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Fusion/L'acquisition de Union Carbide par Dow crée l'un des premiers groupes chimiques mondiaux

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Le 4 août dernier, le groupe américain Dow annonçait l'acquisition de son compatriote Union Carbide. Avec un chiffre d'affaires 98 pro forma de 24 milliards de dollars le nouveau groupe se situe d'emblée dans le trio de tête de la chimie mondiale (hors pharmacie) avec DuPont (CA 98 : 24,8 Mrds $) et BASF (CA 98, hors pétrole/gaz et pharmacie : 24,8 Mrds $). L'acquisition se fait sous forme d'échange d'actions, à raison de 0,537 action Dow par action Union Carbide, ce qui représente une prime de 37 % par rapport à son dernier cours avant l'annonce de la fusion. Le montant de l'opération atteint 11,6 Mrds $, deux fois le chiffre d'affaires d'Union Carbide, compte tenu de la reprise par Dow d'une dette nette d'Union Carbide s'élevant à 2,3 Mrds $. Conservant le nom de Dow Chemicals la nouvelle société, dont 25 % du capital sera détenu par les actionnaires actuels d'Union Carbide, restera basée à Midland (Michigan). Deux membres du management d'Union Carbide feront partie du board de Dow, dont William H. Joyce le chief executive officer (CEO) d'Union Carbide au poste de vice-président aux côtés de William S. Stavropoulos le président et CEO de Dow. Les synergies dégagées par la fusion atteindront 500 M$/an dans les deux années qui viennent se traduisant notamment par une réduction de 4 % de l'effectif total qui sera ainsi ramené à 49000 personnes. L'avenir du siège social d'Union Carbide à Danbury (Connecticut) reste également incertain. Cette acquisition intervient à point nommé pour Union Carbide qui ne s'est jamais complètement remis , au moins en termes d'image, du tragique accident de Bhopal (Inde) qui avait fait plusieurs milliers de morts en 1984, suite à une fuite de méthylisocyanate, un intermédiaire pour pesticides. Après toute une série de cessions et de scissions, dont celle de son agrochimie à Rhône-Poulenc en 1986, de ses gaz industriels, de ses piles etc.., Union Carbide s'était recentré sur la chimie de base (éthylène, polyéthylène, oxyde d'éthylène et dérivés) et sur un certain nombre de spécialités (polymères, additifs, solvants etc.). Le groupe s'était également retiré de la plupart de ses activités industrielles européennes. Cette stratégie l'a rendu très sensible aux cycles de la pétrochimie. Son acquisition intervient précisément au point bas d'un tel cycle, après quatre trimestres consécutifs de chute de près de 50 % de ses résultats (- 53 % à 56 M$ pour le deuxième trimestre 1999) aggravée par de multiples problèmes techniques intervenus dans ses usines. Egalement sensible aux cycles, Dow, au contraire, a favorablement surpris les analystes par ses performances : 410 M$ de bénéfice net au deuxième trimestre à comparer aux 425 M$ de la période correspondante de 1998. Il s'agit pour Dow d'une acquisition dans des métiers très proches des siens. " Actuellement nous faisons 60 % de notre chiffre d'affaires et de nos profits dans la chimie de base et 40 % dans les spécialités " nous expliquait récemment Luciano Respini, président de Dow Europe " d'ici dix ans nous voulons inverser cette proportion à 70/30 en faveur des spécialités ". Cette acquisition constitue en ce sens un apport non négligeable grâce aux spécialités et intermédiaires qui représentaient au premier semestre 71 % du CA d'Union Carbide (et 385 M$ de résultat opérationnel pour 2070 M$ de CA) contre 32 % pour la chimie de base qui était dans le rouge de 84 M$. Toutefois, en pétrochimie, chimie de base, grandes matières plastiques, activités actuellement déficitaires chez Union Carbide, l'apport de ce dernier est considérable. Ainsi, dans le polyéthylène (PE), avec les 2,9 millions de tonnes d'Union Carbide (y compris l'apport au prorata de Polimeri Europa, joint-venture 50/50 avec Enichem et d'Aspell, j.