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Kem One : « Nous allons réussir notre pari »

Propos recueillis à Lyon par Aurélie Dureuil

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Créé en 2012 à partir des activités vinyliques d'Arkema, Kem One a connu des débuts difficiles jusqu'en décembre 2013 et la reprise par l'alliance entre Alain de Krassny, actuel président, et Opengate Capital. Depuis, Kem One prend un nouveau souffle alors que son nouveau dirigeant, aidé par l'État, investit sur les sites de production.

Vous êtes arrivé à la tête de Kem One en décembre 2013, dans un contexte de redressement judiciaire. Pouvez-vous présenter Kem One aujourd'hui ?
 

Nous sommes une société relativement simple, très concentrée sur trois produits : le PVC, les chlorométhanes et la soude. Aujourd'hui, nous enregistrons un chiffre d'affaires d'environ 800 millions d'euros. Kem One est le 2e producteur de PVC en Europe, avec une capacité de près de 900 000 tonnes par an, ce qui n'est pas insignifiant. Quand on est parmi les leaders, on a plus de chance de survivre ! Nous employons 1 300 personnes et avons encore recours à de nombreux services externalisés et de sous-traitants sur nos sites industriels. Kem One, dont le siège est à Lyon, compte huit sites industriels dont un en Espagne. Nos équipes commerciales sont présentes en France, Espagne, Italie et Turquie.

 

Vous vous êtes engagés dans la reprise à parts égales avec OpenGate Capital. Qu'en est-il aujourd'hui de la répartition de l'actionnariat ?
 

Nous avons repris Kem One à 50/50 fin 2013. La production aval, Kem One Innovative Vinyls, nous a été restituée en juillet 2015. Conformément au pacte d'actionnaires conclu lors de la reprise, nous ferons évoluer cette répartition : je détiendrai 90 % de Kem One SAS et 30 % de Kem One Innovative Vinyls. Le reste sera détenu par OpenGate Capital. Cette répartition devrait être finalisée fin 2016.

 

Qu'est-ce qui a motivé votre décision de reprise en 2013 ?
 

J'ai vu les forces de Kem One. J'ai vu un projet viable et puis, j'avais été mis au défi de sauver des emplois en France. Parmi ces forces, il y a l'approvisionnement en sel, provenant de la saline de Vauvert (Gard). Il s'agit d'une des trois matières premières de nos procédés avec l'électricité et l'éthylène. De plus, en France, l'électricité est compétitive pour l'industrie. Les usines de Kem One sont relativement bien intégrées, concentrées dans la moitié sud de la France et le nord de l'Espagne.

 

Pourtant, tout n'était pas rose en 2013. Quel était votre diagnostic industriel ?
 

Quand j'ai repris Kem One, mon diagnostic était que les propriétaires précédents avaient fait de la maintenance a minima sur les sites industriels, car le PVC ne faisait pas partie de leur stratégie à long terme. La solution était donc très simple : il fallait rattraper ce retard de maintenance. Le point fondamental était de convertir les électrolyses au procédé membrane, beaucoup plus économique et favorable à l'environnement.

 

Justement, vous investissez actuellement à Lavéra pour remplacer les électrolyses...
 

En 2013, nous avons fait le constat que les électrolyses n'étaient plus au niveau d'un point de vue technique et environnemental. En particulier, une des électrolyses du site de Lavéra fonctionnait avec un procédé mercure interdit en 2018 en Europe. Cet équipement d'une capacité de 150 000 tonnes devait être changé. Nous remplaçons également la deuxième électrolyse du site, au procédé diaphragme d'une capacité de 150 000 t/an. L'électrolyse de nouvelle génération aura une capacité de 300 000 t/an. À Lavéra, notre projet est à la fois réglementaire, environnemental et avec un enjeu de compétitivité. Nous devrions réduire de 25 % notre consommation d'énergie. La mise en service s'effectuera en janvier 2017 après un arrêt de deux mois.

 

Qu'en est-il de l'électrolyse de Fos ?
 

La conversion de l'électrolyse de Fos devrait coûter près de 100 M€. Ce projet interviendra dans un second temps.

 

Pour investir sur vos sites industriels, vous avez reçu le soutien de l'État. Pouvez-vous détailler ces aides ?
 

Aujourd'hui, après un redressement judiciaire, il est quasiment impossible d'obtenir des prêts bancaires. Nous avons été aidés par le gouvernement : l'État nous a prêté 110 M€ et accordé une subvention de 15 M€. Il participe ainsi à financer nos investissements qui s'élèvent à 250 M€ sur 3 ans. À lui seul, le remplacement des deux électrolyses de Lavéra représente 150 M€ d'investissement. Les 100 M€ restants ont été utilisés sur les différents sites pour améliorer la fiabilité et réduire les coûts variables. Tous nos sites ont été concernés par des investissements. L'objectif est de faire baisser nos consommations d'électricité, de fiabiliser nos procédés et d'améliorer la qualité. Nous devons produire mieux.

 

Quels sont les premiers résultats de votre politique industrielle ?
 

Nous sommes plus productifs. Les frais fixes sont restés stables tout en ayant augmenté les salaires. Notre programme a d'ailleurs été mené sans plan social. Nous avons renégocié nos contrats d'approvisionnement et engagé une politique commerciale plus dynamique. Avec la marge que nous réalisions en 2013, c'était mécanique : nous allions à la faillite. Aujourd'hui, notre marge brute a plus que doublé. Et pour la première fois de notre histoire, fin septembre, nous avons enregistré un résultat positif sur les neuf premiers mois de l'année. Les prévisions de trésorerie montrent que nous allons réussir notre pari : avoir investi 250 M€ et ne pas se retrouver à cours de liquidités. De plus, je me suis engagé à ne pas prendre de dividendes pendant 5 ans afin que tout l'argent soit réinvesti dans la société.

 

Quelle est votre stratégie pour les années à venir ?
 

Notre industrie ne connaît pas de croissance. Ambitionner de doubler notre chiffre d'affaires n'aurait aucun sens. Et nous n'allons pas acheter de concurrent. Notre stratégie porte sur trois axes. D'abord, nous devons poursuivre la conversion des électrolyses à Fos dans les cinq ans à venir. Ensuite, nous devons mieux assurer notre fourniture en éthylène, en diversifiant notre approvisionnement. Aujourd'hui, nous sommes très dépendants de deux sociétés. Et les seuls gros problèmes que nous ayons eus depuis la reprise sont justement liés à cette matière première. Nous avons connu un arrêt de fourniture d'éthylène pendant deux mois en 2015 et les grèves liées à la Loi El Khomri nous ont empêchés de recevoir l'éthylène et d'expédier nos produits. Enfin, le troisième axe est le développement des produits de spécialités, en particulier le PVC émulsion, pour lequel nous avons un laboratoire d'applications à Saint-Auban (Alpes-de-Haute-Provence). Nous développons de nouvelles résines et travaillons étroitement avec nos clients sur leurs applications.

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