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Jean-Pierre Sauvage, prix Nobel

Sylvie Latieule

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Le prix Nobel de chimie 2016 a été décerné conjointement au Français Jean-Pierre Sauvage de l'université de Strasbourg, à l'Ecossais Fraser Stoddart de l'université Northwestern (près de Chicago) et au Néerlandais Bernard Feringa de l'université de Groningue, pour la conception et la synthèse de « machines moléculaires ». Ces assemblages de taille nanométrique sont capables de se mettre en mouvement de façon contrôlée en réponse à divers signaux tels que la lumière UV, par exemple.
 

Né à Paris le 21 octobre 1944, Jean-Pierre Sauvage a effectué sa thèse à l'université de Strasbourg sous la direction de Jean-Marie Lehn (prix Nobel 87). Après un post-doctorat à Oxford, il est revenu en France en 1971 pour intégrer le CNRS et y effectuer toute sa carrière. En 1979, il est nommé directeur de recherche à l'Institut de science et d'ingénierie supramoléculaire (CNRS/Université de Strasbourg) jusqu'en 2014. Médaille de bronze du CNRS en 1978, puis médaille d'argent en 1988, il est aujourd'hui professeur émérite à l'université de Strasbourg.
 

« Triplé gagnant pour l'université de Strasbourg »


Des trois lauréats, Jean-Pierre Sauvage est véritablement le pionnier de la discipline. En 1983, il a réussi à synthétiser le premier caténane, deux macrocycles, imbriqués l'un dans l'autre pour former une sorte de chaîne. « Normalement, les molécules sont jointes par des liaisons covalentes fortes dans lesquels les atomes partagent des électrons, mais dans une chaîne, elles sont reliés par une liaison mécanique plus libre » explique l'académie Nobel. Ces systèmes moléculaires ont ceci de remarquable qu'ils permettent de reproduire à l'échelle nanométrique des mouvements de rotation, de translation, de contraction à l'image d'une fibre musculaire ou d'autres processus biologiques importants.
 

Une deuxième étape a été franchie en 1991 par Fraser Stoddard quand il a développé un rotaxane, une molécule formant un macrocycle entourant un fragment linéaire avec deux extrémités plus larges, un peu comme un haltère. Cet ensemble pouvant jouer le rôle d'interrupteur moléculaire en électronique. Enfin en 1999, sur la base des travaux de ses prédécesseurs, Bernard Feringa a pu développer le premier moteur moléculaire, que l'on a également désigné sous le nom de nanocar.
 

Bien entendu, ces travaux de recherche sont encore très amont, mais ils laissent entrevoir des perspectives très prometteuses. « En termes de développement, le moteur moléculaire se trouve aujourd'hui au même stade que le moteur électrique dans les années 1830, lorsque les scientifiques exposaient des manivelles et des roues, sans savoir que cela mènerait aux trains électriques, au lave-linge, aux ventilateurs et aux mixeurs » commente l'académie suédoise, ajoutant que ces machines moléculaires seront très probablement utilisées dans le développement de nouveaux matériaux, de capteurs et de systèmes de stockage d'énergie.
 

Avec la consécration de Jean-Pierre Sauvage, l'université de Strasbourg réussi un doublé gagnant, Jean-Marie Lehn l'ayant précédé il y a presque trente ans. Certains parleront même de triplé, en évoquant Martin Karplus, prix Nobel 2013. Professeur à l'université d'Harvard et de nationalité américaine, ce chimiste dirige depuis de longues années le Laboratoire de chimie biophysique, un laboratoire commun du CNRS et de l'université de Strasbourg.

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