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Dow en France a pris le virage des spécialités

Propos recueillis par Sylvie Latieule

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DOW EN FRANCE

Cinq sites de production

- Chauny (Aisne) : résines échangeuses d'ions, résines absorbantes et catalyseurs

- Lauterbourg (Bas-Rhin) : agents de mise en œuvre et modifiants-chocs pour plastiques, additifs pour vernis et peintures décoratives

- Drusenheim (Bas-Rhin) : films plastiques, mousses de polystyrène extrudé, phytosanitaires

- Erstein (Bas-Rhin) : systèmes de polyuréthanes et élastomères spéciaux

- Villers-Saint-Paul (Oise) : polymères acryliques

Un centre de recherche et de développement

- Valbonne-Sophia Antipolis (Alpes-Maritimes) : additifs pour peintures et revêtements, additifs pour plastiques, adhésifs et polymères fonctionnels, solutions pour l'industrie, l'hygiène et la beauté, produits chimiques pour la construction

Trois sites administratifs et commerciaux

- Paris Saint-Denis (Seine-Saint-Denis, siège)

- Saint-Quentin-en-Yvelines (Yvelines)

- Mougins (Alpes-Maritimes)

Dow en France a pris le virage des spécialités

Ramon Melgarejo, président de Dow en France.

© © Dow

Avec le rachat de Rohm and Haas, la filiale française de Dow s'est recentrée sur les spécialités. Certaines activités sont en forte croissance, mais chaque investissement reste un challenge. Entretien avec Ramon Melgarejo, président de Dow en France.

Depuis 2011, vous êtes à la tête de Dow en France, une implantation qui compte environ 1 350 colla borateurs et réalise un chiffre d'affaires de 1 milliard d'euros. Est-elle considérée comme une géographie importante au regard du groupe Dow ?

Depuis plusieurs années, le groupe Dow s'est engagé dans un processus de transformation de son portefeuille des commodités vers les spécialités. Le rachat du groupe de spécialités Rohm and Haas, il y a quatre ans, s'inscrit dans ce processus. Or il se trouve que la France était le pays le plus important en Europe pour la société Rohm and Haas. C'est là que le groupe concentrait le plus de capitaux et de ressources humaines. Plusieurs sites de spécialités sont ainsi entrés dans le giron de Dow, dont Chauny, Villers-St-Paul, Lauterbourg et le centre d'innovation de Valbonne. C'est un centre unique au monde qui se situe entre la R&D et le support technique. Par ces acquisitions, l'implantation française a également pu profiter plus rapidement de la culture de spécialités de Rohm and Haas qui consiste à se rapprocher plus près du consommateur dans la chaîne de valeurs. Dow en France témoigne déjà du résultat du processus de transformation de Dow, alors même qu'il n'est pas encore achevé au niveau mondial.

 

Le groupe Dow a récemment annoncé des restructurations au niveau mondial. Vont-elles impacter le site France ?

En novembre, le groupe a annoncé une restructuration qui allait impacter 2 400 emplois au niveau mondial. Mais attention, impacter ne signifie pas uniquement éliminer, cela signifie également que certains emplois vont bouger. Derrière cette restructuration, il y a la volonté de travailler autrement, de façon plus rapide, plus agile, plus flexible. Même l'organisation du comité de direction a changé. Nous sommes passés de 13 membres du board à 5 et de 30 présidents de business à 13 avec des pouvoirs élargis. La restructuration devrait entraîner la fermeture d'une vingtaine d'unités à travers le monde. Les cinq sites de production de Dow en France ne sont pas menacés. Des consolidations de sites administratifs voisins sont à l'étude. A l'issue des processus légaux de consultation, nous serons en mesure de communiquer le nombre d'emplois qui seront impactés. Ce que l'on peut dire, c'est que le nombre d'emplois supprimés devrait être relativement limité.

 

S'il n'y a pas de fermetures pour les sites de production en France, est-ce que certains d'entre eux pourraient se voir confier des productions arrêtées ailleurs ?

Nous savons d'ores et déjà qu'une production de polyuréthane va être rapatriée du Royaume-Uni à Erstein en Alsace. Le site va même devenir un centre d'excellence mondial pour les élastomères spéciaux pour les applications à haute valeur ajoutée. Cette activité qui s'inscrit dans la business unit Formulated system va ainsi bénéficier d'un investissement de plusieurs millions d'euros en 2013 pour un site qui n'emploie qu'une cinquantaine de personnes. Et l'on espère même attirer à moyen terme de nouveaux investissements, ce qui serait une bonne nouvelle pour la France, compte tenu de la situation politique qui pèse sur l'attractivité du pays. Il faut comprendre que dans les groupes internationaux, il y a une concurrence interne entre les pays pour attirer des investissements. Aujourd'hui, des pays comme l'Allemagne, les Pays-Bas, la Belgique et même l'Espagne sont mieux positionnés que la France.

