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EnobraQ utilise les levures pour valoriser le CO2

Par Aurélie Dureuil

TWB a officialisé fin novembre la création de la première start-up issue de ses projets de recherche. Nommée EnobraQ, elle se concentre sur une technologie de capture et valorisation du CO2 grâce à des levures.

Créée le 30 octobre dernier, la start-up affiche son ambition de capturer le CO2 pour ensuite le valoriser grâce aux levures. Et, EnobraQ compte de solides références. Il s'agit en effet de la « 1re start-up issue de la plateforme TWB (Toulouse White Biotech) », s'est félicité Pierre Monsan, directeur fondateur de TWB. La technologie clé d'EnobraQ provient d'un des premiers projets de recherche initiés par TWB et nommé Carboyeast. Retenu en février 2012, ce projet était porté par l'équipe Ingénierie moléculaire et métabolisme du Laboratoire d'ingénierie des systèmes biologiques et des procédés (LISBP) de l'Insa de Toulouse. Il visait à développer la capture de CO2 couplée à l'oxydation de l'hydrogène pour la production dans des levures de molécules d'intérêt pour les industriels.

À l'origine, il s'agissait d'un « projet de recherche pré-compétitif », comme le définit Pierre Monsan. Ces projets, « de recherche amont à fort potentiel d'innovation » sont destinés à « générer des ruptures technologiques et la possibilité de start-up innovantes », selon TWB. Et EnobraQ en est la 1re illustration.

 

Un projet soutenu par TWB

 

Après cette première phase, TWB a décidé de poursuivre le soutien à ce projet pendant près de 2,5 ans. Encadré par Denis Pompon, spécialiste de la modification des levures et Philippe Soucaille, spécialiste de la modification des bactéries et des hydrogénases, le projet a généré 3 brevets. La décision a été alors prise de créer EnobraQ, société dont le nom se veut emblématique de l'activité. Il correspond en effet au mot « carbone » inversé. La jeune entreprise, qui s'installe aujourd'hui dans les laboratoires de TWB à Toulouse, entend « développer un micro-organisme capable d'utiliser le CO2 comme source de carbone ». Présenté comme une « véritable rupture conceptuelle et technologique issue de la biologie de synthèse », le procédé réunira deux processus biologiques dans la levure Saccharomyces cerevisiae. Le premier processus, mimétique de celui trouvé chez les plantes et les micro-algues, permettra d'effectuer la conversion du gaz carbonique en matière organique. Le deuxième « vise à fournir au micro-organisme l'énergie nécessaire au premier processus, soit directement à partir d'électricité soit à partir d'hydrogène », souligne la société, qui s'oriente vers l'hydrogène comme source d'énergie. La technologie repose ainsi sur « trois concepts simples », selon Leopold Demiddeleer, président d'EnobraQ : « la modification de la levure pour permettre d'utiliser le CO2 comme une plante », « utiliser l'hydrogène comme source d'énergie » et « utiliser le CO2 pour obtenir des produits chimiques via des voies existantes ». La force présentée de la société est de s'appuyer sur des procédés de fermentation de levures. « Il existe déjà beaucoup d'outils. Les voies métaboliques et procédés industriels existent », souligne Michael Krel, directeur général d'EnobraQ.

 

Des débouchés dans les commodités chimiques

 

EnobraQ ambitionne d'obtenir un procédé « le plus simple possible pour que les prix soient acceptables pour les industriels », souligne Leopold Demiddeleer. Denis Lucquin, managing partner de Sofinnova Partners, société de capital risque et investisseur dans la jeune société, renchérit : « EnobraQ doit être capable de diviser par deux les coûts de production ». La société précise par ailleurs : « Arrivée au stade industriel, cette technologie permettra d'une part de diminuer de 30 à 50 % le coût de composés comme l'éthanol et d'autre part, de contribuer à la réduction d'un des principaux gaz à effet de serre en capturant plusieurs centaines de millions de tonnes de CO2 par an ». La jeune entreprise cible les marchés des produits chimiques de commodités comme l'éthanol, les acides aminés, les acides organiques, l'éthylène, le mono-éthylène glycol... « Le test final pour ce procédé sera la qualité des produits et leur diversité. Les marchés des plastiques et des carburants sont énormes », indique Leopold Demiddeleer. Pour la matière première qui sera le CO2, l'objectif est d'ensuite pouvoir intégrer la technologie dans les usines émettant ce gaz à effet de serre et « dans le futur, d'aller capter le CO2 atmos-phérique », précise Michael Krel.

 

Une preuve de concept d'ici à 2 ans

 

Dans l'immédiat, la société a signé un contrat avec l'Inra. « Ce contrat de recherche collaborative vise à avoir dans 2 ans une preuve de concept dans un fermenteur de 2 litres », indique Michael Krel, sans préciser le produit chimique concerné. Pour relever ces défis, la société de 4 salariés a entamé le recrutement de 4 personnes et devrait compléter son effectif début 2016 pour atteindre une quinzaine de personnes. EnobraQ qui a levé 1,3 M€ auprès de Sofinnova Partners, pourrait ouvrir le capital d'ici 12 à 18 mois, selon Denis Lucquin qui précise : « dans 2 ans, si le pilote fonctionne, il sera important d'accélérer en faisant appel à des financements étatique, privés et, le plus important, industriels ». Il résume : « EnobraQ est une société basée sur une technologie en R&D. Mais si ça marche, le potentiel est énorme »

TWB, UNE PLATEFORME POUR L'ÉMERGENCE DE PROJETS

Avec la création d'EnobraQ, le démonstrateur pré-industriel valide son modèle. Créé dans le cadre du programme des Investissements d'avenir (PIA), dans le cadre duquel il a été lauréat en mars 2011 d'un appel à projets, Toulouse White Biotech affiche depuis ses début son objectif « d'accélérer le développement des biotechnologies industrielles en facilitant les échanges entre la recherche publique et l'industrie ». Cette structure gérée par l'Inra et dépendant également du CNRS et de l'Insa a su s'ouvrir à l'industrie. Le consortium TWB compte aujourd'hui 40 membres publics et privés, dont 30 engagés depuis 2012. Les travaux se répartissent entre les projets de recherche pré-compétitifs, comme celui à l'origine d'EnobraQ ; compétitifs, établis entre un industriel et TWB ; et intermédiaires, cofinancés par des industriels et des fonds publics dans le cadre d'appels d'offres nationaux ou européens.TWB a bénéficié d'un financement de 20 millions d'euros sur 10 ans dans le cadre du PIA et a également signé pour 18 M€ de contrats depuis 2012. « Nous sommes proches de notre objectif d'atteindre 21,8 M€ d'ici à 2019 », s'est félicité Pierre Monsan, directeur-fondateur de TWB. Le démonstrateur compte 70 collaborateurs dont 16 permanents et 7 plateaux techniques de haute technologie, comme le rappelle son directeur. 55 projets ont par ailleurs été menés au sein de TWB et ont généré 11 brevets.

ENOBRAQ EN BREF

- Création le 30 octobre 2015 - 4 salariés au 25/11/2015. (recrutements en cours pour atteindre 15 personnes début 2016). - Une levée de fonds auprès de Sofinnova Partners - Un contrat de 2 ans signé avec l'Inra

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