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Ineos charge Sinopec

Julien Cottineau

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Jim Ratcliffe tape du poing sur la table. Le président d'Ineos est assez coutumier du fait, comme avec le dossier Grangemouth ou avec les décideurs européens en réclamant un cadre plus compétitif pour l'industrie chimique. Cette fois, il s'attaque à un sujet que peu d'industriels osent aborder de front : le respect de la propriété intellectuelle en Chine. Le litige porte sur la technologie et les procédés propriétaires d'Ineos dans le domaine de l'acrylonitrile. Le pétrochimiste européen a déposé une plainte à l'encontre du géant chinois Sinopec et de plusieurs de ses filiales, comme Anqing et Sinopec Ningbo Engineering Company (SNEC), auprès de la Haute Cour de Pékin et a aussi engagé une procédure d'arbitrage en Suède. Ineos les accuse de « violations de contrat et/ou d'utilisation abusive de secrets commerciaux ». Ces malversations auraient conduit « au développement d'une série d'usines de taille mondiale d'acrylonitrile sans l'accord ni le consentement d'Ineos », affirme encore le groupe. Dans le dossier, la filiale SNEC, avec qui il dispose depuis 1984 d'un accord pour les licences et l'utilisation de la technologie acrylonitrile en Chine, est particulièrement visée.

« Ineos se revendique n°1 mondial de l'acrylonitrile »

Pour autant, Jim Ratcliffe loue ses bonnes relations avec la Chine et Sinopec. Ineos est d'ailleurs engagé en coentreprise avec le géant chinois pour la construction d'un complexe de phénol/acétone à Nanjing. Ineos construit aussi une usine d'acrylonitrile à Tianjin aux côtés du groupe chinois Tianjin Bohai Chemical Industry. Toutefois, ces coopérations n'atténuent pas la détermination du chimiste européen. « Nous voulons implanter notre meilleure technologie en Chine mais nous devons nous assurer qu'elle y sera protégée », assène Jim Ratcliffe. Dans le domaine de l'acrylonitrile, l'enjeu est d'importance. La filiale Ineos Nitriles se revendique n°1 mondial du secteur. Son activité acrylonitrile représente des profits annuels de près de 500 millions de dollars et est valorisée à 3 Mrds $. Elle recense 5 000 salariés en Europe et aux États-Unis. Actuellement, Ineos dispose de capacités d'environ 1,5 Mt/an, réparties sur quatre sites. Le plus imposant est à Green Lake, au Texas (540 000 t/an). Sur le sol américain, Ineos dispose aussi d'une usine plus petite à Lima, dans l'Ohio. En Europe, deux usines produisent de l'acrylonitrile à Seal Sands, au Royaume-Uni, et à Cologne, en Allemagne. Au-delà d'une position de leader à défendre, Ineos veut aussi protéger ses débouchés. Les marchés et applications à haute valeur ajoutée de l'acrylonitrile sont une autre raison de s'élever contre le plus grand pays dépositaire de brevets dans le monde et n°1 planétaire de l'industrie chimique. L'acrylonitrile est très utilisé dans les fibres de carbone, servant ainsi les industries de l'automobile, de la défense et de l'aéronautique, Ineos citant au passage les applications pour le dernier-né des Boeing, le Dreamliner. L'acrylonitrile est également très utilisé dans les plastiques, notamment l'acrylonitrile-butadiène-styrène (ABS) avec des applications dans les jouets et les ordinateurs, ou encore dans la production de fibres acryliques.

Face à ces accusations, Sinopec n'est pas entré dans des contre-vérités fracassantes et a simplement nié toute violation de propriété intellectuelle. Le géant chinois a juste affirmé par email à Reuters que sa filiale Shanghai Research Institute of Petrochemical Technology, poursuivie aussi par Ineos, est parvenue à développer, après 50 ans de recherche, sa propre technologie pour la production d'acrylonitrile. Une ligne de défense qui semble pour l'heure un peu légère.

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