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« Dow France est davantage tournée vers les produits à haute vale ur ajoutée »

Propos recueillis par Sylvie Latieule

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« Dow France est davantage tournée vers les produits à haute vale  ur ajoutée »

Le site de Chauny abrite la plus grande usine de production de résines échangeuses d'ions au monde.

© Lione Barbe/Dow

Présent en France depuis les années 60, Dow opère désormais six sites de production, dont la plus grande usine au monde de résines échangeuses d'ions. Fort d'un effectif de 1 350 personnes sur le territoire, la filiale assume pleinement sa responsabilité sociétale en investissant dans la formation et l'emploi et en développant des innovations compatibles avec les enjeux environnementaux de la planète. Détails avec Pierre Burelli, président de Dow France depuis la mi-2016.

Infochimie magazine : Directeur Commercial pour l'Europe, le Moyen-Orient et l'Afrique de l'activité Polyuréthanes Solutions du groupe Dow, vous cumulez désormais cette fonction avec la présidence de la filiale française depuis le mois de juin. Que pèse exactement le groupe Dow sur le territoire français ?

Pierre Burelli : Dow en France pèse plus d'un milliard d'euros de chiffre d'affaires et emploie 1 350 personnes. Ces effectifs sont répartis sur 6 sites de production, le siège de Saint-Denis en région parisienne et notre centre d'innovation situé à Valbonne-Sophia Antipolis. Jusqu'à cette année, nous n'avions que 5 sites de production dont trois en Alsace -, Drusenheim, Erstein et Lauterbourg -, et deux dans les Hauts-de-France - Chauny et Villers-Saint-Paul. Mais avec la finalisation de la prise de contrôle de notre joint-venture Dow Corning en juin, nous avons intégré un 6e site de production, basé à St Laurent-du-Pont dans la région Auvergne-Rhône-Alpes.

 

Faut-il retenir que Dow a surtout d'importantes activités de production en France ?

P.B. : Le poids de la production est important, mais nous avons aussi des activités de R&D importantes. En plus de notre centre de Valbonne, la plupart de nos usines abritent des laboratoires de développement. Par exemple, le site d'Erstein qui est spécialisé dans la production de systèmes de polyuréthane (PU) travaille aussi sur le développement de nouvelles applications. Au total, notre effectif scientifique s'élève à plus de 200 personnes en France. Aujourd'hui, l'innovation dans le domaine moléculaire tend vers une asymptote, et il est de plus en plus difficile de progresser. Aussi, dans notre métier, l'innovation consiste également à développer de nouvelles applications et des solutions « clefs en main » en partenariat, pour nos clients et plus en aval dans la chaîne de valeur.

 

Est-ce que certains de vos sites industriels fonctionnent en « plateformes chimiques » ?

P.B. : Le regroupement de sociétés au sein de plateformes fait du sens car cela permet de répartir de nombreux coûts (structure, services partagés...). Cette question nous concerne notamment sur la plateforme de Villers-St-Paul que nous partageons avec Arkema et Chemours. Nous avons déjà de nombreux intérêts communs et nous essayons d'optimiser les coûts, en particulier en matière d'approvisionnement, de gestion de l'énergie et de logistique. Dans l'idéal, il faudrait que d'autres entreprises viennent s'installer sur la plateforme. Ce fonctionnement en plateforme est une question de masse critique et une question centrale pour l'industrie chimique en France. Plus nos installations seront importantes et intégrées, mieux elles fonctionneront au bénéfice des participants des plateformes et de leurs clients. Sur cette question, nous sommes parfaitement alignés avec les positions de l'UIC.

 

Est-ce que tous les métiers de Dow sont représentés sur le territoire français ?

P.B. : Par rapport à d'autres filiales, Dow France est davantage tournée vers les spécialités et les produits à haute valeur ajoutée. Cela est notamment dû à une forte présence du groupe dans le domaine des sciences pour l'agriculture en lien avec le poids des activités agricoles en France, mais aussi aux activités de production et d'innovation présentes sur le territoire. Néanmoins, tous les métiers de Dow sont représentés en France : le traitement de l'eau, la peinture, le bâtiment, l'automobile, la détergence, plastiques et élastomères, etc.

