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De l'éthane américain craqué à Mardyck

Julien Cottineau

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Versalis projette de craquer de l'éthane américain sur son complexe pétrochimique de Mardyck, près de Dunkerque (Nord). C'est ce qu'a confirmé Daniele Ferrari, le p-dg de la division chimie du géant italien ENI, lors de la 48e convention annuelle de l'Association européenne pétrochimique (EPCA) à Vienne (Autriche) la semaine dernière, rapportent Chemical Week et ICIS.

Cette décision était attendue depuis le printemps 2013. À l'époque, lors d'une présentation de sa stratégie et de son repositionnement, Versalis avait indiqué réfléchir à importer de l'éthane américain pour alimenter ses vapocraqueurs européens, mettant en concurrence ses complexes de Brindisi, en Italie, et de Mardyck. Il semble donc que le site français a remporté la mise.

Au sein d'une pétrochimie européenne moribonde, Versalis inscrit son nom à la petite liste des pétrochimistes prêt à se lancer dans l'importation d'éthane bon marché depuis l'Amérique du Nord pour la production d'éthylène sur le Vieux continent. Et renouer avec des productions plus compétitives. Le chimiste italien rejoint ainsi Ineos, qui s'est lancé dans l'aventure dès 2012 à Rafnes en Norvège et depuis à Grangemouth en Écosse, ainsi que Borealis et Sabic, lesquels ont annoncé des projets similaires cet été, respectivement en Suède et au Royaume-Uni. Sans compter l'Indien Reliance, lui aussi déterminé à importer de l'éthane made in USA pour alimenter ses productions pétrochimiques.
 

« Ce projet de conversion du vapocraqueur de Versalis serait estimé à un coût de 100 à 150 M€ » 
 

Comme la quasi-majorité des vapocraqueurs en Europe, celui de Versalis à Mardyck est sur base naphta. Le projet consisterait à le moderniser afin de le rendre plus flexible. Ce qui pourrait être finalisé d'ici fin 2015. Daniele Ferrari ambitionnerait que la production d'éthylène sur place soit pour moitié dérivée d'éthane dès 2016. Ce projet serait estimé à un coût de 100 à 150 millions d'euros. Des montants dérisoires pour l'Amérique dopée aux gaz de schiste mais rares pour l'industrie chimique en France. La conversion du vapocraqueur ne modifierait pas ses capacités installées. Chemical Week évoque un chiffre de 500 000 tonnes par an. Versalis nous avait précisé en 2012 des capacités de 410 000 t/an d'éthylène et de 210 000 t/an de propylène à Mardyck. En parallèle de cette conversion du vapocraqueur, Versalis aurait déjà démarré les projets d'ingénierie pour la construction de stockage d'éthane sur le site. Le chimiste italien négocierait aussi les moyens d'acheminer l'éthane par voie maritime.

En revanche, ce projet pose la question de l'aboutissement du projet phare de Versalis à Mardyck. Il était prévu initialement un investissement de 80 M€ pour augmenter de 70 000 t/an les productions de butadiène. Mais avec une flexibilité accrue du vapocraqueur et la moindre proportion de naphta en matière première, la disponibilité de C4 serait en conséquence moindre. Selon une source anonyme citée par Chemical Week, Versalis pourrait ainsi tout simplement renoncer à son projet de butadiène à Mardyck.

Pour l'heure, le chimiste italien n'a pas encore dévoilé tous les détails de ce projet. Un projet qui ne fera peut-être pas l'unanimité en France, où tout ce qui touche aux ressources de gaz non conventionnelles n'est toujours pas en odeur de sainteté du côté des dirigeants.

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