Nous suivre Info chimie

Ifmas prend son essor dans les matériaux agrosourcés

À Villeneuve D'Ascq, Aurélie Dureuil
Ifmas prend son essor dans les matériaux agrosourcés

L'Ifmas dispose d'un bâtiment de 2400 mètres-carrés.

© Ifmas/Ghesquiere

Créé fin 2012, l'Institut français des matériaux agrosourcés (Ifmas) est entré dans sa phase opérationnelle. Avec 32 projets collaboratifs en cours, un nouvel appel à projets et le développement d'une offre de prestations de services, la société privée vise désormais l'enregistrement d'un premier chiffre d'affaires.

Trois ans, ça a été le délai nécessaire à l'Institut français des matériaux agro-sourcés pour entrer dans sa phase opérationnelle. La société privée de R&D a été créée, fin 2012, à la faveur du Programme investissement d'avenir (PIA) et de la création des ITE (Instituts pour la transition énergétique). Dès avril 2013, Ifmas se lance dans l'acquisition de locaux. « À l'époque, nous étions 6 salariés d'Ifmas : deux hébergés dans une ruche d'entreprises et les autres dans des laboratoires académiques chez nos partenaires », témoigne Anne-Valentine Duffrène, directrice des programmes d'Ifmas. La société acquiert donc un bâtiment de 2 400 m2 sur le Parc scientifique de la Haute Borne à Villeneuve-d'Ascq. C'est le point de départ de nombreux travaux pour réaménager ces locaux, construire un local technique, et réaliser des plateformes technologiques des six laboratoires. Finalement, Ifmas emménage en octobre 2015.

 

Une offre de prestations de services

 

Une installation qui lui permet de lancer son offre de prestation de services de R&D. Pour cela, Ifmas s'appuie sur sa spécialité : les matériaux issu des agro-ressources. En particulier, les polymères, résines et vernis biosourcés. « Nous proposons quatre domaines de compétences : l'analyse et la caractérisation de matériaux, la synthèse organique de nouvelles molécules, la synthèse de polymères et enfin la mise en oeuvre et la formulation », détaille François Ténégal, directeur d'Ifmas. Il précise : « Nous envisageons trois modes de collaboration. D'abord, les projets de R&D sous contrat pour répondre à une problématique. Ensuite, nous pouvons réaliser des analyses, de la caractérisation de matériaux... Enfin, nous intervenons pour des projets collaboratifs subventionnés ». Pour cette activité de prestation, Ifmas a par ailleurs obtenu en 2015 un agrément Crédit impôt recherche (CIR) pour trois ans. Et les premiers contrats ont été signés. « Aujourd'hui, nous travaillons pour quatre sociétés en prestation de technologies et nous avons un projet de R&D sous-contrat qui débute », confie Anne-Valentine Duffrène.

Outre l'offre de service, Ifmas monte également en puissance au niveau des projets collaboratifs de R&D. Dès sa création, Ifmas a en effet eu pour objectif de concevoir, synthétiser et formuler « des molécules fonctionnelles, des polymères techniques et des matériaux innovants à partir de la biomasse locale pour des applications en matériaux thermoplastiques et thermodurcissables, revêtements, peintures décoratives et industrielles, vernis... » Les marchés visés sont nombreux et passent notamment par les transports, le bâtiment, l'emballage, les équipements électriques et électroniques, les dispositifs médicaux... Et pour mener à bien ces recherches, l'Institut entend « rassembler une grande communauté d'acteurs de la recherche scientifique publique et privée sur toute la chaîne de valeur ». Ainsi, les 10 actionnaires fondateurs sont aussi bien des groupes industriels comme Roquette que des PME, comme Florimond Desprez, des organismes de recherche académique, comme l'Université Lille 1, que des pôles de compétitivité comme Matikem. Au total, Ifmas est détenu à 50 % par des sociétés privées et à 50 % par des organismes publics. À ces membres fondateurs s'ajoutent les adhérents. « Aujourd'hui, nous comptons 26 adhérents Silver. Ils pourront devenir Gold en fonction de leur intérêt pour la propriété intellectuelle générée par les projets collaboratifs. En effet, pour chaque projet, les partenaires collaborant au projet sont copropriétaires avec Ifmas de la propriété intellectuelle. S'ils ne l'exploitent pas ou pas totalement, un 2e droit à cette PI est ensuite donné aux adhérents Gold. Dans un troisième temps, elle pourra être acquise par des tiers », détaille François Ténégal. Un mécanisme qui n'a pas encore été exercé, les projets étant encore à leurs débuts. Cependant, la question pourrait se poser d'ici peu. Le dirigeant d'Ifmas confie en effet que « cette année, cinq brevets sont en train d'être déposés sur les premiers travaux issus de 22 projets lancés avant 2015 ».

