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Christophe Gerondeau : « Chemesis est la nouvelle signature de la plateforme de Carling-Saint-Avold »

Propos recueillis par Sylvie Latieule
Christophe Gerondeau : « Chemesis est la nouvelle signature de la plateforme de Carling-Saint-Avold »

Christophe Gerondeau, président de l'association de la plateforme de Carling-Saint-Avold.

© Total

Résolument tournée vers le futur, la plateforme chimique de Carling-Saint-Avold se dote d'une nouvelle signature pour expliquer son changement de cap vers les spécialités et tenter d'attirer de nouveaux investisseurs. À l'horizon 2020, 240 hectares de terrains seront mis à disposition d'entreprises de tous horizons, prêtes à partager les mêmes valeurs que Chemesis. Entretien avec Christophe Gerondeau, président de l'association des industriels de la plateforme.

Infochimie magazine : La plateforme de Carling-Saint-Avold en Moselle est l'une des grandes plateformes chimiques de France qui a connu de nombreuses mutations au cours des dernières décennies. La plateforme a toutefois conservé d'importantes installations industrielles. Qui sont ces sociétés implantées sur le site ?

Christophe Gerondeau : Carling-Saint-Avold est un site d'environ 600 hectares qui emploie près de 1 500 salariés directs auxquels il faut ajouter 3 500 emplois induits. Il abrite des installations de 8 entreprises : Air Liquide, Altuglas International, Arkema, Coke de Carling, Protelor, SNF Floeger, Total Petrochemicals France et Uniper France Power. Sur les cinq dernières années, 1 milliard d'euros ont été investis sur le site et 400 millions d'euros en frais de maintenance. À cela, il faut aussi ajouter dans le périmètre de Chemesis le Composite Park, véritable pépinière d'entreprises innovantes dans le domaine des matériaux composites notamment et des nouvelles Énergies.

 

En 2013, ces industriels ont exprimé le souhait de se rapprocher pour tenter de structurer la plateforme. Comment cela s'est-il concrétisé ?

C.G. : Le 4 octobre 2013, les industriels de la plateforme ainsi que des partenaires ont lancé un projet de plateforme industrielle, dénommée AIPCSA, acronyme d'Association des industriels de la plateforme de Carling Saint-Avold. Au total, l'association compte 12 membres fondateurs dont le Pôle de plasturgie de l'Est (PPE), l'UIC Est, ou encore les pouvoirs publics au travers de l'Ageme (Agence pour l'expansion de la Moselle Est) avec le soutien de la Région et de l'État. Ce projet visait à améliorer la compétitivité de l'écosystème existant par la mutualisation des services et des utilités et à accroître l'attractivité du territoire en vue de l'accueil de nouveaux investisseurs.

Que s'est-il passé depuis 2013 ?

C.G. : Nous avons commencé par créer et animer 8 groupes de travail sur les thèmes suivants : synergies, HSE, aménagement du site et foncier, communication, marketing, gouvernance, RH et Énergie avec comme objectif une mutualisation de certaines de nos activités comme les services et cela, à court terme. Par exemple le groupe de travail « synergies » s'est attelé à identifier toutes les synergies possibles entre les entreprises. Des conventions ont été signées pour la réalisation de 5 synergies de service dans la sûreté et gardiennage, la santé au travail, les services Intervention, la location de bureaux et la restauration. L'objectif est d'aller maintenant plus loin dans cette démarche et de mettre en place davantage de synergies industrielles à l'image de la station de traitement des eaux, et plus généralement, le « cycle de l'eau », mais aussi sur la gestion de nos déchets. Outre les économies réalisées, l'objectif est de pouvoir aider de futurs industriels à s'installer plus rapidement sur la plateforme grâce à une structure d'accueil compétitive et facilitatrice. Autre exemple avec le GT HSE. Les objectifs étaient de partager les bonnes pratiques, de mettre en commun différents sujets HSE au nom de la plateforme, de créer un contexte favorable pour les projets, de définir un référentiel commun et de se structurer en plateforme économique au sens des PPRT. Nous avons abouti à la signature d'une déclaration d'engagement par l'ensemble des industriels de la plateforme sur la santé, la sécurité, l'hygiène, l'environnement et l'énergie mais également de fédérer les entreprises (dont les sous-traitants) dans des actions communes HSE comme la Journée mondiale de la sécurité, organisée en commun, chaque mois d'avril.

 

Quel type de préoccupations avez-vous dans le groupe de travail Aménagement du site et foncier ?

