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Des scientifiques alertent sur les risques pour la santé humaine des SDHI

L.H.

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Dans une tribune publiée, le 15 avril, dans Libération, un collectif de scientifiques du CNRS, de l'Inserm, des universités et de l'Inra a mis en garde contre les « risques potentiels pour la santé humaine et l'environnement de l'usage d'une classe de pesticides, les SDHI (inhibiteurs de la succinate déshydrogénase), désormais utilisés à grande échelle comme antifongiques en agriculture ». Les signataires indiquent qu'en 2014, pas moins de 70 % des surfaces de blé tendre et près de 80 % de celles d'orge d'hiver étaient traitées par SDHI. Utilisés depuis une vingtaine d'années, ils bloquent une étape clé du processus de respiration des champignons en inhibant une enzyme mitochondriale, la succinate déshydrogénase (SDH). Les auteurs de cette tribune soulignent que si la SDH est essentielle à la survie des champignons, elle joue également un rôle majeur dans la santé humaine. « Des anomalies du fonctionnement de la SDH peuvent entraîner la mort des cellules en causant de graves encéphalopathies, ou au contraire une prolifération incontrôlée des cellules, et se trouver à l'origine de cancers. Des anomalies de la SDH sont aussi observées dans d'autres maladies humaines, telles que l'ataxie de Friedreich, le syndrome de Barth, la maladie de Huntington, de Parkison et certaines asthénozoospermies (perturbation de la mobilité des spermatozoïdes). » Autre problème soulevé par les travaux de recherche des scientifiques de ce collectif : le blocage de l'enzyme SDH conduirait à l'accumulation d'une molécule appelée le succinate qui, sur le long terme, entraînerait des modifications épigénétiques, c'est-à-dire des changements sur la structure de l'ADN humain. « Ces anomalies épigénétiques liées au blocage de la SDH vont déréguler des milliers de gènes, expliquant la survenue de tumeurs et cancers, sans pourtant entraîner de mutations dans les gènes comme c'est souvent le cas des carcinogènes. Et ces modifications, contrairement aux mutations, ne sont pas détectées, ni testées, au cours des tests de toxicité conduits avant la mise sur le marché des pesticides », alerte le collectif, qui rappelle aussi que « les pesticides précédemment utilisés comme insecticides ou fongicides et qui visaient la mitochondrie et la respiration ont été graduellement abandonnés, du fait de leur dangerosité, de leur efficacité réduite et/ou de l'apparition de résistances. »
 

L'Anses met en place un groupe d'experts
 

Les signataires de cette tribune appellent donc à « suspendre l'utilisation [des SDHI, ndlr] tant qu'une estimation des dangers et des risques n'aura pas été réalisée par des organismes publics indépendants des industriels distribuant ces composés et des agences ayant précédemment donné les autorisations de mise sur le marché des SDHI ». Un appel qui semble avoir été entendu par l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses), qui, en réponse à cette tribune, a annoncé, le 18 avril, la mise en place d'un groupe d'experts dédiés « afin de prendre en compte l'ensemble des données scientifiques disponibles sur ce sujet et notamment examiner sans délai les éléments évoqués par les scientifiques lanceurs d'alerte ». L'Agence précise que « ce travail aura notamment pour objectif d'évaluer si des éléments nouveaux doivent être portés au niveau européen et, si nécessaire, de prendre toute mesure de gestion des risques qui apparaîtrait appropriée ». L'ONG Générations Futures souhaite, quant à elle, une suspension immédiate des autorisations de mise sur le marché des produits contenant ces fongicides « à titre conservatoire ». Une demande qu'elle a adressée aux ministères de l'Agriculture et de l'Alimentation, des Solidarités et de la Santé, de la Transition écologique et solidaire ainsi qu'à l'Anses dans une lettre envoyée le 24 avril. Lettre dans laquelle elle souligne que l'autorisation du boscalide, substance active de la famille des SDHI la plus utilisée, arrive à son terme au mois de juillet. Ce qui lance le débat sur sa réhomologation.

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