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L'Afise sensibilise ses adhérents à la co-innovation

Par Sylvie Latieule

L'association des industries de la détergence, de l'entretien et des produits d'hygiène industrielle a organisé un colloque prospectif sur les futurs enjeux de l'hygiène dans les maisons et lieux collectifs au 21e siècle. Il a mis en lumière l'importance d'une co-construction entre recherche académique et recherche privée pour l'émergence de solutions innovantes.

A quels grands défis allons-nous être confrontés pour assurer l'hygiène dans les maisons et les lieux collectifs au 21e siècle ? Réchauffement climatique, accroissement des échanges planétaires, expansions démographiques, changement global, maladies émergentes... Dans ce contexte, quelle est la nouvelle donne pour les produits d'entretien et les produits d'hygiène industrielle ? Quels changements pour la conception de nouvelles formulations, la production, les représentations sociales de l'hygiène et du bien-être ? Pour répondre à ces nombreuses questions, l'Afise (Association des industries de la détergence, de l'entretien et des produits d'hygiène industrielle), a organisé, le 5 décembre dernier, au siège du CNRS à Paris et en partenariat avec l'organisme de recherche, un colloque prospectif intitulé « l'hygiène au 21e siècle ». Cette rencontre inédite avait pour vocation d'impulser un nouveau partage de visions et de connaissances entre les chercheurs des unités CNRS et les chercheurs des entreprises du secteur de l'hygiène, membres de l'Afise, pour favoriser de nouvelles solutions en matière d'hygiène domestique et industrielle.

Née au milieu du XIXe siècle, la doctrine hygiéniste a révolutionné l'ensemble des sociétés occidentales touchant des domaines très variés, de la médecine à l'architecture, en passant par l'urbanisme ou les pratiques mortuaires. On peut notamment mettre à son actif le développement des réseaux d'égouts, le traitement des eaux usées, la gestion des déchets... Pour autant, nos cités sont loin d'être totalement aseptisées, concentrant des foyers à microbes, en particulier dans des espaces publics comme les gares ou les stations de métro, comme l'a expliqué Hugues Richard, enseignant-chercheur à l'UPMC, tandis qu'au niveau domestique, on tend à toujours plus de propreté. « On s'est longtemps posé la question de l'éradication de pathogènes et de l'opposition entre le sain et le malsain », a résumé Didier Torny de l'Inra, ajoutant que « ce paradigme n'est plus à ordre du jour ». Car ce sont entre 1 à 2 kilogrammes de bactéries que chaque individu porte en lui et qui vivent en symbiose avec son corps, expliquait François Renaud, spécialiste de l'infectiologie à l'université de Montpellier : « Avoir trop d'hygiène n'est pas toujours bon. En enlevant trop de pathogènes dans l'hémisphère nord, nous entraînons plus d'allergies et plus de déficit du système immunitaire. Notre système immunitaire finit par se retourner contre nous ». Derrière ce phénomène, le risque encouru est notamment l'attaque infectieuse d'un virus émergent qui pourrait profiter de nos déplacements planétaires pour se propager.

Cet hygiénisme s'est accompagné du développement de produits qui ne se sont pas toujours révélés sans conséquence pour l'environnement. Charles-François Gaudefroy, vice-président R& D chez Unilever, a retracé l'histoire de la lessive qui se conjugue avec celle de son groupe. Ce dernier a été créé en 1885 sur la base du Sunlight Soap, savon conçu pour le lavage des vêtements. Avec les évolutions sociétales majeures au XXe siècle et le travail des femmes, il a fallu laver plus vite, plus efficace et moins cher. C'est ainsi que sont apparues les machines à laver avec les lessives à base de tensioactifs phosphatés non biodégradables. Mais ces derniers laissaient des traces dans l'environnement. D'où l'introduction de solutions biodégradables sans phosphates et maintenant biosourcées. La recherche de formules toujours plus efficaces et sans impact sur l'environnement est un combat de longue haleine.

De son côté, Hélène Budzinski, directrice de recherche à l'Université Bordeaux-I, a captivé, autant qu'inquiété, l'auditoire en présentant ses travaux sur la recherche de contaminants organiques dans les eaux. En résumé, en descendant à l'échelle du picogramme, on finit par découvrir toutes sortes de composés organiques dans les eaux que l'on analyse. « La contamination est multisources, multicomposés avec des origines industrielles, agricoles, et de plus en plus, domestiques et urbaines. Le principal pollueur devient le citoyen », a-t-elle expliqué. Pour ce qui est du cas des tensioactifs, elle a ajouté que l'on en retrouve de très grandes quantités en entrée de stations d'épuration. Ces molécules sont dégradées, mais pas à 100 %, et peuvent se retrouver en particulier dans les boues. L'épandage de ces boues pouvant ensuite contribuer à la contamination des eaux de surface ou sous-terraines.

Il est ainsi ressorti de ces débats que le secteur de la détergence continue de faire face à de nombreux défis relevant du développement durable. Certes, la profession n'a pas attendu d'être montrée du doigt pour s'emparer du sujet. Pour preuve, quelques réalisations clés : la diminution de la quantité d'emballages, la compaction des doses de produits lessiviels, la mise en place d'une charte du nettoyage durable, la campagne de communication « Je préfère 30° » qui consiste à inciter à laver le linge à basse température, l'affichage environnemental...

Néanmoins, elle peut probablement aller plus loin. D'autant que l'histoire a montré que des pratiques et produits chimiques considérés comme vertueux aujourd'hui pourraient être contestés demain. D'où l'intérêt de toujours rechercher de nouvelles molécules ayant un impact zéro (y compris leurs métabolites), et de s'interroger sur la question du bon usage d'un produit d'hygiène. Mais cela ne pourra se faire que dans le cadre de partenariats toujours plus étroits entre chercheurs académiques et industriels. Une co-innovation qui devra aussi prendre en compte le point de vue des usagers, particuliers ou professionnels, dans leur rôle de prescripteurs, a estimé Didier Torny (Inra). Cette dimension a été prise en compte dans le colloque à travers la présence de la sociologue Sylvie Ollitrault du laboratoire mixte Arènes (université de Rennes), ou du philosophe Bernard Andrieu de l'université Paris-Descartes. Ce qui a fait dire à Sébastien Bossard, président de l'Afise : « il y aura un avant et un après », estimant que ce colloque fera date dans l'histoire de la profession. ?

ADHÉRENTS DE L'AFISE

87 ENTREPRISES 95 Usines 3,57 Mrds E DE CHIFFRE D'AFFAIRES 10 500 Emplois directs 67% PME 21 % TPE 11 % GROUPES INTERNATIONAUX 1 % ETI

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