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Cristal Union étudie des diversifications

Propos recueillis par Sylvie Latieule

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Cristal Union étudie des diversifications

Olivier de Bohan est le président de Cristal Union

© Cristal Union

Le groupe coopératif s'intéresse aussi à de nouveaux débouchés dans les biocarburants et la chimie du végétal, même si son cœur de métier reste la production de betteraves à des fins alimentaires. Rencontre avec Olivier de Bohan, président de Cristal Union.

Dans le paysage agro-industriel français et européen, Cristal Union est aujourd'hui un des acteurs clés. Quels sont le poids de ce groupe et sa spécificité ?

 

Cristal Union est un groupe coopératif qui fédère 9 500 agriculteurs, emploie 2 200 personnes, et réalise un chiffre d'affaires de 2 milliards d'euros. Le groupe est né en l'an 2000 du rapprochement de plusieurs coopératives. Sa croissance s'est poursuivie par le biais de rachats et d'autres rapprochements avec des coopératives. Son cœur de métier se situe dans la production et la transformation de betteraves à sucre. L'an dernier, nos coopérateurs ont produit 14 millions de tonnes de betteraves sur une surface de 140 000 hectares. La particularité de notre système coopératif est que, à un moment donné de leur histoire, tous nos coopérateurs ont investi un an de récolte pour contribuer à bâtir ou à consolider un outil de transformation. Ils sont ainsi propriétaires de leur outil industriel.

 

Que représente l'outil industriel de Cristal Union ?

 

Cristal Union compte aujourd'hui dix sucreries, trois distilleries et deux centres de conditionnement. Tous sont implantés sur le territoire français. L'an dernier, nous avons produit 1,7 million de tonnes de sucre blanc, 5,6 millions d'hectolitres d'alcool ou d'éthanol et 240 000 tonnes d'aliments pour le bétail. Nous commençons à avoir des projets à l'étranger. En Italie, nous nous sommes portés acquéreurs d'un centre de conditionnement de sucre en partenariat avec Eridania. En Algérie, nous avons un projet de construction d'une raffinerie de sucre en partenariat avec un acteur local.

 

Pendant des décennies, la production de betteraves a été soumise à quota, dans le cadre de la PAC. Ces quotas prendront fin en 2017, entraînant une libéralisation du marché. Comment appréhendez-vous cette évolution ?

 

La suppression des quotas va bouleverser les productions dans les régions agricoles les moins adaptées à la culture de la betterave, comme l'Europe du Sud ou du Nord. En revanche, nous pensons que la France est une des zones de l'Europe les plus performantes pour la production de betteraves, avec d'excellents rendements agricoles. Ceci se traduira par de nouvelles opportunités de développement. C'est ainsi que Cristal Union vient d'annoncer un plan d'augmentation pluriannuel de l'ensemble de ses surfaces betteravières de 15 % au cours des quatres prochaines années. Pour cela, nous allons demander à nos coopérateurs de développer leurs surfaces et nous allons proposer à de nouveaux planteurs de rejoindre notre coopérative. Nous allons renforcer notre socle français et, si cela présente un intérêt pour nos actionnaires, nous nous développerons à l'international.

 

Quelle place accordez-vous à des projets de diversification ?

 

Notre première mission est de développer la production de betteraves à des fins alimentaires et de bien rémunérer nos coopérateurs. Mais nous cherchons également de nouvelles sources de développement. C'est ainsi que nous nous sommes développés dans l'éthanol carburant. En coopération avec Blétanol (union des coopératives céréalières françaises), nous avons investi 300 millions d'euros sur cinq ans dans Cristanol, une société commune, basée sur le site de Pomacle-Bazancourt, et qui est un des leaders européen de la production de bioéthanol. L'unité est dotée d'une ligne de sucre qui produit 1,5 million d'hectolitres d'éthanol et d'une ligne de blé qui produit 2 M hl d'éthanol et des drêches. Nous avions construit cette unité alors que le gouvernement avait fixé comme objectif d'incorporer 10 % de bioéthanol dans les essences à l'horizon 2020. Puis les règles du jeu ont changé avec la montée en puissance des critiques sur les carburants de première génération. On a parlé de redescendre à 5 % de taux d'incorporation dans les essences, puis le ministre de l'Agriculture, Sébastien Le Fol a indiqué que l'on s'arrêterait à 7 %. Ces changements auraient pu nous mettre en difficulté. Il faut que nos gouvernants comprennent que c'est parce que des acteurs ont investi dans les carburants de première génération que la deuxième génération va arriver. Au total, un milliard d'euros a été investi en France dans la première génération. On attribue à tort aux agriculteurs européens des pratiques qui existent dans certaines régions du globe comme la déforestation massive et le changement d'affectation des sols. Or, en Europe, le débat ne peut pas être de même nature dans la mesure où la production agricole ne représente que 2,5 % des surfaces disponibles. Par ailleurs, dans notre ligne de production d'alcool de blé, pour chaque tonne de blé traitée, 40 % retournent à l'alimentation animale sous forme de drêches. Nous sommes loin d'être les affameurs de population que l'on prétend.

 

Qu'en est-il du domaine de la chimie du végétal ?

 

La chimie biosourcée est une voie que notre groupe explore. Cristal Union est partie prenante de la plateforme de Pomacle qui regroupe de la production, de l'enseignement et de la recherche avec la société ARD dont nous sommes actionnaires aux côtés de Siclaé. ARD a vocation à améliorer les procédés et à trouver de nouveaux débouchés à nos produits. Ce centre de recherche est à l'origine du démonstrateur BioDemo qui a réalisé le pilotage du procédé de production d'acide succinique de la société BioAmber. Notre récente augmentation de participation au capital de Global Bioenergies est un exemple de plus de l'implication de Cristal Union dans ce domaine. Global Bioenergies est une jeune société inventive et innovante qui se propose de produire de l'isobutène gazeux à partir de la fermentation de sucre. Si demain il se présente des débouchés intéressants autour de cette technologie, nous pourrions être en mesure de construire une unité de production de taille industrielle en partenariat avec d'autres acteurs. Et de façon générale, nous n'excluons pas d'engager des partenariats avec des industriels de la chimie. La première transformation pourrait être assurée par Cristal Union. La deuxième transformation se ferait en commun et la troisième serait assurée par nos partenaires chimistes. Il y aurait de vraies synergies à dégager. Rien n'est à exclure, d'autant que nous avons déjà des études en cours avec des industriels de la chimie.

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