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Propos recueillis par Aurélie Dureuil

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Dominique Aimon, directeur de la communication scientifique et technique de Michelin

© Michelin

Le géant français des pneumatiques travaille sur des produits de plus en plus biosourcés. Dominique Aimon, directeur de la communication scientifique et technique de Michelin, détaille la stratégie de R&D du groupe.

Chimie Pharma Hebdo : Quelle est la place de la recherche et développement dans l'activité de Michelin ?

Dominique Aimon : La R&D représente un volet important de l'entreprise. Nous investissons plus de 600 millions d'euros en R&D, chaque année œndlr, en 2012, les ventes nettes se sont élevées à 21,47 Mrds € et le résultat net à 1,57 Mrd €æ. Plus de 6 600 personnes sont employées dans le monde pour la R&D, sur un effectif total de 113 400 personnes. Et dans la recherche de Michelin, les matériaux sont un axe important. En effet, un pneu compte environ 200 composants. Pour fabriquer 100 tonnes de pneus Michelin (avec le mix entre pneus pour les voitures, les camions ou les engins de génie civil), il nous faut 25 tonnes de caoutchouc naturel, 20 t de caoutchouc synthétique, 26 t de charges renforçantes qui sont des silices et des noirs de carbone, 12 t de matériaux chimiques (soufre, huiles, résines, etc.), 12 t de câbles métalliques et enfin 3 t de câbles textiles. Nous travaillons sur chacune de ces boîtes à travers notre stratégie des 4 R (réduction des quantités de matières, réutilisation, recyclage et renouvelable).

 

Sur ce point du renouvelable, quelle est l'utilisation actuelle de Michelin en matières premières biosourcées ?

D.A. : Actuellement, nous utilisons, bien entendu, du caoutchouc naturel, mais nous avons d'autres matières premières biosourcées dans nos pneus. Il s'agit essentiellement de résines et d'huiles végétales qui entrent dans les 12 % de matériaux chimiques inclus dans nos pneus. Nous avons ainsi saisi des opportunités de matériaux qui nous permettaient d'améliorer les performances de nos pneus. Cependant, nous sommes très attentifs à l'analyse de cycle de vie. En effet, une ACV de pneu montre que plus de 90 % de l'impact est lié à la performance du pneu pendant la phase d'usage. Le volet production des matières premières et fabrication des pneus représente 10 % environ. Nous ne faisons pas simplement de la substitution, mais cherchons à améliorer l'efficacité de nos pneus. Par exemple, nous avons intégré des huiles biosourcées dans les gommes de certains pneus. Cela a permis d'améliorer la performance des bandes de roulement des pneus hiver sur sol mouillé et ainsi l'adhérence sur la neige.

 

Qu'en est-il de la partie caoutchouc qui représente une grande part des pneus ?

D.A. : Sur ce volet, nous participons à deux projets importants au niveau français. Le premier a été lancé fin 2011. Nommé BioAmyris, il est mené en partenariat avec Amyris, société américaine spécialisée dans les carburants et produits chimiques issus de matières premières renouvelables. Il vise à produire de l'isoprène, puis du polyisoprène à partir de biomasse. Nous utilisons ce polymère en complément du caoutchouc naturel, pour accompagner notamment la croissance des besoins de mobilité. Bien que le caoutchouc naturel soit déjà une ressource renouvelable, nous effectuons beaucoup de recherches pour pérenniser la production. Nous menons des travaux sur les problèmes de maladies de l'hévéa, mais aussi concernant l'instabilité des prix et de l'approvisionnement. Avec le projet Bio-Amyris, nous pensons démarrer un premier démonstrateur de 50 000 t d'isoprène biosourcé en France en 2020. Ce projet a fait l'objet d'un financement de l'Ademe dans le cadre des Investissements d'avenir.

 

Vous participez également à un projet sur le caoutchouc synthétique. Pouvez-vous détailler ce projet Bio Butterfly ?

D.A. : Nous avons annoncé, début novembre 2013, la mise en place de ce partenariat. Nous nous sommes associés à Axens et IFP Énergies nouvelles pour développer une filière de production de butadiène biosourcé. Ce matériau est utilisé par Michelin pour produire des élastomères synthétiques après polymérisation. Actuellement, le caoutchouc synthétique est produit à partir de butadiène issu de la chimie des hydrocarbures. Avec ce partenariat, nous allons travailler à partir d'alcool biosourcé venant des différentes générations de biomasses. La phase de laboratoire sera menée par Michelin et IFP Énergies nouvelles qui apportera son expertise pour transformer l'alcool en butadiène. Axens interviendra ensuite avec sa spécialisation en chimie catalytique. Michelin terminera enfin avec l'étape de polymérisation. L'objectif est de mettre en route en France une usine avec des capacités de 150 000 tonnes par an de caoutchouc synthétique biosourcé à l'horizon 2020. Ce projet disposera d'un budget total de 52 M€ sur 8 ans dont un financement de 14,7 M€ de l'Ademe.

 

Ces deux projets concernent les caoutchoucs et vous commencez à trouver des matériaux chimiques biosourcés. Qu'en est-il des charges renforçantes ?

D.A. : En matière de renforts, les problématiques sont différentes. La silice provient du sable qui est présent en grande quantité dans la nature. Nous n'avons pas de problème de disponibilité dans la matière première. La silice incluse dans nos pneus, il y a plus de 20 ans, nous permet aujourd'hui de proposer des pneus à haute efficacité énergétique. Nous travaillons sur les processus d'obtention de cette silice afin de réduire la consommation énergétique et les émissions de CO2. Concernant le noir de carbone, nous pensons qu'il sera possible d'en obtenir à partir de matières biosourcées, mais nous n'avons rien à communiquer pour le moment.

 

Quelles sont aujourd'hui les perspectives en termes d'approvisionnement biosourcé pour Michelin ?

D.A. : Ces projets témoignent de notre engagement dans ce domaine. Nous voulons construire une filière française pour comprendre la chaîne d'approvisionnement et ainsi mieux visualiser où seront les freins à lever pour aller aux étapes supérieures. Nous ne voulons pas faire de la communication sur l'obtention d'un pneu 100 % biosourcé, s'il reste difficile d'en fabriquer 100 millions. Nous voulons construire cette filière pour continuer à innover et avoir des matériaux performants pour nos pneus. Nous sommes dans une démarche pragmatique d'approvisionnement durable avec trois volets à prendre en compte : environnemental, économique et social.

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