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L'apprentissage : une opportunité pour dynamiser la chimie

Par Dinhill On

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Depuis 2014, l'apprentissage a subi une refonte pour favoriser l'emploi à la fois sur le court et sur le long termes. Des réformes qui offrent la possibilité aux industriels de la chimie de favoriser ce mode de formation utilisé depuis longtemps dans le secteur.

En France, près de 32 milliards d'euros sont dépensés, chaque année, pour la formation professionnelle. Elle constitue un des moyens essentiels permettant de mieux s'insérer sur le marché du travail, que ce soit pour des étudiants, des personnes actives voulant se réorienter ou encore des demandeurs d'emploi. Dans un contexte national où le chômage peine à diminuer, la formation professionnelle est devenue un des chevaux de bataille du gouvernement actuellement en poste. La preuve avec l'annonce d'un plan pour l'emploi par le Président de la République visant à former près de 500 000 demandeurs d'emplois. Autre mesure avec la loi Sapin promulguée le 6 mars 2014. Elle redessine les contours du paysage de la formation professionnelle continue. À commencer par l'apprentissage (cursus professionnalisant pour les jeunes de moins de 26 ans en formation initiale) auquel le secteur de la chimie a régulièrement recours. Ce type de formation, au même titre que la professionnalisation (cursus en alternance pour tous), offre plusieurs avantages, comme le détaille Sandrine Delage, directrice des ressources humaines chez Chimex : « Cela constitue un excellent mode de formation pour l'apprenant, et une expérience qui peut faciliter son embauche. Pour le maître d'apprentissage, cela complète ses compétences en valorisant les aptitudes managériales. Enfin, l'apprentissage constitue un excellent moyen pour l'entreprise accueillante d'attirer des talents ».

Si l'apprentissage constitue un moyen de formation pour les jeunes à partir de 15 ans, une des particularités de la chimie réside dans le fait qu'elle emploie de nombreux apprentis post-baccalauréat. « L'apprentissage dans l'industrie chimique est très tourné vers l'enseignement supérieur. Sur les quelque 3 000 apprentis que compte le secteur, près de 83 % des apprentis sont d'un niveau supérieur au baccalauréat », indique Catherine Beudon, responsable Social, Emploi et Formation à l'Union des industries chimiques (UIC). Avant de préciser: « Environ 30 % des apprentis sont en cursus bac+2 (BTS, DUT) et 18 % de niveau licence. Les apprentis de niveau Master ou ingénieur comptent pour près de 36 % d'après nos chiffres ». Pour expliquer cette particularité au niveau de l'apprentissage, l'une des principales raisons est liée à la complexité des procédés. « L'industrie chimique a besoin d'un certain niveau de compétences pour ce qui est des postes de production ou au laboratoire », explique Catherine Beudon (UIC). Une tendance confirmée par Christine Rocrelle, directrice Apprentissage/Alternance au centre de formation Interfora Ifaip : « La demande d'apprentis pour les métiers d'opérateurs demeure et répond à un besoin de renouvellement des sites industriels. Cependant, d'année en année, le niveau des apprentis ne cesse d'être de plus en plus élevé ». En regardant la répartition des apprentis par métier, 63 % d'entre eux intègrent la production, tandis que 15 % s'orientent vers des métiers de R&D et au sein de sièges sociaux. Près de 7 % des contrats d'apprentissage sont signés pour les activités de commerce de gros et 5 % le sont pour les filières de recyclage et de gestion des déchets. Le reste des apprentis étant employé dans d'autres secteurs et services liés à l'industrie chimique.

L'apprentissage est plutôt bien ancré dans les politiques de ressources humaines au sein des entreprises de la chimie. « L'industrie chimique est plutôt stable depuis plusieurs années en ce qui concerne le recours à la formation des apprentis. Nous observons même une tendance à une reprise pour les sociétés de plus de 50 salariés », affirme Christine Rocrelle (Interfora-Ifaip). Avant de souligner : « Au sein de notre centre, plus de la moitié de nos apprentis et 70 % de nos contrats de professionnalisation sont employés dans une entreprise de procédés au sens large (chimie, pharmacie, plasturgie, pétrole, etc.). Le reste étant en contrat avec des sous-traitants de ces secteurs ». Une tendance qui se vérifie auprès des industriels du secteur, quelle que soit leur taille, des grands groupes aux PME

