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INTERVIEW:Entretien avec Bernard Chambon, nouveau président de l'UIC : « Il faut mobiliser toutes les ressources ».

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Membre de la direction de Rhodia, il fait le point sur les nouveaux défis que l'industrie chimique française doit relever.

Après une longue période de restructuration, suivie par la mise en place de Reach, l'industrie chimique en France doit faire face à de nouveaux défis. À commencer par la hausse durable du prix des matières et de l'énergie et la nouvelle politique de l'Europe en matière de développement durable. Chimie Pharma Hebdo: Vous venez d'être élu pour deux ans à la présidence de l'UIC (Union des Industries Chimiques), après un parcours professionnel très riche qui vous a conduit à la fonction de directeur général adjoint communication, affaires publiques, sûreté et développement durable chez Rhodia. Comment analysez-vous l'état de santé de l'industrie chimique en France?
Bernard Chambon: Sur la première partie de l'année 2008, la pente est relativement favorable. La croissance de la chimie en France se situe au-dessus de la moyenne européenne. Mais nous arrivons à la fin de la tendance. Au second semestre, la croissance sera plus faible. L'une des raisons est le ralentissement économique en Europe, conséquence de la crise américaine. Par ailleurs, depuis le début de l'année, on observe une véritable rupture au niveau des matières premières qui enregistrent de très fortes hausses de prix. L'enjeu est d'arriver à répercuter ces hausses sur les produits. Heureusement que les volumes sont là en France et dans le monde. La situation est encore gérable. Par ailleurs, les grosses restructurations des années 2004-2006 sont derrière nous. Les investissements sont repartis à la hausse, en particulier les investissements productifs. En termes d'emplois, il y a bien une stagnation des effectifs liée aux efforts de productivités. Mais dans les prochaines années, les volumes d'embauches seront importants car le « baby-boom » va se transformer en « papy crack » et entraîner d'importants renouvellements, aussi bien au niveau des ouvriers que des employés et des cadres.
CPH : Le bilan n'est pas si mauvais. Mais n'y a-t-il pas de nouveaux défis à relever?
B.C. : Le point négatif est que l'avenir manque de visibilité. Avec un euro fort, nous rencontrons des difficultés à l'export. Il y a la réglementation Reach qui est loin d'être digérée puisque sa mise en application débute à peine et que nombre de difficultés pratiques apparaissent dans sa mise en œuvre. Un autre grand défi nous attend avec les choix que va faire l'Europe en matière de changement climatique et de quota d'émission de CO2. Ces choix doivent rester réalistes et aboutir à une approche permettant une transition économiquement efficace vers l'objectif « low carbon ». Nous sommes d'ailleurs à un moment important où l'Europe a l'ambition d'être le continent leader en matière de développement durable, ce qu'elle ne pourra devenir qu'avec la contribution de l'industrie chimique. D'ailleurs, notre industrie a un rôle décisif à jouer dans ce domaine, car elle est par vocation l'industrie qui apporte des solutions nouvelles aux autres industries. C'est un superbe projet, mais il ne faut pas que les Européens soient les seuls au niveau mondial à avancer dans cette direction, tant la chimie est une industrie globale et mondialisée.
CPH : Dans ce contexte, comment voyez-vous la mission d'une organisation professionnelle telle que l'UIC?
B.C. : Le rôle de l'organisation professionnelle est de défendre les intérêts et de promouvoir l'industrie chimique. Elle doit faire entendre sa voix auprès des pouvoirs publics locaux, nationaux, mais aussi européens. Mais si la défense des intérêts industriels et la politique sociale restent des grands classiques pour une organisation professionnelle, l'UIC souhaite aller plus loin. Elle a notamment l'ambition de jouer un rôle plus important en matière d'innovation et de communication au service des entreprises. Le travail de sensibilisation et d'accompagnement que nous réalisons dans le cadre de Reach et les outils que nous mettons à disposition illustrent déjà notre volonté de renforcer les services aux adhérents.
CPH : Quelles seront les priorités de votre mandat?
