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Ineos sauve le complexe de Grangemouth

Julien Cottineau

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Le bras de fer a clairement tourné à l'avantage de la direction d'Ineos. Le 23 octobre, en annonçant la fermeture définitive de son complexe pétrochimique de Grangemouth, en Écosse, et la nomination prochaine de liquidateurs, le pétrochimiste européen a abattu la carte fatale de son jeu. Dans la foulée, les partenaires sociaux, portés par le syndicat Unite, qui représente environ trois quarts des salariés du site écossais, ont accepté sans condition le plan de survie d'Ineos, qu'ils avaient pourtant rejeté une semaine auparavant. Avec l'espoir de faire revenir la direction sur sa décision et de sauver ce gigantesque complexe. Chose faite le vendredi 25 octobre avec l’annonce de la réouverture sans délai du complexe pétrochimique, et du redémarrage de la raffinerie en amont, pourvue de capacités de 9 millions de litres de carburants par an, et détenue par Ineos et PetroChina depuis 2011 dans le cadre de la coentreprise Petroineos.

De plus, Ineos a annoncé le lancement d’un plan d’investissements de 300 millions de livres pour couvrir les pertes du complexes et rénover les infrastructures portuaires pour acheminer de l'éthane bon marché américain, comme le plan initialement programmé pour sauver le complexe. Les gouvernements écossais et anglais, qui se sont pleinement mobilisés depuis fin octobre pour encourager la reprise du dialogue et avaient même démarré en urgence la recherche de potentiels repreneurs, ont aussi accepté de soutenir ce plan d’investissements. Répondant ainsi à la demande d’Ineos, le groupe ayant strictement conditionné ces plan de modernisation de Grangemouth au soutien financier des autorités locales et nationales. Le gouvernement écossais accordera donc 9M£ au projet, et le gouvernement britannique a donné sa pré-approbation à un prêt garanti de 125 M£.

Après des mois d’une partie de poker où le groupe s’est montré intraitable, Ineos a obtenu tout ce qu’il voulait. Mi-octobre, à la suite de la rupture des négociations avec les partenaires sociaux sur la refonte des conditions salariales à Grangemouth, Ineos avait indiqué que son plan de survie était la seule option sur la table. Et avait, sous prétexte de parer à un possible mouvement de grève, stoppé peu à peu les unités jusqu'à un arrêt total du complexe et de la raffinerie. Le refus indéfectible des syndicats, malgré ces actions « préventives », avait mené le groupe à consulter directement chacun des 1 370 salariés du site pour détailler ce plan qui propose notamment un gel des salaires et un report des primes jusqu'en 2016, et une baisse du niveau des pensions de retraites. Mesures présentées comme vitales, arguant que le complexe pétrochimique perd 10 millions de livres par mois, et nécessaires pour pouvoir amorcer la relance des activités et éviter une fermeture définitive en 2017. Selon la direction, le plan de survie n'avait convaincu que 50 % des salariés, et les actionnaires d'Ineos avaient donc estimé fin octobre qu'il était temps d'arrêter les frais. Et les activités. Malgré la vindicte populaire et syndicale face à ces décisions, les partenaires sociaux se sont résignés à tout accepter désormais. Et pour Ineos c’est une victoire totale. Le syndicat Unite a accepté une interdiction de grève à Grangemouth pour les trois prochaines années, au gel des salaires pendant trois ans et à la refonte du système de pensions.

Une fermeture de Grangemouth serait une catastrophe industrielle et sociale en Écosse et au Royaume-Uni. Ce complexe dispose de capacités d'1 million de tonnes par an, essentiellement des oléfines et polyoléfines, et emploie environ 800 salariés, sur les 1 370 que compte le site. Autant dire qu'une telle vague de licenciements et la perte d'autant d'actifs industriels porteraient un coup très dur à l'économie locale. Sans compter le revers porté à la moribonde pétrochimie européenne.

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