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L'ACC inquiète d'une guerre commerciale

Julien Cottineau

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L'ACC inquiète d'une guerre commerciale

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L'emballement du conflit commercial entre les États-Unis et la Chine mécontente l'industrie chimique outre-Atlantique. Alors que l'administration Trump et Pékin ne cessent de durcir le ton en termes de surtaxes douanières, la chimie américaine vient de faire part publiquement de ses inquiétudes. Le 15 juin, l'American Chemistry Council (ACC) a publié un communiqué au ton plutôt vindicatif et très inhabituel, sommant « l'Administration et le Congrès de se reprendre et de se coordonner immédiatement pour mettre un terme à cette guerre commerciale destructrice qui va nuire aux producteurs chimiques américains et aux innombrables clients en aval ».

C'est une annonce chinoise de nouvelles menaces de rétorsion douanières sur 284 lignes de produits dont de nombreux plastiques, huiles et produits chimiques, qui a fait déborder le vase pour l'ACC. La fédération américaine se dit clairement « déçue » par son gouvernement qui n'aurait pas écouté ses recommandations et qui, en conséquence, « pousse l'industrie chimique américaine directement en première ligne dans le conflit avec la Chine ». La fédération appelle à promptement stopper cette escalade. Pour se faire entendre, l'ACC a même sorti des arguments massues. L'industrie chimique est impliquée ainsi dans « 96 % de tous les biens produits et se pose comme la fondation de l'intégralité de la chaîne de valeur nord-américaine ». Avec la manne des gaz de schiste qui a offert un avantage compétitif majeur aux États-Unis, l'ACC souligne que la chimie américaine a pu se relever et devenir l'une des industries les plus exportatrices du pays, pesant pour 14 % de la totalité des exportations. Par ailleurs, la Chine est un partenaire essentiel, sachant qu'elle a absorbé 11 % de la totalité des exportations de résines plastiques américaines en 2017. Persuadée que Pékin ne fera que durcir ses mesures de rétorsion si l'Amérique continue sur cette voie, la fédération américaine brandit le risque de lourdes pertes. Près de 24 000 emplois dans la chimie et l'aval pourraient être supprimés dans cette bagarre. Et plus de la moitié des 194 Mrds $ d'investissements prévus dans l'industrie chimique aux États-Unis pourraient être repoussés voire abandonnés !

Cette guerre commerciale n'arrive pas au moment le plus opportun. Car après un exercice 2017 franchement terne, de moins de 1 % de croissance (CPH n°826), l'ACC prévoit une progression de 3,4 % pour 2018 (hors pharmacie) et de 3,6 % en 2019, selon les données de son rapport conjoncturel semestriel publié début juin. Ce rapport estime que, même si l'année 2018 a démarré doucement, de nombreux facteurs sont très bien orientés : hausse des exportations, reprise de la production industrielle, état équilibré des stocks, très bonne demande des marchés finaux, et conjoncture favorable pour ce qui concerne les gaz de schiste. Les deux principaux viviers de demande pour la chimie seraient bien positionnés, avec un secteur de la construction qui rebondirait nettement et des ventes automobiles qui resteraient élevées. L'ACC s'attend ainsi à des gains de production conséquents pour la pétrochimie, la chimie organique, les revêtements, les spécialités, les produits de grande consommation et l'agrochimie. En 2018, les exportations chimiques américaines, "boostées" par la chimie de base, devraient croître, par ailleurs, de 7,2 % pour atteindre 139,2 Mrds $. En parallèle, les importations n'augmenteraient que de 4,9 %, à 101,8 Mrds $, bonifiant le solde commercial. L'ACC trouve ainsi vraiment dommage que le bras de fer commercial engagé par l'Administration Trump avec la Chine ne vienne mettre en péril ces formidables perspectives.

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