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Consolidations et surprises en 2016

Julien Cottineau

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L'effervescence de l'agrochimie semblait acquise pour 2016. Et le leadership, inchangé depuis 2001, promettait d'être bouleversé. C'est ce que préfiguraient le raid raté de Monsanto sur Syngenta en 2015 et, surtout, la méga fusion entre les deux géants américains Dow et Dupont (CPH n°743). Ça n'a pas raté. D'abord avec l'irruption d'un nouveau venu : ChemChina. Le géant chinois a surgi dès février avec une offre de 43 Mrds $ sur Syngenta. Au printemps, c'est Bayer qui est sorti du bois et s'est lancé à l'assaut de Monsanto. Une guerre des nerfs de plusieurs mois qui a abouti à la fin de l'été à une dantesque opération de 66 Mrds $ pour la création du futur n°1 mondial du secteur. Cette perspective n'a pas manqué de secouer les ONG et certains politiques en Europe, en raison de la très mauvaise presse dont bénéficient OGM et Monsanto sur le Vieux continent. Sans parler des pesticides. Cette course au gigantisme ne semble pas non plus emballer les autorités de la concurrence, inquiètes des situations de monopole. De fait, aucun de ces trois rapprochements majeurs n'a pu se finaliser en 2016. Pas même Dow-DuPont. Du côté des engrais aussi, l'agitation était perceptible, il y a un an. Mais 2016 aura seulement vu les géants canadiens PotashCorp et Agrium s'accorder pour une fusion géante d'une valeur de 36 Mrds $. CF Industries et OCI, eux, ont jeté l'éponge face aux réticences du Trésor américain.
 

« Les acteurs européens ont été plus entreprenants en 2016 »


Dernier secteur phare pour les très grandes manoeuvres : celui des gaz industriels. Air Liquide a réussi à se placer au sommet en 2016 en finalisant le rachat d'Airgas pour 13,4 Mrds $. Mais ce leadership mondial ne devrait pas durer. Après une petite valse d'hésitation, Linde et Praxair ont décidé en décembre de fusionner pour reprendre la tête de gondole. Le dernier géant, Air Products, risque de se retrouver avec un bon train de retard sur les champions du secteur. Il aura profité de 2016 pour bien recentrer son activité sur les gaz industriels, cédant au passage, pour 3,8 Mrds $, ses spécialités et additifs pour revêtements à Evonik. C'est d'ailleurs sur le front des spécialités que se sont concentrées, l'an dernier, les acquisitions dépassant le milliard dans l'industrie chimique mondiale. Contrairement à 2015, les acteurs européens ont été plus entreprenants en 2016 que leurs concurrents américains. En particulier les opérateurs allemands. Henkel a repris Sun Products (3,2 Mrds €), BASF a acquis Chemetall auprès d'Albemarle (3,2 Mrds €), et Lanxess s'est emparé de Chemtura (2,4 Mrds €). Le seul autre acteur européen engagé dans des grandes opérations aura été Total, cédant Atotech à Carlyle pour 3,2 Mrds $. Côté américain, Sherwin-Williams s'est lancé dans l'acquisition de Valspar (11,3 Mrds $) pour créer un nouveau leader mondial des revêtements. En chimie de base, on retiendra aussi l'acquisition d'Axiall par Westlake pour 3,8 Mrds $.

Sur un plan macroéconomique et européen, 2016 aura été une année plutôt décevante pour l'industrie chimique. Malgré le contexte d'un prix du pétrole toujours bas qui a permis d'améliorer les marges, la croissance de la production européenne et en Allemagne aura été atone (CPH n°785). La France devrait au moins afficher 1 %. L'année 2016 restera par ailleurs dans les annales pour deux surprises de taille : l'élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis et le Brexit. Deux événements inattendus dont les conséquences ne sont pas encore mesurables. Pour l'industrie chimique en France et en Europe, la sortie du Royaume-Uni de l'UE et les ambitions très protectionnistes de la nouvelle administration américaine pourraient changer la donne dès cette année.

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