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« Good bye » DuPont et Dow ?

Sylvie Latieule Rédactrice en chef

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« Toutes les conditions ont été satisfaites ». C'est le message qui a été envoyé depuis Wilmington (Delaware) et Midland (Michigan), le 4 août 2017. À partir de ces deux villes qui abritent leurs sièges sociaux, les géants américains DuPont et Dow ont annoncé que leur fusion entre égaux, initiée le 11 décembre 2015, allait enfin devenir réalité le 31 août au soir. Moyennant quelques ajustements de portefeuille, ils ont obtenu toutes les approbations des autorités « antitrust » d'envergure en Europe, aux États-Unis, en Chine, mais aussi au Brésil, au Canada, au Mexique... À cette date, les actions de Dow et DuPont seront retirées du marché à la clôture de la Bourse de New York pour être converties, le 1er septembre, en actions DowDuPont qui flotteront sous le symbole « DWDP ». La capitalisation boursière cumulée sera colossale, de 130 milliards de dollars, pour un chiffre d'affaires de plus de 80 Mrds $. L'opération devrait permettre de réaliser 3 Mrds $ d'économies - les fameuses « synergies » -, tout en gagnant 30 Mrds $ de capitalisation boursière.

Mais on le sait depuis l'annonce de l'opération, l'aventure ne se poursuivra pas sous cette forme pour DowDuPont. Dans les 18 mois, le mastodonte sera redécoupé en trois morceaux. La partie matériaux de 51 Mrds $ reviendra à Andrew Liveris, actuel patron de Dow. Les deux autres parties, les produits pour l'Agriculture et les Spécialités, soit un ensemble de 32 Mrds $ (19 +13 Mrds $), seront placés sous la gestion d'Edward Bree, p-dg de DuPont.

Cette redistribution des cartes sans précédent montre que le marché requiert plus que jamais des « pure players » de grande taille, occupant des places de leaders mondiaux sur leurs marchés. Or on le voit bien, le poids de l'histoire, la fidélité à ses racines, des stratégies plus ou moins heureuses..., ont souvent conduit les grands groupes chimiques à l'éclectisme, les obligeant à faire le grand écart entre des activités qui n'ont rien à voir entre elles, tant en termes de technologies, que de marchés ou de rentabilité. D'où cette volonté incessante de se recentrer sur des « core business ». Des activités où l'on occupe des positions fortes et qui doivent être profitables, pérennes, et, depuis peu, satisfaire au moins l'un des grands défis de l'humanité : accès à l'alimentation, l'énergie, l'eau, la mobilité, la réduction des pollutions, dont les émissions de CO2...

Parfois, pour appuyer ces métamorphoses, les noms des groupes changent... ou pas. Dans tous les cas, DuPont et Dow resteront à jamais les noms de deux chimistes visionnaires. C'est au Français Eleuthère Irénée du Pont de Nemours DuPont que revient la création de DuPont en 1802. Il avait étudié la fabrication de la poudre à canon avec Lavoisier, puis construit une première usine aux États-Unis. Son groupe a été à l'origine de nombreuses fibres textiles, dont le Nylon, le Lycra, le Dacron, le Tyvek... avant de prendre un virage vers les biosciences avec l'acquisition de Danisco et le « spin-off » de ses actifs chimiques dans Chemours.

Dow a été fondé, pour sa part, en 1897 par le chimiste canadien Herbert Henry Dow. Il a débuté ses activités dans l'eau de javel et le bromure de potassium, avant de s'étoffer dans la pétrochimie, les phytosanitaires ou les revêtements. Parmi ses plus récents coups de braquet, on retiendra le rachat d'Union Carbide, de Rohm and Haas ou de Corning ou la cession de son chlore.

Bon vent à DowDuPont. Quant à messieurs DuPont et Dow, les férus d'histoire de la chimie ne vous oublieront pas.

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