 

Solvay, un chimiste abonné à la formation d'apprentis

 

À commencer par le chimiste belge Solvay. En 2014, le groupe comptait 4,7 % de son effectif français (environ 6 100 personnes) en contrat d'apprentissage ou de professionnalisation. « Sur les quelque 200 nouveaux entrants, chaque année, comptabilisés dans la filiale française, près de 20 % sont embauchés suite à un parcours d'apprentissage au sein du groupe. En 2015, nous comptions environ 300 apprentis dans nos rangs », détaille Jean-Christophe Sciberras, directeur des ressources humaines France de Solvay. Avant de compléter : « Dans les années à venir, nous voulons accentuer la part de recrutements via ce mode de formation, comme l'illustre notre engagement pris en 2014 à accroître la part d'embauche d'apprentis à 25 % ». Autre exemple, la société SNF, qui compte environ 1 000 collaborateurs, propose régulièrement des contrats d'apprentissage. « Nous accueillons environ une quinzaine d'apprentis par an, du niveau baccalauréat à ingénieur. Ils concernent pour la plupart les postes techniques en ingénierie de procédés, en sécurité ou encore en laboratoire. Mais il nous arrive d'accueillir des contrats d'apprentissage pour des métiers en ressources humaines ou dans le commercial », indique Pascal Rémy, p-dg du groupe. Avant d'ajouter : « 50 à 60 % des apprentis que nous formons sont embauchés par la suite au sein de nos effectifs ». Employant plus de 400 salariés sur 6 usines en France, Axyntis signe en moyenne cinq nouveaux contrats d'apprentissage par an, dont certains ont donné lieu à un recrutement, comme l'indique Célia Cherfi, adjointe aux ressources humaines et juriste au sein de la société : « Moi-même, j'ai été accueillie en tant qu'apprentie chez Axyntis avant d'intégrer le groupe en 2008. Depuis, il y a eu quatre autres cas d'embauche pour des postes de technicien de production, de responsable des affaires réglementaires, de technicien de laboratoire et de contrôleur de gestion ». Les différents cas évoqués montrent donc que la formation des apprentis peut concerner des domaines très diversifiés et l'ensemble des métiers de la chimie.

L'apprentissage n'est pas forcément une question de moyens financiers et humains mis en oeuvre. Il s'agit aussi d'un état d'esprit, comme l'illustre le cas de la société Chimex, concepteur de procédés éco-responsables en chimie fine et biotechnologies, pour la production d'ingrédients cosmétiques. Ne comptant que 220 salariés dans ses rangs, l'entreprise a recours à l'apprentissage depuis plus de 20 ans. « Nous avons accueilli notre premier apprenti dès 1993, et avons transformé un premier apprentissage en CDI en 1997. Chaque année, nous accueillons 6 à 8 apprentis, tant en laboratoire ou en production, qu'auprès de services supports », précise Sandrine Delage (Chimex). D'ailleurs, la qualité de l'encadrement des jeunes apprentis chez Chimex a été récompensée en 2014 par le prix Lavoisier de l'apprentissage. Ce prix, décerné par l'UIC Île-de-France, prime le meilleur couple maître d'apprentissage-tuteur pédagogique ayant formé un apprenti. « Créer un cadre propice et une culture d'entreprise apprenante, cela fait partie de notre stratégie RH », ajoute Sandrine Delage. De son côté, le groupe Minafin, qui compte près de 700 salariés entre la France, l'Allemagne et les États-Unis, tente de s'inspirer du modèle allemand. « Il s'agit pour nous d'une référence en matière d'apprentissage. En Allemagne, 6 à 10 % de notre effectif sont constitués d'apprentis. Et cela ne se limite pas aux ouvriers, mais également aux métiers de niveau supérieur comme les ingénieurs », détaille Frédéric Gauchet, président de Minafin. Le dirigeant estime également que le système américain possède ses forces, en particulier pour la formation d'ingénieurs de production. « En France, nous n'avons qu'un seul apprenti sur un site de chimie fine. Je pense que cette situation est culturelle avant tout. En France, l'apprentissage est un mode de formation peu valorisé, alors qu'en Allemagne, il est considéré avant tout comme créateur de valeur », déplore Frédéric Gauchet.