 

Quel est le montant de vos investissements ?

P.B. : Chaque année, nous investissons en capital une vingtaine de millions d'euros. Récemment, nous avons investi à Villers-Saint-Paul dans le domaine des dispersants acryliques solubles pour des applications dans la détergence. À Erstein, nous allons consacrer deux millions d'euros pour accroître les capacités de production du site dans les solutions polyuréthanes. À Chauny, nous investissons dans notre station d'épuration pour améliorer la qualité de nos rejets. Dans le même temps, nous rapatrions d'Allemagne des productions de résines échangeuses d'ions pour le traitement de l'eau et le secteur pharmaceutique. À Drusenheim, nous avons investi dans le conditionnement pour le secteur de l'agrochimie. Et nous avons rénové notre centre d'innovation de Valbonne.

 

La France n'a pas la réputation d'être un pays très accueillant pour les investissements étrangers. Partagez-vous ce point de vue ?

P.B. : Lorsqu'on investit dans la chimie, c'est pour le long terme au regard des sommes engagées. On crée des emplois stables et pérennes. Au niveau des différents ministères, notre profession bénéficie d'une bonne écoute. Les fonctionnaires en charge des questions industrielles ont bien compris comment notre industrie fonctionne et la contribution de nos produits pour le grand public. Néanmoins, cela ne se traduit pas toujours pas dans les faits. Par exemple, le « choc de simplification » que l'on nous avait promis n'est pas encore visible. Dow a la chance d'être une grande entreprise avec des moyens importants. Mais pour les PME, il n'est pas facile de suivre et de mettre en oeuvre tous les textes de lois et les réglementations voulus par l'autorité publique. Pour autant, quand on est enraciné dans le pays, on prend l'habitude de gérer cette complexité réglementaire. Mais comment l'expliquer à des investisseurs américains ? Il faudrait une réglementation plus lisible, simple à comprendre et à mettre en oeuvre, cela aurait des chances d'augmenter l'attractivité de notre pays. Avec des efforts, on y arrive : la plus grande usine de production de résines échangeuses d'ions au monde est implantée en France, chez Dow à Chauny. C'est aussi le premier employeur privé de la région.

 

Quelle est votre contribution globale en matière de formation et d'emploi ?

P.B. : Cette année 2016, nous avons recruté 30 personnes en CDI. Nous avons embauché des opérateurs, des techniciens, des ingénieurs de production mais aussi des jeunes diplômés dans le marketing et la vente. Pour les années à venir, notre objectif sera de rajeunir notre pyramide des âges car dans les 5 ans, entre 250 à 300 collaborateurs de production vont partir à la retraite. Pour anticiper ce phénomène, nous avons signé avec les principaux représentants du personnel un contrat de génération. D'un côté, il vise à favoriser l'embauche de jeunes arrivés par biais des Certificats de qualification professionnelle, du recrutement direct ou de l'apprentissage. De l'autre, il vise à aménager le départ à la retraite des plus âgés en allégeant, par exemple, la pénibilité d'un poste de travail. Le transfert de compétences se fait par le biais du tutorat ou du coaching sur une durée de 18 mois. Au niveau ingénieur, nous avons noué, depuis trois ans, un partenariat privilégié avec l'ECPM (École européenne de chimie, polymères et matériaux à Strasbourg). Nous prenons des stagiaires sur nos sites français ou sur nos grandes plateformes de Tarragone ou de Terneuzen. Une carrière chez Dow nécessite de parler 2 ou 3 langues et d'être mobiles. C'est un passeport pour l'Europe au minimum. En France, nous avons dans nos effectifs des collaborateurs de très nombreuses nationalités : anglais, allemands, italiens, bulgares, brésiliens, indiens, américains, vénézuéliens... La diversité est une source de richesse et stimule la créativité.

 

Pensez-vous que la transformation digitale soit de nature à impacter profondément l'industrie chimique ?

