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Inquiétudes syndicales chez Kem One

Julien Cottineau

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La situation est floue. Et les syndicats très remontés. Neuf mois après la création de Kem One suite à la cession du pôle vinyliques d'Arkema au groupe Klesch, la tension est palpable. Les 19 et 20 février, un comité central d'entreprise ordinaire devrait permettre de lever quelques zones d'ombre sur l'état actuel du n°3 européen du PVC. La grande question des partenaires sociaux concerne la situation financière de Kem One. La FCE-CFDT évoque des pertes « abyssales », FO avance une perte opérationnelle de 60 M€ à fin 2012. Pour l'heure la direction n'aurait pourtant transmis aucun chiffre précis. La FCE-CFDT affirme d'ailleurs qu'elle aurait seulement évoqué de très mauvais résultats à venir. Ce qui étonne le plus les syndicats est que lors de la cession, Arkema avait alloué à Kem One une enveloppe de 100 M€ pour couvrir les charges courantes immédiates et les premiers projets d'investissement. Même si la filière chlorochimique souffre d'un environnement économique défavorable, les partenaires sociaux ne comprennent pas comment cette enveloppe aurait pu fondre aussi vite et pourquoi Kem One serait dans le rouge. La CGT évoque de son côté la fuite des 100 M€ hors de France, vers Londres et Jersey.

« La fin de Kem One serait une catastrophe industrielle »
Les inquiétudes syndicales sont nourries par plusieurs autres facteurs que les rumeurs sur la santé financière de Kem One. La direction aurait annoncé le gel des investissements en 2013, à l'exception des investissements de maintenance courante et de sécurité. Certains affirment également que l'entreprise aurait déjà rencontré des représentants de l'État et des créanciers principaux de Kem One, comme Arkema et Total, pour évoquer la situation de la société, mais sans convier les partenaires sociaux. Information que les principaux intéressés démentent ou refusent de commenter. Économiquement enfin, certains faits appuient la probable dégradation des comptes. Outre l'environnement morose dans lequel évolue la société avec des secteurs aval en berne comme la construction et l'automobile, Kem One subit depuis fin décembre l'arrêt du vapocraqueur de Naphtachimie à Lavera (Bouches-du-Rhône) suite à un accident. De source syndicale, des unités de chlorure de vinyle monomère (VCM) de Kem One auraient dû réduire leurs productions de moitié en raison de la baisse des flux d'approvisionnement en éthylène. Les syndicats redoutent que la situation ne menace ainsi le projet industriel et l'avenir de l'entreprise. Avec en jeu les 2 600 salariés dont 1 780 en France, et les 22 sites industriels dont une dizaine, les plus importants, implantés dans l'Hexagone. Or une fin de l'aventure Kem One serait une catastrophe industrielle car il s'agirait de la disparition de toute une chaîne de valeur, avec des répercussions en amont et en aval sur les activités et les emplois. Un effet « domino » craint par tous les partenaires sociaux.

A la veille du comité d'entreprise, les syndicats ne cessent de charger l'actionnaire, le groupe Klesch, qualifié régulièrement de « prédateur » ou de « rapace », et commencent à faire des appels du pied à l'État ou aux anciens actionnaires comme Total ou Arkema pour intervenir. La CGT est déjà plus radicale. Elle évoque une nationalisation temporaire en versant 1 € à Klesch, soit le prix qu'il a réglé lors de la reprise de Kem One. Deux choses paraissent troublantes dans ce dossier. D'une part, si les syndicats ne travaillent pas tous main dans la main actuellement, les discours sont quasi similaires. D'autre part, la direction de Kem One ne confirme ni n'infirme rien et oppose un « no comment » catégorique. Ce qui n'est pas forcément de bon aloi.

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