 

Un appel à projets annuel

 

Ce nombre de 22 projets a augmenté en début d'année 2016 pour passer à 32. Il s'agit de la conséquence de l'appel à projets lancé mi-2015. Cet appel à projets ouvert aux sociétés privées ainsi qu'aux laboratoires académiques a été mené afin d'identifier de nouveaux projets répondant aux thématiques d'Ifmas. « Il faut qu'il y ait minimum trois partenaires dont Ifmas, qu'ils justifient d'une expertise scientifique et de PI, et que le projet ait des débouchés industrialisables », note Anne-Valentine Duffrène. Sur les 15 dossiers reçus, 10 ont été sélectionnés par le Comité d'Orientation stratégique puis validés par le conseil d'administration. Au total, ces projets d'une durée de 12 à 40 mois affichent un budget de 5,5 millions d'euros, dont 2,9 M€ provenant d'Ifmas. L'organisation fournit notamment la rémunération des chercheurs, des achats d'équipements et la mise à disposition de ses installations. Si ces projets ont débuté en janvier 2016, Ifmas a lancé, le 11 avril dernier, un deuxième appel à projets. Il se clôturera le 31 juillet et porte sur les 13 thématiques de R&D dans la chimie du végétal. Ces futurs projets devraient débuter en janvier 2017. François Ténégal ajoute : « Notre modèle est de déposer des brevets dans l'idée de les valoriser au niveau industriel ».

 

Quatre grands programmes

 

Ces projets se répartissent dans les quatre grands programmes définis par Ifmas. Le premier concerne l'optimisation des bioressources. Une partie porte sur les matières premières végétales et la seconde sur les résines végétales. Il s'agit notamment de « sélections variétales et de semences ou de modification chimique des amidons », précise François Ténégal. Anne-Valentine Duffrène précise : « Nous travaillons sur la biomasse du Nord de l'Europe, issue des cultures qui sont sources d'amidon. Il s'agit des pommes de terre, du blé, du maïs ». Les projets de ce programme concernent notamment la fonctionnalisation de l'amidon natif, comme l'indique la directrice des programmes.

Le deuxième programme s'intéresse à la synthèse. Il s'agit de la décomposition de polysaccharides pour obtenir des synthons ou des polymères. Ce programme repose sur la chimie des molécules et des synthèses de polymères. « Nous travaillons beaucoup sur la décomposition des polysaccharides pour ensuite les fonctionnaliser et les ajouter dans un polymère, lui conférant ainsi de nouvelles propriétés », souligne Anne-Valentine Duffrène.

Le 3e programme concerne les matériaux (procédés et propriétés). Il se décompose en trois parties : les matériaux thermoplastiques, les matériaux thermodurcissables et les revêtements. « Nous travaillons sur des mélanges de polymères biosourcés existants pour développer de nouvelles performances, propriétés... par différentes techniques de plasturgie », confie Anne-Valentine Duffrène.

Le dernier programme est transversal et concerne le développement durable. Ifmas a ainsi initié l'achat d'une enceinte de biodégradabilité afin de faire vieillir les matériaux. Ce programme permet également de passer au filtre du développement durable les différents projets.

Pour mener à bien ces projets de recherche ainsi que les prestations de services, Ifmas emploie aujourd'hui une quarantaine de personnes et compte environ 150 chercheurs impliqués dans les projets chez ses partenaires. « Nous allons mettre l'effort sur le développement d'affaires. Nous prévoyons également de nous ouvrir à l'international. Une réflexion est en cours et nous avons de premières discussions avec des entreprises étrangères », confie François Ténégal. L'objectif étant d'accélérer le développement de la société et la croissance du chiffre d'affaires, pour le moment confidentiel.

UN BÂTIMENT DIVISÉ EN SIX LABORATOIRES

Le bâtiment de 2 400 m2 se remplit peu à peu. Depuis son ouverture en octobre 2015, le siège compte une partie de bureaux et six laboratoires : de synthèse organique, de synthèse de polymères, de plasturgie, de caractérisation structurale, analytique et de peinture. Ifmas installe petit à petit ces différents laboratoires qui accueillent de nouveaux équipements. Tels un 2nd DSC (calorimètre différentiel à balayage) pour le laboratoire d'analyses afin de faire de la photopolymérisation ou une presse à injecter pour les opérations de plasturgie. Outre ces installations, Ifmas dispose de locaux d'hébergement afin d'accueillir des entreprises ou des start-up, comme le souligne François Ténégal.

Bienvenue !

Vous êtes inscrit à la news Industrie Chimie

Nous vous recommandons

Nouryon et Renewcell s'associent dans le recyclage des textiles cellulosiques

Nouryon et Renewcell s'associent dans le recyclage des textiles cellulosiques

La société néerlandaise Nouryon a signé un accord avec l’entreprise suédoise Renewcell pour fournir du peroxyde d’hydrogène, du chlorate de sodium et des solutions d'ingénierie[…]

06/05/2021 | RecyclageChimie verte
Isoamylène biosourcé : Total Cray Valley et Gevo poursuivent leur collaboration

Isoamylène biosourcé : Total Cray Valley et Gevo poursuivent leur collaboration

Nutricosmétique : Seppic s’empare d’EPI France

Nutricosmétique : Seppic s’empare d’EPI France

Recyclage enzymatique : Carbios lance une augmentation de capital à 105 M€

Recyclage enzymatique : Carbios lance une augmentation de capital à 105 M€

Plus d'articles