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Julien Cottineau

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Les producteurs d'éthanol américains paniquent. En moins d'un mois, deux acteurs du marché se sont placés sous la protection du Chapitre 11 de la loi américaine sur les faillites. Si Gateway Ethanol est un protagoniste modeste, la défaillance de VeraSun (page 9), le numéro 2, est d'une toute autre ampleur. Face à la peur de l'insuffisance énergétique, les politiques menées par l'administration Bush ces dernières années en faveur des biocarburants ont largement contribué à une explosion du secteur. L'arrivée au pouvoir de Barack Obama ne devrait pas changer cette donne. Ce dernier avait annoncé qu'il poursuivrait la même politique sur ce dossier, prévoyant même des dépenses de 150 Mrds de dollars (117 Mrds €) sur dix ans pour soutenir le secteur, avec l'objectif de parvenir à des capacités de 60 milliards de gallon par an (230 Mrds de litres) d'éthanol en 2030. D'ici là, le gouvernement américain a fixé en 2009 un seuil de production de 11,1 Mrds de gal/an. Un pari quasi réussi puisque les capacités actuelles aux états-Unis affichent 10,9 Mrds gal/an en novembre, contre 6,5 Mrds gal/an fin 2007. Et plus de 2 Mrds de capacités additionnelles sont en cours de construction. En moins de huit petites années, le nombre de bioraffineries d'éthanol aux états-Unis a plus que triplé (de 54 à 177). Et les capacités auront été presque multipliées par dix. Sauf que personne n'avait envisagé l'explosion des cours de la matière première majeure et presque exclusive de l'éthanol américain: le maïs. Entre 1980 et 2005, son prix fixé au Chicago Board of Trade, le marché référentiel, a connu une croissance moyenne d'environ 18 %. Ces deux dernières années, il a augmenté de 28,8 % et 32,4 %. En trois ans, son prix a doublé. Tandis que, face aux capacités exponentielles, le prix de l'éthanol a, lui, chuté. À vouloir contrer le prix mirobolant de l'or noir et l'inéluctable épuisement de ses réserves, le recours à des matières premières alternatives, principalement végétales et avec l'appui massif de subventions publiques, a largement contribué à une flambée des prix des matières premières agricoles. Or le problème ne concerne pas que les applications pour les biocarburants. Et il n'y a pas que le maïs. Publié la semaine dernière, un rapport de la société de conseil Alcimed pointe aussi le cas de l'huile de palme. Utilisée massivement comme intermédiaire pour le biodiesel, elle trouve aussi de nombreuses applications dans les marchés de la pharmacie, du PVC, des matériaux de construction, des détergents ou des lubrifiants. En deux ans, Alcimed rappelle que la stéarine de palme est passée de 400 à 1000 $ la tonne en Europe. Autre exemple, celui de l'huile de ricin. Laquelle se substitue bien à des produits dérivés du pétrole dans des marchés tels que ceux des lubrifiants, des peintures ou du polyamide. Cette année, la production atteindra 500000 t/an dans le monde, soit l'équivalent de la demande. Avec les risques de déséquilibre que cela comporte. Comme l'envolée des prix, la perte de profitabilité, l'érosion des marges et donc la perte d'attractivité. L'ensemble de la chimie en prend pour son grade. D'un côté, en essuyant les fièvres des prix du pétrole, et donc de tous ses dérivés. De l'autre, en ayant parié, pour de nombreux industriels, sur les commodités alternatives. Ce qui a accru la demande et fait exploser leurs prix. De quoi regretter le « tout-pétrole ». À moins de privilégier d'autres alternatives. C'est vraiment la crise.

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