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Kem One : « Les moments difficiles nous ont aidés à progresser »

Propos recueillis à Lyon par Aurélie Dureuil

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Kem One : « Les moments difficiles nous ont aidés à progresser »

A Lavéra, le remplacement des électrolyses se terminerait en janvier 2017.

Créé en 2012 à partir des activités vinyliques d'Arkema, Kem One a connu des débuts difficiles jusqu'en décembre 2013 et la reprise par l'alliance entre Alain de Krassny, actuel président, et Opengate Capital. Depuis, Kem One prend un nouveau souffle, alors que son dirigeant, aidé par l'État, investit sur les sites de production.

Infochimie magazine : Vous êtes arrivé à la tête de Kem One en décembre 2013, dans un contexte de redressement judiciaire. Pouvez-vous présenter Kem One aujourd'hui ?

Alain de Krassny : Nous sommes une société relativement simple, très concentrée sur trois produits :le PVC, les chlorométhanes et la soude. Aujourd'hui, nous enregistrons un chiffre d'affaires d'environ 800 millions d'euros. Kem One est le 2e producteur de PVC en Europe, avec une capacité de près de 900 000 tonnes par an, ce qui n'est pas insignifiant. Quand on est parmi les leaders, on a plus de chance de survivre ! Nous employons 1 300 personnes et avons encore recours à de nombreux services externalisés et de sous-traitants sur nos sites industriels.

Kem One, dont le siège est à Lyon, compte huit sites industriels dont un en Espagne. Nos équipes commerciales sont présentes en France, en Espagne, en Italie et en Turquie.

Vous vous êtes engagé dans la reprise à parts égales avec OpenGate Capital. Qu'en est-il aujourd'hui de la répartition de l'actionnariat ?

A.d.K. : Nous avons repris Kem One à 50/50, fin 2013. La production aval, Kem One Innovative Vinyls, nous a été restituée en juillet 2015. Conformément au pacte d'actionnaires conclu lors de la reprise, nous ferons évoluer cette répartition : je détiendrai 90 % de Kem One SAS et 30 % de Kem One Innovative Vinyls. Le reste sera détenu par OpenGate Capital. Cette répartition devrait être finalisée, fin 2016.

Qu'est-ce qui a motivé votre décision de reprise en 2013 ?

A.d.K. : J'ai vu les forces de Kem One. J'ai vu un projet viable et puis, j'avais été mis au défi de sauver des emplois en France. Parmi ces forces, il y a l'approvisionnement en sel, provenant de la saline de Vauvert (Gard). Il s'agit d'une des trois matières premières de nos procédés avec l'électricité et l'éthylène. De plus, en France, l'électricité est compétitive pour l'industrie. Les usines de Kem One sont relativement bien intégrées, concentrées dans la moitié sud de la France et le nord de l'Espagne. Le sel est acheminé vers nos deux usines de Fos et Lavéra (Bouches-du-Rhône), pour produire du chlore et de la soude par électrolyse. Le chlore est ensuite transformé en chlorure de vinyle monomère. Ce dernier est acheminé par bateau à Saint-Fons (Rhône) puis par une canalisation vers Balan (Ain) ou par wagon vers nos autres sites pour être transformé en PVC. Toutes nos productions sont bien équilibrées.

Pourtant, tout n'était pas rose en 2013. Quel était votre diagnostic industriel ?

A.d.K. : Quand j'ai repris Kem One, mon diagnostic était que les propriétaires précédents avaient fait de la maintenance a minima sur les sites industriels car le PVC ne faisait pas partie de leur stratégie à long terme. La solution était donc très simple : il fallait rattraper ce retard de maintenance. Le point fondamental était de convertir les électrolyses au procédé membrane, beaucoup plus économique et favorable à l'environnement.

Justement, vous investissez actuellement à Lavéra pour remplacer les électrolyses...

A.d.K. : En 2013, nous avons fait le constat que les électrolyses n'étaient plus au niveau d'un point de vue technique et environnemental. En particulier, une des électrolyses du site de Lavéra fonctionnait avec un procédé mercure interdit en 2018 en Europe. Cet équipement d'une capacité de 150 000 tonnes devait être changé. Nous remplaçons également la deuxième électrolyse du site, au procédé diaphragme d'une capacité de 150 000 t/an. L'électrolyse de nouvelle génération aura une capacité de 300 000 t/an. À Lavéra, notre projet est à la fois réglementaire, environnemental et avec un enjeu de compétitivité. Nous devrions réduire de l'ordre de 25 % notre consommation d'énergie. La mise en service s'effectuera en janvier 2017 après un arrêt de deux mois.

