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KaeXa transforme les déchets industriels en building blocks

Par Aurélie Dureuil

Créée en 2014, la jeune société propose de développer des matières premières pour l'industrie à partir du traitement des déchets des usines.

L'idée est séduisante : transformer les déchets industriels en molécules d'intérêt pour alimenter la production de l'usine. C'est l'objectif affiché de KaeXa. La jeune société montpelliéraine s'appuie sur l'expérience de ces fondateurs dans le domaine du traitement des effluents. « Nous avons créé la société pour développer la valorisation des déchets organiques afin de produire des synthons et de répondre à la demande de produits chimiques », témoigne Abdelkader Guellil, co-fondateur et président de KaeXa. À l'origine de la création d'Akaeno, une société de traitement des effluents industriels, le docteur en chimie et microbiologie de l'eau a voulu aller plus loin que le traitement d'effluents industriels. En parallèle, il s'investit en tant qu'expert auprès de la Commission européenne pour l'étude de dossiers dans le domaine des biotechnologies blanches. Après la cession de sa première société, Abdelkader Guellil travaille alors au développement d'un premier procédé afin d'obtenir des molécules d'intérêt à partir d'effluents. « Quand on fait du traitement d'effluent, on extrait le polluant de l'eau. Et cette matière organique est transformée en CO2. Les étapes préalables reposent sur de l'hydrolyse pour découper les différentes matières. Et quand on prend les polluants présents dans les effluents pour produire des molécules à haute valeur ajoutée, cela passe par les mêmes étapes que pour le traitement de l'eau », indique le dirigeant de KaeXa.

Avec son expérience dans le traitement des effluents industriels, le chercheur a développé une souchothèque. C'est à partir de ces micro-organismes qu'ils travaillent avec les trois autres cofondateurs (Pascal Trubert, Abder Rochdi et Stéphane Duponchel) afin de mettre au point un procédé. L'objectif de la société étant ensuite de céder des licences sur sa technologie. Deux types d'industriels pourraient être intéressés, comme le confie Abdelkader Guellil. « Il y a déjà des industriels qui produisent à partir de déchets et qui ont mis en place des filières de récupération de ces matières. Ils pourraient être intéressés pour produire moins cher des molécules de base. Les chimistes peuvent aussi être intéressés pour produire les molécules dont ils ont besoin à partir des déchets de leur propre production ». La société créée en juillet 2014 poursuit ainsi ses développements pour mettre au point des procédés pour l'obtention de molécules « de C3 à C6 et des gaz », témoigne le dirigeant. Il ajoute : « nous voulons avoir au plus vite une molécule par classe de nombre de carbone. Nous visons des molécules comme l'acide citrique, l'acide succinique... ».

 

Deux principes pour développer les procédés

 

Pour le développement de sa gamme de procédés, la société s'est fixé « deux principes » : « de ne pas utiliser d'organisme génétiquement modifié et de mettre en évidence des actions biologiques dans des conditions opératoires permettant de diminuer les coût de process », souligne Abdelkader Guelli l. Il précise : « aujourd'hui, compte tenu du prix du pétrole, nous ne pourrons pas produire du biosourcé, si la molécule est plus chère que celle issue du pétrole ». Pour répondre à ce défi de la maîtrise des coûts de production, la start-up mise sur « la productivité des micro-organisme en termes de capacité de transformation de déchets mais aussi sur une régulation minimale du produit, c'est-à-dire sans avoir besoin d'ajout de produits pour stabiliser le pH... », précise Abdelkader Guellil. Toujours dans cet objectif d'obtenir une compétitivité importante de ces procédés, KaeXa entend travailler sur des cocktails de micro-organismes qui pourront agir, quels que soient les déchets. « Nous voulons pouvoir produire des molécules indépendamment des déchets et inversement partir d'un déchet pour obtenir plusieurs molécules différentes », indique le dirigeant.

 

Un premier procédé mis au point

 

Dans un premier temps, la société a développé un procédé autour du lactosérum. « Il nous a fallu 18 mois pour aboutir à ce premier procédé. La difficulté a été d'identifier l'organisme capable de modifier la matière », témoigne le dirigeant de KaeXa. La société s'appuie sur sa souchothèque propriétaire afin de mettre au point « les formulations biologiques pour la transformation », indique Abdelkader Guellil. Les premiers travaux concernent le lactosérum, issu des déchets de l'industrie des fruits et des légumes. La société a ainsi mis au point un procédé pour obtenir de l'acide lactique avec en ligne de mire la production de bioplastiques, et plus particulièrement de PLA. « Nous travaillons beaucoup autour des déchets de l'industrie agroalimentaire car ils sont relativement disponibles. Nous ne travaillons pas sur le lignocellulosique qui est aujourd'hui déjà très étudié », souligne le dirigeant. Il estime par ailleurs que « les déchets industriels représentent environ 25 millions de tonnes par an. Environ 50 % sont valorisables, et pourtant seuls 6 % sont actuellement valorisés ».

Après le développement d'un premier procédé, la société est en cours de rédaction de trois brevets sur les conditions opératoires, la biologie du procédé et la molécule produite à partir d'un type de déchets. La prochaine étape consistera à réaliser un démonstrateur industriel. « Nous avons la technologie pour que les industriels puissent produire une molécule à partir de leurs propres déchets. Nous avons designé le bioprocédé. Nous cherchons maintenant des fonds pour la réalisation d'un prototype industriel », précise le dirigeant. Une première levée de fonds est en cours. « Cela nous permettra également de financer le dépôt de nos trois brevets et d'étoffer l'entreprise en termes de capacité de développement et de compétences », ajoute-t-il. La société compte actuellement quatre salariés, qui sont les co-fondateurs. KaeXa a par ailleurs développé des collaborations avec l'université de Nîmes, SupAgro de Montpellier et l'INP Narbonne. Elle enregistre par ailleurs déjà un chiffre d'affaires, confidentiel, lié à des prestations de traitement des effluents « classiques ». « Cette activité nous permet de financer le développement de la société et de développer une base de clients qui pourront ensuite être intéressés par notre technologie de valorisation des déchets », anticipe Abdelkader Guellil.

 

« Les déchets industriels représentent environ 25 millions de tonnes par an. Environ 50 % sont valorisables, et pourtant seuls 6 % sont actuellement valorisés », selon KaeXa.

 

KAEXA EN BREF

- Création le 1er juillet 2014. - 4 co-fondateurs. - Une levée de fonds en cours. - Spécialisé sur la valorisation des effluents et déchets industriels en molécules d'intérêt. - Laboratoire situé à Montpellier. - Incubé à AgroValo Méditerranée (Incubateur SupAgro / INRA) et suivi par Languedoc Roussillon Incubation.

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