P.B. : La transformation digitale a déjà commencé à impacter le secteur de la communication avec un accès à des contenus plus importants sur Internet et la génération d'opportunités de ventes via des formulaires de contacts, voire des bons de commandes. La transformation digitale dans le suivi de procédé est en train de se mettre en place. Pour ce qui est de la partie commerce, une fois que les systèmes d'information seront en mesure de se parler efficacement, on peut imaginer que les transactions se feront de manière beaucoup plus efficace, de même que le suivi de l'approvisionnement avec une meilleure gestion des commandes pour le client. Pour autant, est-ce que l'on en arrivera à gérer des centres de transaction de la même façon qu'Amazon ?Le problème est qu'un entrepôt de produits chimiques ne peut pas se gérer comme un entrepôt de livres, compte tenu des questions de sécurité et de la réglementation et des quantités en jeu. Par ailleurs, comment gérer la variabilité des commandes, sachant qu'un site chimique doit tourner en continu ? Un tel système est bien plus compliqué à mettre en place pour des produits chimiques que pour des produits de grande consommation. Mais en théorie, pourquoi pas ?

 

Vous avez évoqué la reprise par Dow des parts de Corning dans leur société commune Dow Corning, en juin dernier. Quelles ont été les conséquences pour la France et l'Europe ?

P.B. : Nous avons récupéré plusieurs sites de production en Europe, à Barry au Pays-de-Galles, à Seneffe en Belgique, à Wiesbaden en Allemagne et en France à St Laurent-du-Pont, qui est aussi le siège de la société Multibase. Le périmètre de Dow Corning fait actuellement l'objet d'une restructuration, mais le site français n'est que peu touché. Ce n'est pas un site de production de silicones, mais un site tourné vers la plasturgie qui formule des matières thermoplastiques utilisant des silicones, notamment pour les secteurs de l'automobile et de l'électronique.

 

Enfin, que pouvez-vous dire sur l'état d'avancement de la gigantesque fusion entre Dow et Dupont, annoncée pour la première fois en décembre 2015 ?

P.B. : C'est une opération hors norme et il est normal que cela prenne du temps aux autorités de régulation pour mener des enquêtes approfondies. Néanmoins, nous attendons une décision pour le milieu du 1er trimestre 2016. Nous restons optimistes quant à un feu vert sur notre projet. Au niveau de la France, nous n'avons pas encore pris de contacts avec DuPont. Ce sont des équipes très spécifiques, basées aux États-Unis, qui travaillent sur la nouvelle organisation. La feuille de route annoncée depuis le début avec le partage de Dow-DuPont en trois groupes distincts reste inchangée.

DOW EN FRANCE

SIX SITES DE PRODUCTION Chauny (Aisne) : résines échangeuses d'ions, résines adsorbantes et catalyseurs Lauterbourg (Bas-Rhin) : agents de mise en oeuvre et modifiants-chocs pour plastiques, additifs pour vernis et peintures décoratives Drusenheim (Bas-Rhin) : films plastiques, mousses de polystyrène extrudé, phytosanitaires Erstein (Bas-Rhin) : systèmes de polyuréthane et élastomères spéciaux Villers-Saint-Paul (Oise) : polymères acryliques solubles dans l'eau St Laurent-du-Pont (Isère) : thermoplastiques et élastomères spéciaux UN CENTRE DE RECHERCHE ET DE DÉVELOPPEMENT Valbonne-Sophia Antipolis (Alpes-Maritimes) : additifs pour peintures et revêtements, additifs pour plastiques, adhésifs et polymères fonctionnels, cosmétique, détergence, produits chimiques pour la construction DEUX SITES ADMINISTRATIFS ET COMMERCIAUX Paris Saint-Denis (Seine-Saint-Denis, siège Dow France) Saint-Quentin-en-Yvelines (Dow AgroSciences)

