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Envolure accélère la détection des matières organiques

Aurélie Dureuil
Envolure accélère la détection des matières organiques

Yves Dudal et Nathalie Pautremat, cofondateurs d'Envolure.

© © Karol Audibert

Créée en février, la société montpelliéraine propose déjà une gamme de trois kits d'analyse pour la caractérisation des eaux résiduaires et des déchets organiques.

Quel point commun peut-on trouver entre les eaux usées, les effluents industriels et le sang ? La matière organique, répondent les dirigeants d'Envolure. « Nous avons misé sur l'analogie pour le développement de notre gamme de produits. Nous avons ainsi adapté le concept des microplaques et de la détection par fluorescence, très utilisés dans le domaine des biotechnologies, au secteur de l'environnement », explique Yves Dudal, cofondateur avec Nathalie Pautremat de la société créée en février 2010 à Montpellier (Hérault).

Aujourd'hui, Envo lure propose différents kits d'analyse des matières organiques issues des stations d'épuration des eaux, par exem ple. Ces micropla ques de 12 cm par 8 cm disposent de 96 puits qui peuvent être chacun utilisé pour des analyses différentes. Et surtout qui peuvent être emmenées sur site.

Le concept semble intéressant, encore faut-il pouvoir effectuer dans ces puits des analyses qui peuvent prendre plusieurs jours en laboratoire en utilisant des incubations et des équipements chromatographiques complexes. « Au lieu de mesurer les molécules présentes dans le milieu, nous regardons ce qu'elles sont capables de faire dans l'environnement », indique le chercheur. Ainsi, pour son kit nommé Enverdi, Envolure propose une alternative aux mesures classiques de DBO5 (demande biologie en oxygène sur 5 jours). « Comme son nom l'indique, cette mesure qui donne le degré de pollution de l'eau en matières organiques dure cinq jours. Avec notre microplaque, nous utilisons un révélateur fluorescent de l'activité des bactéries. Donc, plus la bactérie dégrade de matières organiques, plus l'échantillon est fluorescent. La réponse intervient en quelques heures », souligne Yves Dudal. Avec son Envital, la société s'intéresse au potentiel méthane, volume de méthane biogaz produit lors de la dégradation anaérobie en présence de bactéries d'un échantillon. Les chercheurs ont remplacé le système « classique » par l'utilisation d'une sonde fluorescente « extrêmement sensible » donnant un résultat en 5 jours environ. « Avec les puits des microplaques, les sondes vont au plus près de l'action. Elles sont directement au contact des activités bactériennes, ce qui permet de diminuer le temps de réponse », explique Yves Dudal. Le troisième kit commercialisé par Envolure concerne les acides gras volatils. Il est nommé Envifa. La société utilise une sonde qui réagit uniquement avec les fonctions carboxyliques pour former une amine fluorescente. Un moyen de remplacer les méthodes chromatographiques de laboratoire par des analyses sur site, qui donnent des résultats en 15 minutes. Outre ces trois produits, Envolure poursuit le développement d'un quatrième kit, Envertil, dédié aux professionnels de la fertilisation pour la mesure du potentiel fertilisant des matières organiques. Les trois premiers kits, brevetés, étant destinés à toutes les entreprises concernées par le traitement des effluents chargés de matières organiques : les grands industriels de l'eau évidemment, mais aussi les industriels de la chimie et de la parapharmacie. Pour ces kits d'analyse, la société effectue une commercialisation directe auprès des industriels. Envolure propose également de nouer des partenariats de codéveloppement d'analyses spécifiques. Ainsi, la société travaille avec un « grand industriel de l'eau » au codéveloppement, pendant deux ans, d'une solution pour mesurer la qualité biochimique générale de l'eau. Envolure participe par ailleurs à plusieurs projets de R&D : un financé par la région Languedoc-Roussillon, un par l'ANR et un dernier au niveau européen.

Nous devons convaincre les industriels

Pour ses premiers mois d'existence, la société cherche à faire connaître ses solutions et « convaincre les industriels de nous tester. Nous les accompagnons pour l'utilisation de nos kits. En effet, les opérateurs ne sont pas habitués à travailler à l'échelle de la centaine de microlitre. Généralement, ils travaillent sur plusieurs litres d'échantillons apportés ensuite au laboratoire de contrôle », précise Yves Dudal. L'industriel reçoit un kit comprenant la microplaque qui contient ou pas les réactifs ainsi qu'un protocole précis. L'opérateur effectue le pipetage dans chaque puit. Puis il dépose la microplaque dans un lecteur qui génère l'agitation et permet une incubation pendant le temps requis. Il peut être amené à effectuer l'opération plusieurs fois pour ajouter les différents produits requis. Enfin, il obtient son résultat. Le lecteur qui n'est pas inclus dans les kits d'Envolure peut être acquis ou loué directement via Envolure. La société est en discussion pour la signature d'un partenariat avec un fournisseur de lecteur, « afin que les résultats soient normés pour une réponse très rapide, se félicite le dirigeant qui précise qu'hors lecteur, une analyse coûte entre 10 et 20 euros ».

Avec la commercialisation de ses kits, Envolure devrait enregistrer un chiffre d'affaires de 150 000 euros pour ses 10 premiers mois d'activité. « Pour notre deuxième année, nous devrions doubler ce premier résultat », prévoit Yves Dudal. Les deux dirigeants qui détiennent chacun 50 % de la société envisagent une ouverture du capital pour le premier trimestre 2011. « Cela dépendra de notre rythme de commercialisation », confie Yves Dudal. Il prévoit par ailleurs de renforcer l'équipe de quatre personnes par un recrutement en début d'année prochaine. Envolure poursuit ainsi son développement après sa création autour de recherches effectuées à l'INRA depuis 2001. « Quand je suis entré dans l'unité Climat, sol et environnement de l'INRA d'Avignon en 2001, j'ai initié des travaux de recherche sur la matière organique », raconte Yves Dudal. Petit à petit, le chercheur entrevoit un potentiel de valorisation et dépose un brevet en 2005-2006. En 2007, le chercheur fait une demande de financement Émergence auprès de l'ANR. Il peut ainsi acquérir des équipements spécifiques et recruter Nathalie Pau tremat en post-doc. En 2008, les potentiels de valorisation se confirment et l'année 2009 est consacrée au transfert technologique. « Il fallait traduire les résultats de recherche en produit et ensuite le décliner en offre commerciale », confie Yves Dudal. Les deux chercheurs se rapprochent également des incubateurs régionaux, sont lauréats au concours national d'aide à la création d'entreprise, etc. Au total, ils reçoivent près de 500 000 euros de financement pour ce projet au cours des six années précédent la création de la société. Aujourd'hui, Envolure bénéficie d'un statut particulier auprès de l'INRA. En effet, la société a signé des contrats de licence sur les recherches effectuées au sein de l'institut. « De plus, l'INRA continue d'accompagner la société en nous accueillant dans ses locaux notamment », précise le chercheur, lui-même mis à disposition par l'INRA pour la création de l'entreprise.

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