C.G. : Actuellement nous disposons de 50 hectares disponibles pour l'installation de nouvelles entreprises. Mais à l'horizon 2020, la superficie disponible sera de 240 ha, compte tenu des opérations de démantèlements qui sont en cours sur le site. Notre ambition est de réaliser une base de données sur le foncier disponible où chaque parcelle disposera de sa fiche d'identité avec des informations sur la surface de la parcelle, le nom du propriétaire, les voies d'accès, la zone PPRT, l'état des sols et des sous-sols, les utilités disponibles ou proches, en quelle quantité et à quel prix... L'idée est qu'un nouvel investisseur puisse savoir le plus rapidement possible s'il y a du foncier disponible, s'il est accessible et à quel prix.

 

Pour ce qui est de la gouvernance de la plateforme, envisagez-vous de modifier vos statuts ?

C.G. : Le GT gouvernance a justement pour but de déterminer le meilleur modèle possible de gouvernance pour la plateforme qui est aujourd'hui gérée par l'association « AIPCSA ». Il n'y a pas de nécessité à court terme de faire évoluer le statut de l'association et de monter une nouvelle structure juridique. Étudions d'abord vers quel business modèle, nous voulons (ou pourrions) converger et nous déciderons ensuite du modèle de gouvernance le plus approprié et efficace.

 

Si l'on se résume, les grands objectifs de la plateforme consistent à se mettre en ordre de marche pour gagner en compétitivité et attirer de nouveaux investisseurs. Comment allez-vous vous y prendre pour vous faire connaître et reconnaître ?

C.G. : La concurrence/compétitivité est mondiale pour l'accueil de nouvelles installations industrielles. Aussi, nous avons travaillé sur une nouvelle identité de la plateforme. Chemesis est la nouvelle signature de la plateforme associée à la baseline « catalyseur de performance ». Nous allons élaborer un plan de communication pour accroître la notoriété de la plateforme et promouvoir son image. Des outils marketing vont être déployés dont une plaquette de présentation qui sera déclinée en 3 langues : français, anglais et allemand. Un site Internet est en cours de construction. Nous mettrons en place des rencontres avec la presse.

 

Quelles sont donc les spécificités de Chemesis par rapport à d'autres grandes plateformes chimiques comme Roussillon ou Lacq ?

C.G. : Chemesis est une plateforme qui est en train de se réinventer en passant d'une chimie de base à une chimie de spécialité. Et aujourd'hui, ce qui la caractérise, c'est la production d'intermédiaires et de spécialités. Néanmoins, nous pouvons accueillir toutes les chimies. Notre principal atout est de pouvoir proposer des parcelles dans un périmètre d'activité Seveso avec un PPRT déjà élaboré. Le domaine de prospection est donc très vaste. L'important est que tous les nouveaux entrants partagent les mêmes valeurs en matière de culture HSE.

 

Y a-t-il un profil particulier d'entreprises que vous souhaitez néanmoins attirer ?

C.G. : Il y a peu de chances que l'on attire des grands groupes industriels car il est rare qu'ils fassent de la prospection. En général, lorsqu'ils ont un projet, ils ont déjà ciblé leurs implantations. De ce fait, nous regardons plutôt du côté des sociétés de taille moyenne qui n'ont pas forcément de stratégie globale visant des implantations à l'international ou des petites sociétés qui cherchent à s'adosser à des grands groupes industriels. Pour cibler les entreprises, nous avons développé tout un argumentaire marketing réalisé en collaboration avec le cabinet KPMG. Il va s'articuler autour de trois promesses que nous faisons aux entreprises : une installation simple et rapide avec une notion de guichet unique, des utilités et des services industriels compétitifs et une culture de l'innovation comme facteur clé de développement.

 

Qu'allez-vous mettre en avant exactement sur ce volet innovation ?

C.G. : Sur notre territoire, nous avons la chance d'abriter le Pôle de Plasturgie de l'Est, un Institut de recherche technologique Matériaux Métallurgie et Procédés (IRT M2P), plusieurs pôles de compétitivité, dont Fibre Énergie, Hydreos et Materalia, ainsi que le Composite Park. Nous avons également plusieurs centres de recherche installés sur la plateforme Chemesis, qui emploient 80 personnes. Ce sont des atouts à valoriser. Parmi les sujets qui nous tiendront à coeur, il y a celui de la gestion du cycle de l'eau. L'eau, c'est l'or bleu de demain. C'est une ressource vitale pour nous, industriels de la chimie. Nous sommes à la fois consommateurs d'eau et producteurs d'effluents et nous n'avons ni fleuve, ni mer à proximité de notre site. La thématique de la dépollution présente également un intérêt pour notre plateforme, dans la mesure où nous disposons d'un foncier avec un passé, qu'il faut dépolluer. Pourquoi ne pas transformer cette contrainte en opportunité en partageant avec d'autres les innovations que nous mettons en oeuvre dans ce domaine et nos succès en matière de mise en oeuvre de techniques de dépollution ?

