Nous suivre Info chimie

Cahier AFTPVA : L'AFTPVA a organisé un débat sur les critiques portéesau dioxyde de titane

Sylvie Latieule

Sujets relatifs :

, ,

Pigment blanc universel, le dioxyde de titane commence à faire l'objet de critiques car suspecté d'être cancérogène par inhalation. L'Europe doit prendre position, mais les professionnels sont formels : il est impossible de substituer le titane.

Le 7 juin dernier, dans le cadre de son assemblée générale, l'AFTPVA a organisé une table ronde sur le dioxyde de titane (TiO2). L'objectif était de proposer une synthèse sur les problématiques actuellement rencontrées par ce produit présent en grande abondance sur terre. Pigment blanc universel, il s'est rendu indispensable au fil des décennies dans de très nombreuses applications comme les peintures, les plastiques, le papier, les encres et même l'agroalimentaire. Malgré lui, il est cependant devenu un sujet médiatique car il est accusé de toxicité sur l'homme. C'est ainsi que ces derniers mois, le débat a fait rage autour de ses applications dans l'alimentaire. Appelé dans ce domaine colorant E171, alors qu'il est utilisé pour blanchir ou intensifier la brillance de bonbons, par exemple, il fait l'objet d'une cabale qui pourrait bien déboucher par son interdiction en France dans cette application, en raison de sa présentation sous forme nanoparticulaire.

Côté réglementaire, on retiendra que c'est le centre international de recherche sur le cancer (CIRC) qui, le premier, a classé le dioxyde de titane dans le groupe des substances de catégorie 2B, cancérogènes possibles chez l'Homme par voie pulmonaire. Dans son avis du 15 avril 2014 relatif à l'évaluation des risques liés aux nanomatériaux, l'Anses a soumis à l'Agence européenne des produits chimiques (ECHA) une proposition de classification plus dure de catégorie 1B. Le 9 juin 2017, le Comité d'évaluation des risques de l'ECHA s'est prononcé en faveur d'une classification en catégorie 2.

Le 25 juin de cette année, le Haut Conseil de la santé publique (HCSP) a rendu une série de recommandations destinées à « protéger les travailleurs et les personnes au voisinage de sites de production ou de manipulation de nanoparticules de dioxyde de titane ».

Dans ce contexte, la Commission européenne doit maintenant se positionner. Si elle entérine cette classification en catégorie 2, des restrictions d'usage importantes sont attendues et les industriels auront obligation d'informer, par l'apposition d'un étiquetage approprié, des risques encourus par les travailleurs lors de la manipulation des produits contenant du dioxyde de titane. Avec in fine, une possible mise sous clé des peintures dans les magasins !

Bien entendu, les professionnels du secteur des peintures se battent contre ces allégations qu'ils jugent erronées. « Il n'y a jamais eu de maladie du travail relative au dioxyde de titane », a assuré Claude Stock, président de Neoformula. « Des protections sont en place sur les travailleurs. Et quand il est fixé sur le mur, le dioxyde de titane ne présente pas de danger ». De son côté, Paul Remontet, directeur technique de l'Unifap, a expliqué qu'il était impossible de remplacer le dioxyde de titane dans les peintures. « On a tout essayé. On peut supprimer le dioxyde de titane dans certaines formulations mates. Mais lorsque l'on veut de la brillance, c'est impossible ». Selon Claude Stock, cela s'explique par l'indice de réfraction élevé du TiO2 qui est de 2,7, et sa différence avec celle du liant, en général autour de 1,5 à 1,8. Il y a donc une « impossibilité physique » à le remplacer. Renoncer au TiO2, ce serait aussi renoncer au pouvoir couvrant d'une peinture décorative et revenir systématiquement à des applications multicouches, alors que les peintures monocouches se sont largement imposées. « Personne ne le fera », a assuré Claude Stock. Éric Cottereau, directeur technique de la société Funget, spécialisé dans les revêtements pour sols, a expliqué que, grâce à des carbonates, du kaolin ou des extendeurs de TiO2, on pouvait diminuer la part de TiO2. Mais guère plus d'une dizaine de pourcents.

Dans les peintures, le dioxyde de titane est « dans la quasi-totalité des cas » utilisé sous la forme de particules de taille de quelques centaines de nanomètres, donc non nanoparticulaire. Néanmoins, il existe des applications où il est utilisé sous forme de nanoparticules pour des applications en dépollution. « Dans le cas du TiO2 photocatalytique, nous utilisons des particules bien inférieures à 10 nm. Nous travaillons en milieu liquide et nous nous assurons que les particules ne sont pas inhalées », explique Claude Stock.

Le TiO2, ingrédient clé

Il est finalement ressorti de toute cette discussion que la profession s'inquiète des conséquences d'une telle disposition réglementaire qu'elle juge non justifiée au regard des études dont nous disposons aujourd'hui, tant le dioxyde de titane reste un ingrédient clé de la composition des peintures.

Le TiO2 nanoparticulaire doit faire l'objet de travaux plus approfondis, au même titre que les autres substances à l'état nano car ce sont des cas spécifiques, du fait que cet état particulier de la matière est intermédiaire entre l'amas de molécules (ou de cristaux) et la matière à l'état massif.

Cécile Gervasoni, ingénieur certification Afnor, a rappelé que le secteur des peintures était aussi préoccupé par d'autres sujets, comme celui des biocides, et notamment des isothiazolones. Alain Lombard, toxicologue industriel et conseil en toxicologie à la SECF (Société des experts chimistes de France), a invité les participants à rester sur leur garde. Aujourd'hui, c'est le dioxyde de titane nanoparticulaire qui est pointé du doigt. Il explique cependant que le dioxyde de titane utilisé dans les peintures pourrait aussi être mis sous surveillance, compte tenu du fait que les poudres contiennent toujours des nanoparticules résiduelles. Un autre sujet à surveiller est celui de l'abrasion des peintures en fin de vie, lors de ponçages, qui pourrait également entraîner des relargage de nanoparticules. Il a invité la profession à élaborer des argumentaires autour du TiO2 pour répondre à d'éventuelles attaques. « Il faut mettre en place les moyens de répondre aux questions. Sur les sujets qui touchent à la toxicologie de produits, le pire est de ne pas avoir de réponse », a-t-il conclu.

Bienvenue !

Vous êtes inscrit à la news Industrie Chimie

Nous vous recommandons

Lanxess va vendre une partie de ses mines en Afrique du Sud

Lanxess va vendre une partie de ses mines en Afrique du Sud

Le producteur de spécialités Lanxess vend sa participation dans sa mine de chrome à Rustenburg, en Afrique du Sud. Les 74% que possède Lanxess ont été achetés par Clover Alloys Proprietary[…]

19/11/2019 | AfriqueSpécialités
Edito : Un Grand Chaptal pour Thierry Le Hénaff

Edito : Un Grand Chaptal pour Thierry Le Hénaff

Mol acquiert le compounder allemand Aurora

Mol acquiert le compounder allemand Aurora

Solvionic lève 4 millions d’euros pour passer au stade industriel

Solvionic lève 4 millions d’euros pour passer au stade industriel

Plus d'articles