituants essentiels des matériaux plastiques. Nous regardons ce marché et sa croissance. Le "I" reflète notre vision industrielle. Nous voulons traduire un besoin identifié et la recherche académique de manière à l'appliquer et la mener jusqu'au niveau de la grande industrialisation ». Le "O" a été choisi pour les opportunités. Jean-Claude Lumaret entend ainsi saisir les opportunités d'accéder « à un capital qui permette de porter ses projets et aux outils de la France pour l'innovation ». Enfin, le "S" signifie sécurisation, « être sûr que ce que je fais est soutenu par une propriété intellectuelle forte », indique le dirigeant.
 

Les premières actions de la jeune société s'inscrivent dans ce descriptif. D'abord en terme de propriété intellectuelle. Le dirigeant a commencé par nouer des relations avec le CNRS afin de « capter très en amont des brevets naissants » de l'organisme. Carbios a ainsi acquis deux licences avec les droits exclusifs sur des technologies issues du CNRS et a déjà déposé en propres quatre demandes de brevets. Ces brevets portent notamment sur des matériaux biologiques identifiés par le CNRS et qui pourraient avoir une activité de dégradation de polymères. Car la société s'intéresse à la fin de vie des plastiques, issus des agro-ressources mais aussi de la pétrochimie. « A partir d'enzymes identifiées, nous voulons pouvoir traiter une dizaine de polymères différents. Nous travaillons également en métagénomique pour proposer du design à façon d'enzymes en fonction du polymère à dégrader », indique Jean-Claude Lumaret.

Les travaux de recherche initiés par la jeune société le sont essentiellement à travers le consortium Thanaplast créé fin 2012 et dont elle est le chef de file. « Aujourd'hui, nos travaux de R&D sont conduits pour partie au sein du laboratoire collaboratif établi à Poitiers en partenariat avec l'Université de Poitiers et le CNRS. Une cinquantaine de chercheurs sont impliqués, entre l'Inra, le CNRS, Deinove, des industriels et des prestataires », précise le dirigeant. Doté d'un budget de 22 M€, le projet Thanaplast réunit le CNRS, l'Université de Poitiers, l'Inra et les sociétés Barbier, Ulice (groupe Limagrain), Deinove. L'objectif de ce projet est de « donner une véritable valeur industrielle à la fin de vie des matériaux plastiques de fin de vie, en développant des technologies innovantes capables de produire, transformer et recycler un très grand nombre de plastiques à partir de procédés brevetés utilisant des enzymes ». Carbios, qui porte ce projet, apporte 15 M€, dont 6,8 M€ provenant d'une aide Oséo.
 



Carbios entend utiliser les enzymes pour recycler les plastiques.

Trois thèmes de recherche ont été définis pour le consortium. Le premier concerne des plastiques biodégradables. Contrairement aux solutions existantes, le consortium ne cherche pas à modifier la matière première pour apporter cette fonction au polymère composant le plastique. Les recherches portent sur l'intégration d'enzymes dans le matériau pour le détruire de manière contrôlée. « Nous travaillons sur l'encapsulation d'enzymes dans les films souples utilisés notamment pour des usages domestiques. Il faut ensuite gérer la cinétique de ces plastiques pour qu'ils s'autodégradent en fin de vie. Une cinquantaine de millions de tonnes de plastiques pourraient être concernées par cette application », détaille Jean-Claude Lumaret. Le deuxième thème porte sur le recyclage de plusieurs types de plastiques. Le directeur général de Carbios fait le constat qu'« il est impossible de refaire le même polymère que celui d'origine après les opérations de recyclage actuelles ». Pour empêcher la perte de valeur du matériau, le consortium cherche à utiliser ses enzymes pour permettre de revenir aux monomères d'origine, constituants du polymère. « Cette technique permettra une revalorisation des déchets plastiques, un maintien de la valeur et une diminution de l'impact environnemental », précise le dirigeant. Enfin, le dernier axe de travail du consortium devrait combiner les résultats des deux précédents afin de réduire les coûts de production des bioplastiques. « Aujourd'hui, il s'avère très difficile d'obtenir des prix de revient de polymères biosourcés intéressants. Si nous sommes capables de faire ces opérations de recyclage, nous pourrons coupler matières premières issues du recyclage et d'origine végétale avec ensuite une polymérisation par voie enzymatique », détaille-t-il. Pour tous ces projets, outre l'identification des enzymes, le grand défi entrevu par le dirigeant est de pouvoir les inclure dans les procédés à haute température de la plasturgie. « Nous devons maintenir l'activité biologique au-delà de 100 °C », précise Jean-Claude Lumaret.
 

Du côté des financements, la société a levé 4,8 millions d'euros depuis sa création. Après un premier tour de table en 2011 auprès de la Holding Incubatrice Chimie Verte Série 1, Carbios a réalisé sa deuxième levée de fonds en 2012 d'un montant de 3,3 M€ apportés par Truffle Capital. « Il s'agit d'un soutien structurant pour financer notre recherche », se félicite Jean-Claude Lumaret.

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