Qu'en est-il de l'électrolyse de Fos ?

A.d.K. : La conversion de l'électrolyse de Fos devrait coûter près de 100 M€. Ce projet interviendra dans un second temps.

Pour investir sur vos sites industriels, vous avez reçu le soutien de l'État. Pouvez-vous détailler ces aides ?

A.d.K. : Aujourd'hui, après un redressement judiciaire, il est quasiment impossible d'obtenir des prêts bancaires. Nous avons été aidés par le gouvernement : l'État nous a prêté 110 M€ et accordé une subvention de 15 M€. Il participe ainsi à financer nos investissements qui s'élèvent à 250 M€ sur 3 ans. À lui seul, le remplacement des deux électrolyses de Lavéra représente 150 M€ d'investissement. Les 100 M€ restants ont été utilisés sur les différents sites pour améliorer la fiabilité et réduire les coûts variables.

Outre Lavéra, quels ont été les investissements conduits sur la période 2014-2016 ?

A.d.K. : Plus d'une centaine d'actions a été engagée dans l'ensemble de l'entreprise, dans de nombreux domaines. Par exemple, nous avons remplacé les chaudières de production de vapeur de Balan, ce qui a contribué à obtenir sur le site la certification ISO 50 001, l'an dernier. Et nous nous engageons dans la démarche de certification de l'ensemble de l'entreprise pour 2017. Nous avons également harmonisé nos systèmes d'information en étendant le système SAP au sein de l'entreprise. Pour sécuriser notre approvisionnement en sel, nous avons foré de nouveaux puits sur le site de Vauvert, début 2015. En septembre 2015, nous avons mis en place une unité dédiée au traitement du PVC sur le site de Saint-Fons. Et en janvier 2016, c'est un nouveau système d'injection de vapeur qui a été installé sur le site de Berre (Bouches-du-Rhône). Tous nos sites ont été concernés par des investissements. L'objectif est de faire baisser nos consommations d'électricité, de fiabiliser nos procédés et d'améliorer la qualité. Nous devons produire mieux.

Vous avez également travaillé sur l'axe HSE...

A.d.K. : En situation de redressement judiciaire, les salariés sont troublés. En 2013, il y avait des progrès à faire en matière de sécurité. Nous avons réduit le nombre d'accidents d'un tiers en deux ans. Bien sûr, nous visons le 0 accident, et c'est d'autant plus difficile que nous faisons appel à de nombreuses sociétés extérieures. Nous continuons à progresser.

Quels sont les premiers résultats de votre politique industrielle ?

A.d.K. : Nous sommes plus productifs. Les frais fixes sont restés stables tout en ayant augmenté les salaires. Notre programme a d'ailleurs été mené sans plan social. Nous avons renégocié nos contrats d'approvisionnement et engagé une politique commerciale plus dynamique. Avec la marge que nous réalisions en 2013, c'était mécanique : nous allions à la faillite. Aujourd'hui, notre marge brute a plus que doublé. Et pour la première fois de notre histoire, fin septembre, nous avons enregistré un résultat positif sur les neuf premiers mois de l'année. Les prévisions de trésorerie montrent que nous allons réussir notre pari : avoir investi 250 M€ et ne pas se retrouver à cours de liquidités. De plus, je me suis engagé à ne pas prendre de dividendes pendant 5 ans afin que tout l'argent soit réinvesti dans la société.

Quelle est votre stratégie pour les années à venir ?

A.d.K. : Notre industrie ne connaît pas de croissance. Ambitionner de doubler notre chiffre d'affaires n'aurait aucun sens. Et nous n'allons pas acheter de concurrent. Notre stratégie porte sur trois axes. D'abord, nous devons poursuivre la conversion des électrolyses à Fos dans les cinq ans à venir. Ensuite, nous devons mieux assurer notre fourniture en éthylène, en diversifiant notre approvisionnement. Aujourd'hui, nous sommes très dépendants de deux sociétés. Et les seuls gros problèmes que nous ayons eus depuis la reprise sont justement liés à cette matière première. Nous avons connu un arrêt de fourniture d'éthylène pendant deux mois en 2015 et les grèves liées à la Loi El Komhri nous ont empêchés de recevoir l'éthylène et d'expédier nos produits. Enfin, le troisième axe est le développement des produits de spécialités.