-v. 50/50 avec Elf Atochem) n°3 mondial derrière ExxonMobil et Dow, ce dernier devient un n°1 mondial très détaché (capacité 7,6 Mt) devant Exxon/Mobil (5,5 Mt). Il bénéficie en outre de la technologie Unipol à travers Univation, le j.-v. 50/50 entre Union Carbide et Exxon Chemical chargé de promouvoir le procédé Unipol et les perfectionnements liés au fonctionnement " en phase super-condensée " et à la catalyse métallocène propres à Exxon. A l'inverse, la technologie métallocènes Insite de Dow était commercialisée à travers un j.-v. avec BP Chemicals. Il est évident que des rectifications de frontières devront intervenir en raison de la concurrence sur les produits finis des partenaires de ces filiales communes. Dans l'oxyde d'éthylène (OE) où Union Carbide était déjà leader mondial avec une capacité de 2,1 Mt et Dow le n°3 (derrière Shell), la fusion porte Dow loin devant le groupe pétrolier avec 2,9 Mt de capacité contre environ 800kt pour ce dernier. Les deux groupes étant présents dans les éthanolamines, les éthers de glycols et les éthylèneamines, il en résulte des positions qui frisent parfois le monopole (notamment sur le marché US pour ces dernières). En amont, dans l'éthylène, Dow hérite d'ambitieux projets au Canada (1,26 Mt d'éthylène et dérivés, dont 600 kt/an de polyéthylène basse densité linéaire en Alberta en 2001 avec Nova), au Koweit (j.-v. Equate, 650 kt/an d'éthylène, 450 kt/an de PE, 350 kt/an d'éthylène glycol qui a connu de grosses difficultés de démarrage) et en Malaisie (600 kt d'éthylène et 385 kt d'oxyde d'éthylène et dérivés, avec Petronas à Kerteh en 2002) qu'Union Carbide seul aurait peut être eu du mal à financer. Dow de son côté étudie ou est déjà engagé dans de nombreux projets (+ 600 kt d'éthylène à Terneuzen, un craqueur d'éthane de 425 kt/an à Bahia Blanca, Argentine, en cours de construction, un projet de complexe en intégré en Australie autour d'un craqueur de 450 kt/an d'éthylène, et un projet de complexe pétrochimique de 600 kt/an d'éthylène et dérivés en Chine). Tous s'inscrivent dans une culture commune celle de l'intégration des productions chimiques (le fameux " Verbund " cher à BASF) et d'une volonté d'aller assez en aval, pour allonger la chaîne de valeur ajoutée par rapport à des matières premières (pétrole, gaz) dont les deux groupes sont généralement absents. Sans sortir pour autant du domaine des produits intermédiaires de fort tonnage (Dow a ainsi vendu en 1998 ses produits grand public " DowBrands ", après s'être débarrassé de Destec et de sa pharmacie). Culturellement et industriellement très proche des métiers de Dow cette acquisition a été plutôt bien accueillie par les observateurs qui font confiance à Dow pour remettre en ordre les productions d'Union Carbide. Notamment pour redresser sa chimie de base. Malgré une chute importante de ses résultats en 1998 et qui s'est poursuivie au premier semestre 1999, celle de Dow est restée en effet rentable. " Cette acquisition va permettre d'accélérer notre développement et nous aidera à atteindre notre objectif de croissance du bénéfice par action de 10 %/an sur toute la durée du cycle " a affirmé W. Stavropoulos. Mais l'effet de taille, avec une intégration amont souvent problématique, suffira-t-il à protéger des activités comme l'éthylène, le PE et l'OE contre les effets dévastateurs des cycles de la pétrochimie ? C'est pour l'essentiel le problème que devra résoudre le successeur de W. Stavropoulos -atteint par la limite d'âge, ce dernier devrait en effet se retirer en novembre 2000 -aux commandes du nouveau géant de la chimie face à la pression croissante des pétroliers chimistes comme Exxon, BP-Amoco, Shell et peut-être demain TotalFina-Elf.

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