DOW A PARTICIPÉ À LA MISE EN PLACE DE CQP EN ALSACE

Tout est parti du constat paradoxal de Dow, sur son site de Lauterbourg, qu'en ces périodes de taux de chômage élevé, l'entreprise peinait à recruter et à développer du personnel dans des postes d'opérateur de production. Différentes options ont alors été étudiées par l'Union des industries chimiques de l'Est en collaboration avec la Région qui ont abouti, début 2016, à la mise en place d'une nouvelle formation dans le cadre du Certificat de qualification professionnelle (CQP) d'opérateur de fabrication dans les industries chimiques. Ce cursus consiste à proposer à des alternants, dans le cadre d'un contrat de professionnalisation, un complément de formation de 700 heures sur 18 mois leur permettant d'acquérir un certificat reconnu dans l'ensemble de l'industrie chimique. Les intéressés alternent ainsi périodes pratiques en entreprises et périodes de formation assurées par l'organisme DEFI (Daniel Essner formation et ingéniérie), spécialisé notamment dans la formation du métier d'opérateur dans l'industrie chimique depuis près de vingt ans. Le groupe d'alternants constitué cette année a suivi alternativement ces formations sur les sites des entreprises Tereos à Marckolsheim, Arlanxeo à La Wantzenau et Dow sur le site de Lauterbourg. Pour Patrice Lettermann, délégué général de l'UIC Est, « cette opération est doublement exemplaire car elle démontre comment, à partir de besoins clairement identifiés, les différents acteurs ont su faire preuve de grande réactivité pour bâtir le projet et lancer l'action. Et comment, à partir de ces besoins identifiés sur un établissement industriel, il a été possible d'en fédérer d'autres pour répondre à un besoin de compétences. C'est une opération gagnant/gagnant au bénéfice des jeunes, des salariés et des entreprises. »

TROIS EXEMPLES D'INNOVATION COLLABORATIVE

AUTOMOBILE En juin dernier, les Aston Martin Vantage de l'écurie Aston Martin Racing ont arboré un logo Dow sur le mythique circuit des 24 heures du Mans. Dow Automotive a fourni à Aston Martin des adhésifs structurels Betamate et Betaforce qui permettent de fixer des structures légères composées de matériaux multiples, bénéficiant d'une grande résistance structurelle. Dow a personnalisé ses adhésifs pour s'adapter à un vaste éventail d'exigences en termes de temps d'ouverture et de séchage afin de coller une multitude de matériaux différents, notamment l'acier galvanisé, l'aluminium anodisé et les composites de fibre de carbone et de fibre de verre. Pour le modèle DB11, une version spécifique du Betamate a même été développée afin d'adhérer à l'aluminium anodisé. Elle offre des performances en termes de résistance à long terme et en cas de collision. L'adhésif absorbe aussi moins l'humidité. Ainsi, Aston Martin peut éliminer le processus de séchage en four d'anodisation : une source d'économies d'énergie. TRAITEMENT DE L'EAU Dans le cadre de la création d'une maternité, les besoins en eau de L'Institut médical français pour l'enfant de Kaboul (IMFE), créé par l'association française La Chaîne de l'espoir, devaient passer de 70 à 150 m3 par jour d'ici à la fin de l'année. L'hôpital a décidé de sourcer ses besoins à partir d'un puits indépendant. Toutefois, l'analyse de l'eau du puits a permis de déceler des problèmes : pollution aux nitrates, impuretés et contamination bactérienne potentielle. Les équipes de Dow Water et Process Solutions en France ont donc conçu une unité autonome basée sur des technologies d'ultrafiltration, qui éliminent particules et bactéries dans l'eau, en utilisant ses résines échangeuses d'ions pour traiter la pollution aux nitrates. Cette unité est développée et déployée par l'entreprise française ADH2OC. La Chaîne de l'espoir estime que 250 000 personnes seront impactées positivement par cette installation. Aux côtés de Dow France, le Fonds Suez Initiatives fait partie des co-bailleurs du projet. EMBALLAGE Symbiex est une technologie adhésive à réticulation ultra-rapide, sans solvant, conçue pour la production d'emballages par laminage. Elle a la particularité d'avoir été développée avec la société Nordmeccanica pour une utilisation avec sa machine de complexage innovante Duplex SL One Shot. Combinées ensemble, ces deux technologies permettent d'obtenir un matériau d'emballage prêt à la découpe en seulement 90 minutes après laminage, comparées aux 24 heures qui sont la règle aujourd'hui.

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