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Croissance record et spécialités dynamiques

Julien Cottineau

Les chimistes européens sont-ils trop pessimistes ? Début 2017, les prévisionnistes marchaient sur des oeufs. L'UIC avançait une perspective de croissance de la production de 1,6 %, au sortir d'un exercice 2016 réussi (+2 %). Côté allemand, la VCI ne misait que sur 0,5 %, comme le cru médiocre de 2016. Le Cefic non plus ne préférait pas trop se mouiller, en espérant faire aussi bien que la triste cuvée 2016 (0,5 %). Mais tous se sont trompés, dans les grandes largeurs. Car 2017 s'annonce comme une année record, même si les chiffres ne sont pas arrêtés. Outre-Rhin, la croissance devrait au minimum avoir atteint 2,5 %, soit cinq fois plus qu'envisagé. Dans l'UE, elle sera probablement d'au moins 3 %. Et en France, à fin octobre, elle avait atteint 5 % ! Personne ne pariait sur pareille fête. La reprise des marchés y est pour beaucoup, de la construction à l'automobile, de l'aéronautique à l'électronique. L'autre donnée majeure, mais qui reste encore à affiner, c'est que les exportations européennes se sont très bien tenues. Et que des records pourraient tomber du côté des excédents commerciaux. Si l'industrie chimique européenne demeure pénalisée, d'une manière générale, par une énergie trop chère ou encore par les réglementations les plus contraignantes au monde, elle prouve qu'elle peut se montrer compétitive.
 

Côté micro-économique, 2017 n'aura pas connu d'opérations dantesques. La chimie de base a privilégié les dépenses d'investissements. Surtout outre-Atlantique, avec de nouveaux projets chiffrés en milliards de dollars et annoncés alors même que de grandes unités flambant neuves d'oléfines et de polyoléfines sont entrées en service au cours des douze derniers mois. Sur le front de l'agrochimie, la fièvre du gigantisme s'est apaisée. L'une des plus importantes transactions aura été cependant à mettre à leur crédit, avec la cession d'actifs de phytosanitaires et de semences de Bayer à son compatriote BASF pour près de 6 Mrds € en octobre (CPH n°819). Les opérations de consolidation ont surtout concerné la chimie de spécialités, toujours via cette volonté de lifter les portefeuilles produits. Solvay a cédé ses polyamides à BASF à l'automne, Arkema a transféré ses alcools oxo à Ineos dès le début 2017, Kuraray s'est offert Calgon Carbon. En France, on retiendra la reprise de PCAS par Novacap en chimie fine.
 

Il ne faudrait pas non plus oublier deux ratés retentissants, qui auraient pu se poser comme les deux plus grandes opérations de l'année, tout segment chimique confondu. Le Suisse Clariant et l'Américain Huntsman semblaient sur la bonne voie pour former un champion des spécialités. Mais leur fusion entre égaux, valorisée à près de 20 Mrds $, a été torpillée par le fonds activiste White Tale (CPH n°821). Dans les revêtements, on retiendra aussi le fiasco du géant américain PPG pour s'emparer de son homologue européen AkzoNobel. Lequel s'est dressé vent debout contre cette fusion, jusqu'à refuser une offre de près de 27 Mrds € (CPH n°804) ! Sur ce dossier il convient d'être prudent car il pourrait ne pas être clos. D'un côté, le groupe néerlandais s'est lancé dans une stratégie de spin-off de ses spécialités chimiques et a manqué un rapprochement avec Axalta. De l'autre côté, PPG a fait le dos rond. Empêché légalement, après trois offres successives, de revenir à la charge pour les six derniers mois de l'année, et même s'il a annoncé en juin dernier avoir jeté l'éponge, il semble ronger son frein. Dès le 2 janvier il annonçait d'ailleurs une petite acquisition aux Pays-Bas, profitant de l'aubaine pour déclamer son attachement au pays orange et ses investissements de longue date sur les terres d'AkzoNobel. Une nouvelle charge serait-elle en préparation ?

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