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Commerce chimique: « La demande industrielle n'est pas très bonne »

Propos recueillis par Julien Cottineau

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Le secteur du commerce chimique en France a connu trois années consécutives de baisse des ventes. L'année 2017 semble mieux démarrer, mais il subsiste beaucoup de défis et d'incertitudes. Tour d'horizon avec Gilles Richard, délégué général de l'Union Française du Commerce Chimique (UFCC).

L'an dernier, la première estimation pour 2015 était une croissance de 1 à 2 % et une confirmation était attendue pour 2016. Qu'en a-t-il été ?

Nous avons dû corriger ces chiffres. 2015 a finalement enregistré une baisse de 0,8 % du chiffre d'affaires, à 2,8 milliards d'euros, avec un export en augmentation toutefois de 6 %. Le chiffre n'est pas encore confirmé pour 2016, mais il serait de -3 %, à 2,7 Mrds €. Ce qui constitue trois années de baisse consécutive entre 2013 et 2016. Soit un recul de 6 % en trois ans. Auparavant, la rentabilité s'était maintenue, mais elle s'est dégradée en 2016 et notamment au dernier trimestre.

 

Quelles sont les raisons de cette tendance ?

Il s'agit avant tout de la demande industrielle qui n'est pas très bonne. La situation est difficile, même si certains secteurs s'en sortent mieux, comme la construction, l'automobile, et l'aéronautique qui ont été meilleurs l'an passé. Le niveau des taux de change a été stable. La hausse du prix du pétrole, qui reste à un niveau bas, ne semble pas avoir eu d'impact, tout le monde n'étant pas indexé sur le pétrole. La baisse des prix des matières premières explique aussi la baisse du chiffre d'affaires. C'est surtout la demande industrielle qui ne reprend pas. Elle est moindre car on importe plus de produits finis, donc la commande industrielle baisse, d'où cet impact négatif sur la distribution chimique.

 

Et au niveau de l'emploi ?

Les effectifs sont stables. Il n'y a pas eu de grands mouvements malgré quelques rachats d'entreprise. On reste à 3 200 salariés, comme l'an dernier.

 

Quelles perspectives pour 2017 ?

Pour le moment, une légère amélioration est constatée. Ce sont à peu près les mêmes fondamentaux : des taux de change inchangés, un pétrole en légère hausse, une demande qui devrait être constante.

 

Que pensez-vous du Brexit ?

Il est encore tôt pour en mesurer l'impact, notamment sans connaître le contenu des accords à venir. Les Anglais eux-mêmes ne semblent pas savoir. Je n'ai pas l'impression, au niveau de l'industrie chimique, qu'ils soient perdants. Ils sont en conformité avec Reach, donc ils peuvent conserver le marché européen. Hors UE, ils pourront avoir moins de contraintes, notamment à l'importation. Ils peuvent très bien y trouver un avantage concurrentiel. Ceci dépendra toutefois aussi des nouveaux droits de douane, mais là, tout le monde peut être perdant. C'est très difficile à modéliser aujourd'hui. Mais ils seront peut-être plus compétitifs vers les pays tiers que leurs concurrents européens.

 

Pour vos adhérents, comment cela est-il perçu, quels sont les risques ?

La vision est encore assez neutre. Nos adhérents s'approvisionnent partout, et le Royaume-Uni n'est pas le principal fournisseur. Les distributeurs européens ne semblent pas inquiets à ce jour dans le cadre du Brexit. Si le Royaume-Uni devient un pays tiers au même rang que les autres, avec des droits de douane, cela pourra alors changer la donne. Tout dépendra du niveau retenu sachant, de manière générale, que les produits finis sont beaucoup plus imposés que les matières premières.

 

Aviez-vous approché les différents candidats pour faire mieux connaître votre secteur et ses problématiques ?

Non, l'UFCC n'a pas approché les candidats. Il existe de grandes interrogations pour les entreprises de l'UFCC, notamment pour tout ce qui concerne les charges sociales, la TVA, les retraites, la pénibilité, les prélèvements à la source... Ce sont des sujets très demandeurs, alors que pour les candidats cela ne semblait pas être la priorité. Les grandes décisions qui seront prises seront annoncées assez rapidement, et les entreprises seront vite sollicitées pour leur mise en place. C'est l'incertitude qui prédomine. Nous déplorons que personne ne parle vraiment de politique industrielle. Et nous sommes inquiets par rapport à des choses qui pourraient être détricotées, comme le CICE, qui est une bonne initiative. D'autres sujets ne sont pas du tout abordés. Les déboires personnels de François Fillon ont plus suscité l'intérêt que le sujet crucial de la réindustrialisation de la France. Tout le monde en sera perdant.

 

Vous trouvez que la campagne ne s'est pas assez intéressée aux entreprises donc ?

Tout à fait. Ni au monde de l'entreprise ni à l'économie en général. Il n'y avait pas assez de vision d'ensemble. Les entreprises et les syndicats professionnels sont toujours demandeurs d'échanges avec les candidats, mais la réciproque n'est pas toujours systématique, alors que cela relève particulièrement de notre rôle. Nous sommes également attentifs aux mouvements sociaux qui pourraient être déclenchés en fonction des décisions.

 

En somme, vous baignez dans les incertitudes ?

Oui. Un flou demeure, mais ça n'empêche pas de travailler. Entre les effets d'annonce et les réalités économiques, il y a un monde. Si seules sont prises des mesures sociales, là il y aura des impacts. Les entreprises semblent trop oubliées. C'est toujours dommageable car l'agent économique premier reste l'entreprise. Une autre de nos inquiétudes concerne les attaques systématiques et grandissantes contre les produits chimiques au sens large : glyphosate, substances produits cosmétiques, BPA, perturbateurs endocriniens... Les contradictions sont multiples. Pourquoi des attaques très nettes plus envers certains produits chimiques et pas envers certains secteurs aval tout autant utilisateurs de substances classées ? Il n'est pas non plus normal que la France se singularise régulièrement du reste de l'Europe. Ces attitudes sont excessives car souvent basées sur des données ou des méthodes non encore validées. L'impact socio-économique n'est que très rarement pris en compte. Ces attaques ne nous semblent pas aussi justifiées qu'annoncé. Le relais médiatique amplifie ce mouvement bien évidemment. Cela impacte essentiellement les matières premières mais moins les produits finis, qui sont du coup plus importés. C'est finalement défavorable à tout le monde.

 

À un an de la dernière phase d'enregistrement de Reach, quelle est la situation ?

Jusque-là 4 000 substances ont été enregistrées, sur les 20 000 attendues. Mais nous ne sommes pas inquiets car les entreprises y travaillent d'arrache-pied. Par contre, nombre de matières vont disparaître du marché car trop chères à enregistrer. Beaucoup de secteurs aval vont avoir de mauvaises surprises et semblent encore peu au fait des conséquences. Les préparatifs se font de manière très hétérogène d'un secteur à l'autre. Beaucoup seront perdants. Il y aura moins de substances sur certains marchés, il faudra alors les vendre mieux.

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