 

Quels moyens allez-vous déployer pour atteindre vos ambitions ?

C.G. : En 2015, nous avons investi le budget de nos cotisations ainsi que 2000 heures consacrées aux travaux de l'AIPCSA et un soutien des pouvoirs publics. En 2016, nous envisageons de doubler l'implication en ressources humaines, tripler le budget de fonctionnement global et se concentrer à la promotion de Chemesis. Pour cela, nous allons proposer à certaines entreprises partenaires d'accéder à un statut de « partenaire premium ». Ce statut offrira la possibilité d'être référencé sur le site Internet de l'AIPCSA, de pouvoir participer à des groupes de travail, d'être systématiquement invités aux manifestations communes (JMS, foulées du Zang, réunions des parties prenantes...), et de bénéficier de contacts privilégiés avec les acteurs économiques et des leaders d'opinion du territoire. Et nous aurons aussi besoin du soutien des pouvoirs publics pour le développement de la plateforme.

 

Si l'on se réfère à l'expérience d'autres plateformes comme Lacq ou Roussillon, attirer de nouveaux investisseurs est un travail difficile et de longue haleine. Croyez-vous dans vos chances de succès ?

C.G. : On y croit. Il faut capitaliser sur nos atouts, transformer nos contraintes en opportunités, avoir un esprit entrepreneurial, créer une dynamique constructive et mettre de l'énergie positive dans tout ce que l'on fait.

 

« Ce qui caractérise Chemesis aujourd'hui, c'est la production d'intermédiaires et de spécialités. »

 

LES CHIFFRES CLÉS DE CHEMESIS

- 1 500 emplois directs - 3 500 emplois induits - 2 millions d'euros de budget formation (2013) - 1 milliards d'euros investis sur 5 ans - 400 millions d'euros de frais de maintenance sur 5 ans - 600 ha de superficie - 50 ha disponibles en 2016 - 240 ha disponibles en 2020

La renaissance d'une chimie à valeur ajoutée

Le site de Carling-Saint-Avold a définitivement tourné la page de la chimie lourde, l'an dernier, avec l'arrêt de son vapocraqueur 1, faisant suite à l'arrêt du vapocraqueur 2 en 2009, de l'atelier styrène, d'une ligne de production de résines et d'une ligne de production de polyéthylène. Aujourd'hui, de nombreuses opérations de démantèlement restent à mener, laissant d'importantes traces de friches industrielles pour de longues années encore. Mais dans le même temps, une chimie du futur davantage tournée vers les spécialités et à plus forte valeur ajoutée est en train de renaître à travers la construction de nouvelles installations. C'est ainsi que le groupe Total et sa filiale Cray Valley achèvent la construction d'une toute nouvelle unité de production de résines C4 qui permettra de tripler la capacité de ces produits destinés à des marchés porteurs comme les additifs pour écrans tactiles, les pneus haute performance ou les lubrifiants. L'ancien atelier de résines C9 produit d'ores et déjà des résines transparentes Cleartack de haute qualité. Et au-delà de la production, c'est toute la chaîne d'activités de Cray Valley Europe qui s'apprête à être regroupée à Carling : centre européen de décision, R&D et deux unités de production. Par ce biais, la plateforme Chemesis abritera désormais le vaisseau amiral de Cray Valley. À Carling-Saint-Avold, Total opère également sa première unité européenne de polystyrène dont il compte conforter les positions sur des segments à plus forte valeur ajoutée. C'est ainsi que les installations seront dégoulottées pour augmenter les capacités de polystyrène de 35 000 t/an et les porter à 257 000 t/an, grâce à la construction d'une ligne de granulation supplémentaire. Une nouvelle unité de compounds de polypropylène (PPC) d'une capacité de 30 000 t par an doit aussi entrer en service mi-2016 sur la plateforme.

LES 8 INDUSTRIELS DE LA PLATEFORME

- Air Liquide : gaz industriels - Altuglas (groupe Arkema) : plaques de verre acrylique - Arkema : chimie des acryliques - Cokes de Carling : en cours de démantèlement - Protelor (groupe Protex) : produits de traitement de l'eau - SNF Floerger : traitement des eaux chimiques - Total/Cray Valley : polymères et résines d'hydrocarbures - Uniper : centrale thermique de production d'électricité

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