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Diverchim passe d'un modèlede CRO à celui de CDMO

À Roissy, Sylvie Latieule

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Diverchim passe d'un modèlede CRO à celui de CDMO

Pierre Charrier, directeur général de Diverchim.

© Diverchim

Dirigée par Pierre Charrier, devenu l'un des actionnaires majoritaires aux côtés des laboratoires Intsel Chimos, Diverchim transforme son business model pour passer d'un modèle de CRO à celui de CDMO, spécialisé dans la fabrication de principes actifs pour des besoins de quelques dizaines de grammes à quelques centaines de kilogrammes.

Cela fait un peu plus d'un an que Pierre Charrier pilote Diverchim en tant que directeur général. Il est aussi un des nouveaux actionnaires de la société aux côtés de Finn Sondergaard, président de Intsel Chimos qui en détient une participation majoritaire de 55 %. En dépit du savoir-faire important de Diverchim en tant que CRO de la chimie fine, la société, créée par Jean-Louis Brayer en 2000, avait fini par être placée en redressement judiciaire. Tout le challenge à relever consistait à la remettre à flot après la perte d'un client important qui générait près de la moitié du chiffre d'affaires.

Doté d'une solide expérience en chimie fine et pharmacie, Pierre Charrier, qui a notamment travaillé pour Minakem, Delpharm ou encore Isochem, était l'homme de la situation. Depuis mars 2016, il exerçait une mission de revue stratégique pour le compte de Diverchim afin de lui trouver des relais de croissance. Ce qui lui a permis de rencontrer l'administrateur nommé par le tribunal de commerce, chargé de trouver des repreneurs. « Au départ, je n'avais pas envisagé la reprise de Diverchim. Mais un jour l'administrateur m'a dit "puisque vous croyez à ce business pourquoi ne pas le reprendre ?" ». En tant que conseiller de Jean-Louis Brayer, Pierre Charrier avait pu se forger une vision claire des points forts et faibles de la société. « Lorsque je suis arrivé chez Diverchim, la société exerçait l'essentiel de son activité en tant que CRO. Mais elle commercialisait ses prestations sur la base "d'objectifs de résultats" au lieu d'être sur des "objectifs de moyens", comme cela est pratiqué par tous les grands chimistes qui proposent des prestations de R&D », explique Pierre Charrier. Il poursuit : « Sur le papier, synthétiser deux grammes d'un produit chimique est toujours réalisable. Mais dans la réalité, 4 fois sur 5, la chimie ne se passe pas comme prévu. Cela prend souvent plus de temps pour livrer un produit, en particulier dans les quantités souhaitées et avec la bonne pureté ». Désormais, les prestations de recherche de Diverchim sont donc facturées en FTE (full time equivalent ou équivalent temps plein), sur la base du temps de collaborateurs mis à disposition.

