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Kerval s'appuie sur les CSR pour mieux recycler les déchets plastiques

À Ploufragran, Dinhill On

Le syndicat de valorisation des déchets Kerval Centre Armor a ouvert les portes de son centre de tri près de Saint-Brieuc. Cette usine se caractérise par son procédé spécifique de tri, qui permet une valorisation des déchets plastiques sous plusieurs formes.

Éviter au maximum l'enfouissement des déchets ultimes. Tel est l'objectif du syndicat de valorisation des déchets Kerval Centre Armor, lorsqu'il a initié le projet de construction de son unité de tri et de préparation de combustibles solides de récupération (CSR, voir encadré) à Ploufragran, à quelques kilomètres de Saint-Brieuc (Côtes-d'Armor). Mené en collaboration avec Valorplast, le projet est parti d'un état des lieux effectué en 2013, qui a démontré que, malgré des installations en nombre et performantes, près de 60 000 tonnes de déchets sur les 200 000 tonnes recueillies par an finissaient à l'enfouissement en décharge. « Depuis 2000, Kerval s'est retrouvé peu à peu en surcapacité de traitement devant la tendance de réduction des volumes de déchets produits. L'idée était donc d'introduire une unité de valorisation en convertissant une unité de compostage en une unité de production de CSR avant l'enfouissement », détaille Jean-Benoît Orveillon, directeur tri et économie circulaire de Kerval Centre Armor. D'un investissement de 23 millions d'euros, cette usine de tri et de préparation de CSR va permettre la création d'une trentaine de nouveaux emplois. Une partie des dépenses a été allouée à la rénovation des locaux de l'ex-unité de compostage (712 m2) et à l'ajout de 3 760 m2 de nouveaux bâtiments. « Pour mieux exploiter les possibilités de la nouvelle unité de CSR, Kerval a également modernisé son centre de tri Généris situé à proximité. Cet investissement de 5,37 M€ va notamment aider l'installation plus performante, notamment sur le tri des films plastiques », complète JeanBenoît Orveillon.

 

Une production annuelle de 20 000 tonnes de CSR

 

Inaugurée en avril 2017, l'installation prend en charge le traitement des refus de compostage d'ordures ménagères, les encombrants de déchetterie et les refus de centre de tri (résidus de polyéthylène, déchets sans solutions de traitement comme le polystyrène et le polystyrène expansé). « Cette unité pourra traiter 47 000 tonnes de déchets sous la maîtrise de Kerval, ainsi qu'environ 20 000 t provenant de l'exploitant du site Guyot Environnement », précise Jean-Benoît Orveillon. Avant d'ajouter : « Au global, cela permettra une valorisation matière (papier, plastiques, métaux) à hauteur de 37 % et une valorisation énergétique sous forme de CSR à haut pouvoir calorifique à 31 % ». En outre, 28 % des résidus de tri et de production seront incinérés ou réutilisés en sous-couche routière. Ce qui porte la fraction de déchets destinés à l'enfouissement à 1 200 tonnes par an à l'horizon 2018.

À l'aide de cette unité, Kerval estime être en mesure de produire 20 000 t/an de CSR pour l'alimentation de procédés industriels énergivores, notamment en cimenterie.

Le centre de tri et de production de CSR effectue deux sortes de tri. D'une part, il va trier les refus de tri mécano-biologiques (compostage), soit environ 14 000 t. D'autre part, la plateforme va prendre en charge les encombrants, le mobilier, les refus de collecte sélective ou les déchets excavés. Le flux de déchets passe d'abord par une zone de dépotage, dans le but de trier les gros encombrants. Puis, le flux entrant est pré-trié à l'aide de différents cribles (200 et 50 mm de diamètre). L'usine de production est également équipée de deux dispositifs de tri pondéral, de 5 systèmes de tri optique et d'un granulateur (5 mm). Après séchage, le CSR issu du procédé est broyé à un diamètre de 20 mm pour être commercialisé.

En tenant compte de la production de CSR, le coût global de traitement des déchets atteint 105 euros la tonne, contre 85 €/t pour l'enfouissement. Mais Kerval parie sur la hausse planifiée du coût de l'enfouissement due à la taxe générale sur les activités polluantes (TGAP). À l'heure actuelle, le syndicat prospecte activement dans la région en quête d'industriels pour promouvoir l'usage de CSR. Selon Kerval, des industriels de l'agroalimentaire envisageraient cette solution pour leurs besoins de chaleur. « Il est indispensable de développer d'autres débouchés pour les CSR pour bâtir la filière rentable et robuste », insiste Catherine Klein, directrice générale de Valorplast. Dans ce contexte de développement durable et d'économie circulaire, le recours aux CSR pourrait bien être une des solutions permettant d'allier réduction des émissions de CO2, et réponse aux besoins énergétiques.

LA VALORISATION DES DÉCHETS PLASTIQUES EN FRANCE A DU RETARD

Dans le cadre de la visite du site de Kerval, l'association européenne des producteurs de plastiques PlasticsEurope a évoqué la valorisation des déchets plastiques en Europe. Le taux global de valorisation (énergétique et matière) s'élève à 63,6 % pour la France, soit légèrement en deçà de la moyenne européenne de 69,2 %. Dans plusieurs pays en Europe (Allemagne, Suède, Suisse, Autriche, Luxembourg ou encore Belgique), le ratio de valorisation totale est même supérieur à 96 %. « Cet écart est principalement dû à une part de valorisation énergétique et à un recours aux CSR plus important dans ces pays. Le retard accusé par la France est la conséquence d'un manque de volonté politique et d'une tradition de mise en décharge des déchets », soutient Michel Loubry, directeur général Europe de l'Ouest de PlasticsEurope. Concernant le taux de recyclage des emballages plastiques, la France figure parmi les mauvais élèves. Selon des données datant de 2014, l'Hexagone est antépénultième du classement avec un taux de 25,4 %, ne devançant que la Finlande et Malte. Dans ce domaine, le trio de tête est composé de la République tchèque (52,1 %), l'Allemagne (49,7 %) et la Slovénie (46,8 %). Si la France est actuellement conforme aux exigences de la Commission européenne (22,5 % de taux de recyclage), la moyenne nationale est largement inférieure au taux moyen des pays européens (39,5 %). Pour améliorer la position de la France dans le domaine de la réutilisation et de la valorisation des plastiques en fin de vie, PlasticsEurope estime que la France doit mener une politique avec un objectif de zéro déchet plastique en décharge. « Le renforcement de la filière de valorisation matière des plastiques doit être accompagnée de la mise en place d'une filière de valorisation énergétique complémentaire, ce qui inclut les CSR », conclut Michel Loubry.

LES COMBUSTIBLES SOLIDES DE RÉCUPÉRATION

Les CSR sont des combustibles de substitution qui sont utilisés pour leur haut pouvoir calorifique. Ils constituent en particulier une alternative à des combustibles fossiles comme le fioul ou le « coke ». De manière habituelle, les CSR sont fabriqués à partir de déchets industriels banals et d'encombrants de déchetterie de qualité hétérogène ou trop volumineux pour une valorisation en incinérateur. Se présentant sous la forme de broyats, les CSR se composent de bois, de papier, de carton et de plastiques sans chlore.

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