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Edito : BioButterfly au stade de la démonstration

Sylvie Latieule

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Edito : BioButterfly au stade de la démonstration

© Michelin

Réactualisé le 30 septembre

On dit souvent que Michelin a la culture du secret. Cela vient encore de se vérifier. Le pneumaticien a annoncé, à la surprise générale, la construction d’une unité de démonstration pour la production de butadiène à partir d’alcool biosourcé. Projet mené en partenariat avec Axens et IFP Énergies Nouvelles. L’unité sera implantée à Bassens, près de Bordeaux, sur un site appartenant à Michelin qui utilise déjà du butadiène – pour l’heure uniquement proposé en version pétrosourcée –, pour fabriquer des caoutchoucs synthétiques. Le début des travaux est programmé pour la fin de cette année avec une mise en service fin 2020. À cette date, l’unité produira entre 20 et 30 tonnes/an de butadiène biosourcé entraînant la création d’une vingtaine d’emplois.
Comme il se doit, ce démonstrateur doit valider la chaîne complète des étapes du procédé de fabrication pour prouver sa viabilité technologique et économique à une échelle représentative. Ce sera la dernière étape avant la mise en œuvre industrielle à l’échelle de 100 000 t/an du procédé qui sera commercialisé par Axens, renforçant encore un peu plus le portefeuille de ce bailleur de licence dans le domaine du biosourcé.
À dire vrai, ce projet ne nous était pas totalement étranger. Connu sous le nom de BioButterfly, il avait été lancé en 2012 par les trois partenaires pour un budget total de 52 M€ sur huit ans, dont un financement de 14,7 M€ de l’Ademe dans le cadre du programme des investissements d’avenir. Depuis, bien peu de promotion avait été faite sur le sujet. Si les objectifs sont toujours les mêmes, le montant a été légèrement revu à la hausse puisque l’on parle désormais de 70 millions d’euros d’investissement global. Et du côté de la matière première, plutôt que de miser sur du bioéthanol dérivé de sucre, on évoque désormais l’usage d’éthanol cellulosique ou 2G, fabriqué à partir de résidus forestiers ou agricoles (paille, copeaux de bois…). Le producteur de sucre Tereos n’est d’ailleurs plus cité dans le projet. En revanche, Axens a justement dans son portefeuille la responsabilité du procédé Futurol pour la production de ce type d’éthanol. Et on commence à entendre parler d’un projet de construction d’un démonstrateur, alors que jusqu’à présent le procédé Futurol a été saucissonné en plusieurs opérations unitaires pour être étudié.
Le 6 septembre dernier, Didier Houssin, président de l’IFPEN, était même en visite à la bioraffinerie de Bazancourt-Pomacle dans la Marne, tandis qu’il présidait l’après-midi une table ronde sur les bioénergies à la foire de Châlons-en-Champagne. Probablement une occasion d’évaluer la pertinence d’un tel projet en région Grand Est et la possibilité de mobiliser des partenaires locaux tant du côté des pouvoirs publics que du monde agro-industriel.
Si l’on reprend nos archives, à côté de ce projet BioButterfly, on retrouve la trace de BioAmyris lancé en 2011 qui avait aussi fait l’objet d’un financement de l’Ademe toujours dans le cadre PIA. Mené en partenariat avec la société américaine Amyris, puis Braskem à partir de 2014, il s’agissait cette fois de produire de l’isoprène, puis du polyisoprène à partir de biomasse par voie biotech, pour démonstration d'ici à 2020. Néanmoins Michelin a confirmé que le programme ne tiendrait pas ses promesses : "nous poursuivons nos recherches avec notre partenaire Amyris afin de faire progresser sa maturité technique pour des solutions économiquement viables" a-t-il seulement ajouté.
En attendant Michelin annonce que d’ici à 2050, 80 % des matières premières utilisées dans ses pneus seront durables. Le butadiène biosourcé devrait représenter alors près de 20 % de cet objectif.

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