 

Justement, quel montant investissez-vous en France chaque année ?

En 2011, nous avons investi 12 millions d'euros dans notre outil de production. En 2012, ce chiffre était de 19 M€ et en 2013, nous avons prévu d'investir 12 millions d'euros, mais ce montant pourrait être supérieur. Certaines de nos activités en France se portent plutôt bien malgré la crise, notamment dans le domaine des résines échangeuses d'ions qui sont au cœur de l'activité du site de Chauny dans l'Aisne. Ces résines sont utilisées pour dépolluer et séparer des impuretés dans de larges applications dans le domaine de l'eau, de la pharmacie, de l'agroalimentaire et du nucléaire. Elles sont capables de tout purifier.

 

Étant donné que les sites français de Dow ont une envergure mondiale, quel est l'intérêt de conserver une franchise « France » ?

La géographie garde de l'importance. Chaque pays a ses règles et ses lois et l'on ne fait pas du business de la même façon partout dans le monde. Par ailleurs, si l'on opte pour une approche très verticale, on risque de perdre de l'activité si l'on ne conserve pas une approche horizontale tournée vers nos clients qui sont multibusiness. D'autre part, la France continue d'abriter les centres de décisions d'un grand nombre de sociétés globales, comme Suez, Veolia, L'Oréal, EDF, Michelin, Total, Arkema...

 

On entend souvent dire qu'il est difficile de « vendre » le territoire France lorsque l'on appartient à un groupe américain. Est-ce aussi le cas chez Dow ?

La France a des points positifs comme la qualité de ses talents et le coût de l'énergie. Mais elle a aussi des défis à relever liés à sa complexité administrative et réglementaire, le poids des taxes et le manque de flexibilité du marché du travail. Par exemple, les directions américaines ne comprennent pas que lorsque l'on engage une restructuration, le processus interne de consultation puisse durer entre 6 et 7 mois. Ceci empêche de démarrer une restructuration et d'en voir rapidement les résultats. Indirectement, c'est un frein à l'investissement.

 

Selon vous, que doit faire le gouvernement français pour redonner confiance aux investisseurs étrangers ?

Pour investir, les entreprises ont besoin d'adaptabilité. Pour cela, il faut un marché du travail flexible. Lorsque l'on engage un investissement important sur un nouveau produit, on a besoin de flexibilité car on risque de faire face à une demande plus ou moins forte à laquelle il faudra s'adapter. Nos entreprises ont également besoin d'une prévisibilité réglementaire. Ces dernières années, nous avons pu observer des mouvements réglementaires extrêmement rapides au niveau des produits comme des opérations industrielles. Par exemple, les PPRT sont révisés tous les cinq ans. On a tout juste le temps d'en publier un qu'il faut préparer le prochain. De même, certains produits chimiques ont été écartés en France sans qu'il y ait de cohérence avec les réglementations européennes, alors que l'on a le règlement Reach qui est pourtant considéré comme le plus ambitieux du monde. Enfin, il y a la question de l'énergie. Le mix énergétique est en cours de renégociation. De nombreux signaux semblent indiquer que la part du nucléaire va diminuer au profit des énergies renouvelables, ce qui va conduire à une augmentation des tarifs de l'électricité. L'industrie chimique est par ailleurs un important consommateur de gaz, et la question à laquelle on ne répond pas est : d'où va venir le gaz qui alimentera nos usines dans 20 ans, et à quel prix ? Les conclusions du dernier comité stratégique de filière n'apportent qu'une réponse partielle. Mais il faut clarifier cet aspect, sans quoi l'industrie chimique ne sera pas en position de pouvoir investir sur le territoire français. Louis Gallois connaît très bien l'industrie et l'administration et il a des idées très claires sur les améliorations à apporter. Il faudrait lui donner les moyens de mettre en musique les idées qu'il a proposées.

 

Qu'en est-il de votre politique en matière de développement durable ?

Le développement durable fait partie de notre religion. Il est au cœur de notre culture, de notre façon de travailler et de toutes nos innovations. Par exemple, nous avons démarré un investissement de plus de 20 M€ sur trois ans à Lauterbourg dans la construction d'une unité d'extraction et de traitement des sols pollués. C'est une décision corporate qui a été prise car il n'y avait pas d'autre choix possible. A Chauny, nous construisons actuellement une nouvelle unité de traitement pour améliorer la qualité des effluents liquides qui sont rejetés dans l'Oise. En matière de produits, nous allons toujours plus loin dans la dépollution avec le développement de résines échangeuses d'ions pour traiter des polluants émergents dans l'eau potable comme les résidus agricoles ou médicamenteux. Notre site de Valbonne est devenu un centre d'excellence mondial pour les peintures à l'eau sans solvant, tandis que Lauterbourg produit les composants pour les peintures routières à l'eau avec un impact réduit sur l'environnement, attesté par une récente analyse de cycle de vie.

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