B.C. : Parmi les priorités de mon mandat, mon souhait est de remettre l'entreprise au centre de l'organisation, en particulier les PME. 90 % des sociétés adhérentes à l'UIC sont des TPE ou des PME de moins de 250 salariés. Il est donc essentiel que nous lancions une vraie réflexion pour une meilleure intégration de ces entreprises. Beaucoup de choses ont déjà été faites en matière de formalités douanières ou de propriété industrielle. Mais il reste beaucoup à faire, en particulier créer des ponts avec les grands groupes dans le cadre des pôles de compétitivité, prendre davantage en compte leurs problématiques en matière de politique sociale de la branche… Une autre priorité est d'accroître la visibilité de notre industrie. D'abord au niveau de nos adhérents, par un regroupement de moyens et de compétences au niveau de nos huit plateformes interrégionales pour offrir à nos adhérents la garantie d'un service de qualité sur l'ensemble du territoire. En externe, nous voulons apporter notre soutien au Medef qui est en train d'accomplir un travail remarquable pour redresser l'image des entreprises dans notre pays. L'UIC est prête à prendre des mandats au Medef. Il nous faudra renforcer, notamment avec l'aide de nos syndicats sectoriels, notre présence auprès des instances européennes à travers le Cefic. Pour ce qui est de notre visibilité, à un niveau plus grand public, nous allons reconduire en avril 2009 l'opération « À la rencontre de la chimie », qui avait été menée à l'automne 2002. C'est une multitude d'initiatives locales visant à renforcer, voire à restaurer la confiance, en priorité vis-à-vis de la sécurité de nos produits, et à montrer que nous sommes sincèrement et profondément engagés dans une démarche de développement durable. Enfin, dès la rentrée, nous allons nous atteler à l'élaboration d'un nouveau plan stratégique fixant des priorités opérationnelles pour les trois ans à venir.
CPH : Comment allez-vous vous y prendre alors que les cotisations prélevées diminuent à mesure que l'effectif de l'industrie chimique se contracte?
B.C. : Il est vrai que nous devons faire plus de choses que par le passé avec des moyens qui se tassent. Aussi nous devons êtres plus efficaces: dégager des priorités et organiser nos ressources. Déjà, le travail entamé en 2006 et la réforme de notre organisation ont conduit à la création de huit plateformes interrégionales et la structure Lenica a contribué à renforcer nos moyens et notre vision commune. Par ailleurs, l'élaboration du plan stratégique à trois ans va se faire dans la concertation. Nous allons écouter toutes les parties prenantes pour que chacun s'y retrouve. L'objectif est que l'organisation soit totalement alignée. Nous savons bien que l'organisation professionnelle n'est pas une entreprise mais bien une fédération de syndicats fondée sur le principe de subsidiarité où il s'agit de convaincre et d'entraîner grâce à une vision commune et partagée, et non d'imposer des directives venant du sommet. Pour cela, j'envisage de faire le tour des syndicats sectoriels, des UIC régionales et des fédérations associées pour écouter toutes les parties prenantes et leurs souhaits d'évolutions. Nous prendrons donc le temps du dialogue et de la concertation dans l'élaboration de notre plan stratégique.
CPH : La chimie a-t-elle toujours une aussi mauvaise image en France?
B.C. : Il semble que les efforts entrepris depuis quelques années par l'UIC et les groupes chimiques pour restaurer l'image de la chimie commencent à porter leurs fruits. La dernière enquête du Cefic sur l'image de la chimie dans les différents pays européens montre que la France, qui, malheureusement, part de très bas, est l'un des pays qui a le plus progressé. L'UIC mène avec les industriels de la chimie une démarche de communication collective faite d'ouverture, d'écoute et de dialogue avec nos parties prenantes. Il faut continuer dans cette voie. Les engagements pris dans le cadre du Grenelle de l'environnement et les nouvelles mesures de « communication à chaud » en cas d'incident vont aussi dans ce sens. Par ailleurs, le rêve est que tous les membres de l'industrie chimique deviennent des ambassadeurs de notre industrie. Déjà les grands groupes ont commencé à diffuser auprès de leurs salariés des messages communs, expliquant ce que fait l'industrie chimique, en quoi elle joue un rôle clé dans notre économie et constitue un moteur pour l'innovation dans tous les autres secteurs industriels. Face aux problématiques du changement climatique, de l'énergie, de l'environnement, de la santé notre industrie contribue largement à apporter des solutions. Ce sont ces messages qu'il nous faut reprendre à tous les niveaux.
En conclusion…

Il y a des enjeux majeurs qui se dessinent, l'industrie chimique doit donc passer à la vitesse supérieure et se mobiliser pour montrer qu'elle apporte plus de solutions qu'elle ne pose de problèmes.
Propos recueillis par Sylvie Latieule

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