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Développer une culture de la sécurité sur les sites

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Le Clic, un bon outil à améliorer

Mis en place dans chaque bassin industriel comprenant un site Seveso depuis 2005, les Comités locaux d'information et de concertation (Clic) sont des structures pilotées par les Secrétariats permanents pour la prévention des pollutions industrielles (SPPPI), qui réunissent ensemble cinq collèges : administrations, collectivités territoriales, exploitants, riverains et salariés. La région Rhône-Alpes compte 34 Clic pour 72 sites classés Seveso AS. Afin d'informer au mieux les riverains sur les risques industriels majeurs, les Clic disposent de prérogatives importantes. D'une part, les exploitants doivent informer les Clic de tous les éléments relatifs à la sécurité des installations et des projets de modification ou d'extension. Ensuite, ils sont destinataires des rapports d'analyse critique réalisés pour les dossiers d'autorisation. Enfin, le « président » du Clic est tenu de réunir le comité si la majorité des membres en font la demande. Cependant, une étude de la DREAL Rhône-Alpes publiée en mars 2010 montre que les Clic nécessitent certains ajustements. En effet, la représentation des différents collèges et les temps de paroles sont inégaux au sein de ces Clic. En effet, l'administration est surreprésentée avec 38 % de membres présents, tandis que les riverains et les salariés sont sous-représentés (14 et 11 % respectivement). En outre, l'administration monopolise le temps de paroles lors de ces réunions (47 %). Afin d'améliorer le fonctionnement des Clic, l'étude préconise donc plusieurs actions, comme réduire la durée des présentations pour laisser place aux échanges, équilibrer les temps de parole en incitant les salariés à prendre la parole, ou encore aider les riverains à assurer le rôle de relais d'information. Reste à savoir si les acteurs pourront mettre en place ces ajustements.

La prévention des risques est une préoccupation majeure pour les acteurs en relation directe avec un site chimique, dont les riverains. Dans un souci de transparence et d'information, des initiatives leur sont dédiées afin que ville et industrie chimique puissent cohabiter durablement.

« Les riverains ont le droit de savoir et de donner leur avis sur ce qui se passe sur un site à risque près de leur habitat, tandis que les entreprises chimiques doivent s'assurer la pertinence et de la bonne compréhension de linformation », indique Gérard Berne, secrétaire du Spiral (Secrétariat permanent pour la prévention des pollutions industrielles et des risques dans l'agglomération lyonnaise). En effet, l'information envers les riverains sur les risques industriels doit être de plus en plus fournie, et destinée à un public moins au fait des enjeux inhérents à un site chimique, comme le confirme Philippe Prudhon, responsable du département technique à l'Union des industries chimiques (UIC) : « Auparavant, les riverains travaillaient dans l'usine à proximité de leur lieu d'habitation, alors qu'aujourd'hui ce n'est plus le cas ».

Depuis 1987, les différents acteurs sont tenus d'informer les riverains des risques industriels et technologiques d'un site les concernant. Pour cela, les communes et les industriels s'appuient sur des campagnes d'information, pouvant prendre la forme de réunions d'échanges, de distribution de brochures, etc. En outre, les communes mettent à disposition dans les mairies et sur internet le document d'information communal sur les risques majeurs (Dicrim). Les riverains peuvent également se renseigner sur les risques industriels auprès de Comités locaux d'information et de concertation (Clic, voir encadré) créés en 2003, ou bien auprès d'associations. Outre les Clic, il existe des Commissions de suivi de sites pour les installations moins importantes soumises à autorisation. Le préfet peut ainsi au cours de ces réunions réunir l'ensemble des parties concernées afin de favoriser l'information et les échanges auprès des riverains. « L'ap préhension des sites de production chimique provient plus d'une incompréhension que d'un rejet de la part des riverains. Il y a donc une nécessité d'expliquer l'activité des sites », précise Jean-Jacques Gillot, délégué général de l'UIC Rhône-Alpes.

L'industrie chimique n'a pas attendu d'être soumise à des obligations légales d'information pour effectuer des démarches d'information et de prévention à destination des riverains. Dès 1990, les industriels de la chimie s'étaient engagés à respecter une charte de principes dite « d'engagement de progrès ». Elle prévoit notamment que les industriels communiquent au public des informations appropriées en termes de sécurité, de protection de la santé et de l'environnement. Autre exemple avec la démarche de dialogue de proximité « Terrains d'entente » mise en place par la société Arkema. Ce programme lancé en 2002 consiste à faire comprendre les activités de ses usines au public (riverains, élus, journalistes, associations, enseignants, jeunes etc.). « Cette démarche a pour objectif de mieux intégrer les sites dans le territoire et bâtir une relation de confiance par le dialogue », indique Sophie Suc, responsable des relations extérieures sites France d'Arkema. Cela se traduit par des actions variées comme des rencontres annuelles, des visites de sites, des lettres d'information périodiques aux riverains, des interventions en écoles. « Il s'agit d'une action pérenne, qui s'est développée à l'international, notamment en Chine et aux États-Unis. Chaque usine élabore son propre programme de communication de proximité », précise Sophie Suc. Avant d'ajouter : « Grâce à cette initiative, la notion d'inquiétude a diminué mais d'autres questions surviennent lors de nos échanges avec le public, sur des thèmes tels que l'environnement, l'emploi, l'innovation et l'application des produits que nous fabriquons ».