Pouvez-vous détailler les axes de R&D ?

A.d.K. : Nous sommes, pour 80 % de notre activité, un producteur de produits de commodités : le PVC à usages généraux, la soude, les chlorométhanes. Notre R&D porte en grande partie sur l'amélioration continue de nos procédés. Nous travaillons également sur nos produits de spécialités, en particulier le PVC émulsion, pour lequel nous avons un laboratoire d'applications à Saint-Auban (Alpes-de-Haute-Provence). Nous développons de nouvelles résines et travaillons étroitement avec nos clients sur leurs applications.

En 3 ans, vous avez amené de nombreux changements. Comment est-ce accueilli par des salariés qui avaient connu des mois difficiles en 2012-2013 ?

A.d.K. : Les moments difficiles nous ont aidés à progresser. Les équipes ont pris conscience que si nous ne changions pas, nous n'y arriverions pas. Ce qui nous a aidés : c'est la clarté de notre projet. Quand votre projet est simple et clair et que vous l'expliquez, le dialogue social est facilité. En début d'année, je vais dans chaque usine avec Frédéric Chalmin, le directeur général, exposer le bilan de l'année écoulée et expliquer ce que nous allons mettre en oeuvre. Chaque mois, nous commentons les résultats. Nous devions restaurer la confiance. Par cette transparence, l'objectif est de construire un partenariat social chez Kem One. Les gens commencent à y croire. Le bilan est là. L'important, c'est de savoir où l'on va, de dire ce que l'on va faire et de le réaliser. Et nous en constatons les premiers résultats. Nous commençons par exemple à recevoir des candidatures spontanées. Nous redevenons attractifs ! Nous avons réalisé cette année une enquête auprès des salariés de l'entreprise. 80 % des répondants se disent confiants dans l'avenir et fiers de travailler dans l'entreprise.

Vous semblez attacher de l'importance aux hommes. Comment cela se traduit-il au quotidien ?

A.d.K. : Comme je vous le disais, il est important d'entretenir un bon niveau de dialogue social. La formation est également un axe fort. Nous consacrons 1 M€ à la formation au poste de travail sur trois ans. Pour assurer la fiabilité et la sécurité des usines, il faut du personnel de production bien formé. J'attache également beaucoup d'importance à l'alternance. Nous comptons ainsi 44 alternants à la rentrée 2016. Sur la période 2014-2015, nous avons accueilli 58 alternants et 16 d'entre eux ont été embauchés depuis.

Notre limite est d'avoir suffisamment de temps disponible pour les accompagner. Mais c'est une responsabilité citoyenne pour une entreprise comme la nôtre.

Alain de Krassny, un entrepreneur de la chimie

Ce Niçois, né en 1942, a été diplômé de l'École nationale supérieure de chimie de Lille (Nord) en 1966 avant d'effectuer un master de science à l'université de Berkeley (Californie) et un MBA à l'INSEAD de Fontainebleau (Seine-et-Marne). Il intègre le groupe Rhône-Poulenc en 1972. D'abord en tant que chargé de mission sur la zone germanique. Il exercera ensuite des fonctions de directeur de filiale commerciale en Autriche, puis de directeur général des activités aux Pays-Bas puis en Allemagne. En 1985, il prend le poste de p-dg des laboratoires Roger Bellon en France. En 1987, Alain de Krassny devient président du directoire de Donau Chemie, qu'il rachète à 100 % en 1997. Ce groupe autrichien compte près de 1 000 employés et affiche un chiffre d'affaires de 294 millions d'euros pour la période 2014-2015. Il est spécialisé dans les produits chimiques inorganiques, les produits pour le traitement de l'eau, les charbons actifs et la distribution chimique.

KEM ONE EN CHIFFRES

2012 : création de Kem One à partir des activités vinyliques d'Arkema 2013 : reprise en décembre par Alain de Krassny et OpenGate Capital 8 sites industriels 800 M€ de CA fin 2015 1 300 salariés 3 principaux marchés d'application : bâtiment, automobile et emballage 880 000 t/an de PVC (dont 115 000 t/an de PVC émulsion et 9 000 t/an de PVC-C) 730 000 t/an de soude caustique 660 000 t/an de chlore 130 000 t/an de chlorométhanes 30 000 t/an de chlorure ferrique 25 000 t/an d'eau de Javel 18 000 t/an d'hydrogène 10 000 t/an d'acide chlorhydrique

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