Moins de recherche et plus de fabrication

Parallèlement à ses activités de recherche, la société Diverchim était devenue, un peu par hasard, un producteur de matière active sous BPF, avec la mise en place de tout un système qualité, audité avec succès par l'Agence du médicament en septembre 2015. Sur proposition de Pierre Charrier, dès 2016, l'idée a été de capitaliser sur ce savoir-faire en augmentant la part de la production à façon qui offre des revenus plus récurrents que la recherche. « Nous sommes passés d'une société dédiée à 80 % à des projets de recherche et pour 20 % à des projets de production, à une société qui se consacre maintenant à plus 70 % pour de la production GMP », explique le dirigeant. Diverchim est ainsi passée du statut de CRO à celui de CDMO, mais en se focalisant sur les synthèses de petites quantités de produits, de quelques grammes à quelques centaines de kilogrammes, aussi bien pour la fabrication de produits commerciaux que pour des médicaments en phases de développement préclinique et clinique. Un positionnement qui lui permet de ne pas se retrouver en concurrence frontale avec des grands de la chimie fine tels que PCAS, Axyntis ou encore Novasep. « On ne marche pas sur les platebandes des grosses CMO qui occupent leurs pilotes ou leur kilolab pour le scale up de leurs projets en cours d'industrialisation qui demandent des quantités industrielles », estime Pierre Charrier. Dès juin 2016, la société a ainsi pu prendre plusieurs projets de quelques dizaines de kg. Le dirigeant qui n'envisage pas de produire des lots au delà de 200 kg - « 300 kg, si l'on investit » - s'interroge par ailleurs sur l'intérêt de s'approvisionner en Asie pour de petits volumes. « Nous serons peut-être 15 % plus chers qu'en Asie, mais sur de très petites quantités, cela n'aura pas d'incidence significative sur les finances d'une start-up, a fortiori d'un laboratoire pharmaceutique big pharma, alors que le client gagnera en transparence, en qualité et en sécurité de gestion et d'approvisionnement », souligne Pierre Charrier qui cherche à attirer des clients du monde entier : Australie, États-Unis, Europe. L'un de ses gros challenges sera d'ailleurs de réussir un audit FDA à l'horizon 2019-2020.

Le mariage de la chimie et de la biotech

Pour ce qui est de ces nouveaux produits qui entrent dans le portefeuille de la société, le dirigeant explique que deux cas de figure se présentent. Il arrive qu'un laboratoire pharmaceutique ne soit plus satisfait de son fournisseur ou que celui-ci arrête la production pour des raisons qui lui sont propres. Tout le travail de Diverchim va consister à valider le changement de site auprès des autorités de santé. Un processus qui peut prendre 1 an, 1 an et demi, avant d'arriver à un enregistrement dans le dossier d'AMM. En parallèle, il suit de près les sujets très innovants de start-up ou de biotechs avec l'ambition de créer le lien entre les petites et les grosses molécules. Le mariage de la chimie et de la biotech !

Enfin, outre son savoir-faire, l'un des gros atouts de Diverchim réside dans ses installations et sa localisation. Depuis 2013, la société occupe des locaux, dotés de 2 800 m2 de laboratoires, qu'elle a fait construire sur un terrain de 8 000 m2 en zone industrielle à Roissy, avec possibilité d'extension. Un projet qui s'était transformé en gouffre financier pour le précédent propriétaire, Jean-Louis Brayer. En revanche, avec ses nouveaux actionnaires la société est repartie sur de nouvelles bases et a été recapitalisée à hauteur de 700 000 d'euros. Ce montant a permis d'envisager des investissements. « Au premier étage de notre bâtiment, nous avions trois travées de laboratoires. Nous en avons gardé deux et partagé la troisième en deux laboratoires GMP. Cet investissement est opérationnel depuis août 2017 », explique Pierre Charrier. Au rez-de-chaussée, un deuxième kilolab GMP est opérationnel depuis le début de l'année, permettant de doubler la capacité. « Nous avons des réacteurs de 6 à 50 litres dans le premier et de 100 à 200 litres dans le deuxième. Cela nous donne plus de flexibilité », précise le dirigeant qui annonce que la dernière phase des investissements concerne le revamping du pilote au cours du dernier trimestre et qui sera totalement opérationnel en janvier 2019. En complément, « nous avons doublé le personnel de contrôle qualité et nous cherchons encore à embaucher ». Un investissement de 150 000 euros est en cours pour l'achat de nouveaux matériels de chromatographie.

En juillet 2017, Diverchim comptait 26 collaborateurs. L'effectif est maintenant de 34 personnes, grâce notamment à l'embauche de 5 docteurs en chimie. Et le patron cherche encore à renforcer ses équipes pour se diriger vers les 40 collaborateurs. Quelques postes sont ainsi à pourvoir notamment : 2 personnes en contrôle qualité, 2 personnes en assurance qualité, tandis qu'au niveau des laboratoires l'entreprise réalise au moins une embauche par an de chimistes niveau licence pro ou IUT.

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