Associer la population à la prévention

L'UIC a également lancé en 2006 une démarche incitant à ses adhérents à communiquer « à chaud », afin de tenir informée la population sur les incidents visibles qui surviennent sur les sites de production. Cette action permet ainsi aux industriels de restaurer la mauvaise image de la chimie, comme l'indique Philippe Prudhon (UIC) : « En France, l'image de la chimie n'est pas bonne. Cependant, il y a une différence notable entre la perception des sites et celle des produits. Grâce aux actions d'information, les sites sont de mieux en mieux acceptés tandis qu'il n'y a presque pas d'amélioration de l'image des produits ».

Les habitants des communes impactées peuvent également participer activement aux différents exercices de sauvegarde. Par exemple, les exercices du plan particulier d'intervention (PPI) organisés trois fois par an constituent l'occasion pour les riverains de prendre connaissance des risques et des consignes de sécurité associées à l'activité du site. Depuis la loi de modernisation de la sécurité civile en 2004, la population peut intégrer la réserve communale de sécurité civile, qui est chargée notamment d'aider la mairie dans les situations de crise et les actions de préparation et d'information des habitants. La participation des jeunes peut également être un moyen d'intéresser davantage les riverains. « La mise en contact de l'information via les jeunes comporte deux point forts : d'une part, ils posent toujours des questions naïves mais très pertinentes. D'autre part, ils peuvent transmettre ce qu'ils ont appris aux parents », souligne Gérard Perrotin, adjoint au maire de Salaise-sur-Sanne (Isère). Instaurés par les établissements scolaires, les plans particuliers de mise en sûreté (PPMS) constituent un autre moyen d'informer et de mobiliser les jeunes sur la prévention des risques. Des initiatives sont également créées par des associations de citoyens, telles que le Mouvement national de lutte pour l'environnement (MNLE). En accord avec les établissements scolaires, cette association prend part à des formations à destination des enfants, comme l'indique Bertrand Claudy, directeur du MNLE : « Une formation de 9 h, réparties sur plusieurs sessions, est organisée pour éduquer des enfants âgés entre 7 et 10 ans aux risques technologiques ». Avec la multitude de démarches d'information et de prévention, une concertation entre tous les acteurs concernés est nécessaire, comme le confirme Bernard Le Risbé, administrateur de l'Institut des risques majeurs (IRM) : « Une unité est à concevoir sur l'ensemble de la chaine d'information, et des actions préventives menées ». Avis que partage Gérard Berne (Spiral) : « Une complémentarité est à trouver entre tous les organismes et les associations d'information ».

La plupart des élus et des industriels de la chimie pensent qu'il est donc indispensable de développer une véritable culture de sécurité industrielle qui sera relayée notamment par la population. Cependant, il reste encore des points à améliorer pour intégrer de plus en plus l'activité des sites chimiques au sein d'un territoire. « Il y a une nécessité de transparence de la part des industriels, sans tomber dans la publicité non plus », déclare Christiane Demontès, maire de Saint-Fons (Rhône). Avant d'ajouter : « La vallée de la chimie doit être exemplaire, notamment pour l'intégration des habitants. Les industriels qui y sont installés doivent contribuer à la vie territoriale ». Des actions doivent également être menées afin pour faciliter encore plus la participation les moins informés. « La commune doit avoir les moyens qui s'imposent, afin de renforcer le lien entre habitants et usine, et par la même occasion l'acceptabilité du risque », indique Serge Tarassioux, maire de Pierre-Bénite (Rhône). « Pour que l'information sur la prévention des risques soit portée, il est nécessaire d'avoir un plan de sécurité industrielle fort », souligne Gérard Perrotin. « Pour parvenir à maintenir des activités industrielles au sein d'un tissu urbain, il faut que les entreprises développent leur savoir-faire et leur visibilité en termes de sécurité industrielle », indique Philippe Grillot, président de la chambre de commerce et d'industrie de Lyon (Rhône). Cette culture de sécurité devrait ainsi contribuer à développer durablement les territoires, telles que la vallée de la Chimie. « L'ensemble des acteurs doivent donc proposer des méthodes innovantes afin de surmonter la contradiction entre la ville et l'industrie, et pouvoir allier développement urbain et développement industriel », conclut Serge Tarassioux.

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