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Ineos plein gaz

Julien Cottineau

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C'est la dernière ligne droite. Encore environ 6 000 kilomètres à parcourir et Ineos entrera enfin dans l'ère des gaz de schiste. Ou plutôt dans celle de l'éthane qui en est issu et qui a redonné un coup de jeune massif à la chimie et à l'industrie américaines. Après cinq ans d'activisme, le pétrochimiste européen est donc en passe de finaliser son objectif de craquer sur le sol européen de l'éthane américain bon marché, et de produire de l'éthylène plus compétitif. Et force est de constater qu'Ineos a plusieurs bateaux d'avance sur ses concurrents du Vieux continent qui rêvent de matières premières moins chères. Comme Borealis en Suède ou Sabic au Royaume-Uni, pour les plus avancés dans ce type de projets. Ces derniers mois, certes, le naphta est devenu particulièrement attractif en raison de la chute durable des cours du pétrole brut. L'atout d'Ineos est peut-être moins évident aujourd'hui. Sauf que le naphta, qui alimente la grande majorité des vapocraqueurs européens, verra immanquablement son prix remonter tandis que l'éthane américain, en raison des volumes des réserves et de son exploitation, devrait rester compétitif plus longtemps. Logiquement.


« Acheminer en Europe environ 800 000 tonnes d'éthane par an »
 

En tout cas, Ineos se pose comme un pionnier. Le transporteur de gaz naturel liquéfié Ineos Intrepid, flanqué sur sa coque du slogan « Shale gas for progress » - qui ferait rêver tout écologiste - a quitté le 9 mars le terminal de Marcus Hook, près de Philadelphie (États-Unis). Il fait route, depuis, vers Rafnes, en Norvège. Ce navire de 180 mètres de long transporte 27 500 m3 d'éthane américain, la toute première cargaison de ce type à voguer vers l'Europe, à une température de -90 °C. Ineos Intrepid est le premier transporteur (classe des « Dragons ships ») d'une flotte composée de huit navires, qui doivent permettre au groupe d'acheminer en Europe environ 800 000 tonnes d'éthane par an et de créer une sorte de pipeline navigant entre les deux continents.
 

Il serait hasardeux de vouloir calculer avec précision le montant total des investissements tant ce projet a été composé de nombreuses étapes. À l'été 2015, Ineos avait évoqué un chiffre d'environ 1 milliard de dollars. Outre la construction des navires, ou les accords passés sur le sol américain pour l'acheminement par pipeline d'éthane depuis le bassin de Marcellus, en Pennsylvanie occidentale, il y a aussi les fonds injectés sur les deux complexes du groupe destinés à craquer cet éthane made in USA : Rafnes en Norvège et Grangemouth en Écosse. Les deux sites ont fait l'objet de travaux de modernisation, tant pour les infrastructures portuaires que pour les vapocraqueurs même si ces derniers étaient déjà sur base gaz. Ineos n'a pas non plus hésité à sortir son chéquier pour financer des réservoirs de stockage. Aux proportions gigantesques. Sur le site écossais a été édifié le plus grand réservoir de stockage d'éthane en Europe : 40 mètres de hauteur, des capacités de 60 000 m3, de quoi stocker 33 000 tonnes de gaz liquéfié. Ce réservoir accueillera ses premiers volumes d'éthane au second semestre 2016. À Rafnes, le réservoir additionnel est prêt depuis décembre 2014 et pourra contenir 19 000 t de gaz liquéfié. Au total, le complexe norvégien dispose de capacités de stockage d'éthane liquéfié de 30 000 t.
 

La durée prévue du trajet de l'Intrepid est estimée à 9 ou 10 jours, ce qui préfigure une arrivée en fin de cette semaine. Jim Ratcliffe, président et fondateur d'Ineos trépigne d'impatience de voir son premier bateau arriver et « finir le boulot ». Une finition qui marquera toutefois le début d'une nouvelle étape industrielle.

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