Si les industriels semblent enclins à former des apprentis, encore faut-il avoir des candidats. Et pour cela, la France accuse du retard et doit améliorer certains points pour inciter davantage les jeunes à opter pour ce mode de formation. En premier lieu, il est nécessaire de changer positivement son image. Ce fut d'ailleurs l'un des points relevés par l'Académie des technologies au cours d'un colloque sur la formation professionnelle. « L'image de l'apprentissage est celle d'une formation technique que l'on ne fait pas par choix. Il faut favoriser l'attractivité de cet enseignement, par exemple en faisant découvrir les réussites et la richesse des disciplines technologiques », soutient Jacqueline Lecourtier, présidente de la Commission Emploi/Formation de l'Académie des technologies.

 

Renforcer la collaboration entreprises-système pédagogique

 

Les acteurs du secteur estiment qu'il est nécessaire de renforcer la collaboration entre les entreprises et le système pédagogique. « Le lien entre l'entreprise et les écoles n'est malheureusement pas très nourri en France de manière générale », estime Jean-Chirstophe Sciberras (Solvay). Dans certains cas, le manque d'interaction entre les deux parties peut limiter le nombre des jeunes apprentis accueillis en entreprise. « Nous serions favorables à prendre davantage d'apprentis en formation, mais certaines formations qui pourraient nous intéresser ne sont pas ouvertes à l'apprentissage », indique Célia Cherfi (Axyntis). Un constat partagé par Ludovic Devoldère, directeur général du centre de formation Afi24 : « L'an dernier, nous avions 150 offres de contrats en apprentissage non pourvues dans le secteur de la chimie au sens large. Cette situation est principalement due à l'inadéquation des profils des candidats aux besoins de l'entreprise ».

En outre, ce bon rapport entre les deux parties permettrait de mieux tenir compte des contraintes temporelles des industriels, comme l'explique Jean-Chistophe Sciberras (Solvay) : « Les industriels sont souvent obligés de s'adapter aux calendriers de chaque école, qui ne sont pas coordonnés entre nos organisations. Je pense qu'il serait nécessaire de mieux tenir compte des contraintes d'agenda des entreprises ». Un avis que partage Ludovic Devoldère (Afi24) : « Le calendrier de l'Éducation nationale n'est pas adapté à celui de l'apprentissage. Par exemple, les jeunes qui veulent devenir apprentis dès la fin du lycée ne reçoivent la réponse définitive de leurs voeux que fin juin, ce qui est chronologiquement incompatible avec les calendriers de l'apprentissage. Il faudrait essayer de donner une réponse plus rapide pour les jeunes qui veulent opter pour l'apprentissage ».

Un dernier point concerne le manque de clarté du système de l'apprentissage, qui peut faire renoncer certaines entreprises à y recourir. « Le dispositif manque de lisibilité, notamment en ce qui concerne certaines dispositions spécifiques pour les entreprises de moins de 11 salariés sur l'aide à l'apprentissage. Les principaux concernés ne sont pas forcément au courant », cite Christine Rocrelle (Interfora-Ifaip). La société Minafin estime que le système est trop complexe : « Il est impératif de simplifier la procédure d'accueil d'un apprenti pour l'entreprise », soutient Frédéric Gauchet (Minafin). Avant de poursuivre : « Le financement de l'apprentissage est une vraie jungle. Je pense qu'il faudrait que cela soit un système centralisé ». Un avis qui rejoint celui de Ludovic Devoldère (Afi24) : « Il faut une stabilité des aides destinées aux entreprises pour la mise en place de l'apprentissage. Cela est vrai surtout pour les PME et ETI, qui sans continuité de ces aides, ne vont pas se risquer à l'accueil d'un apprenti au détriment de leur compétitivité ». Le dirigeant espère la mise en place d'outils permettant une visibilité à la fois nationale et régionale sur ce mode de formation professionnelle.

Le secteur de la chimie se préoccupe donc depuis longtemps de l'apprentissage, en raison de ces besoins spécifiques, notamment pour les postes de production. Cependant, le système actuel manque d'interactions entre les établissements pédagogiques et les entreprises accueillant de la formation professionnelle. Il paraît donc nécessaire de mettre en place des ajustements afin de nouer un meilleur dialogue entre les deux parties, et de mieux cerner les besoins des industriels. D'autre part, les acteurs du secteur militent pour une simplification de la procédure pour le financement et l'accueil d'apprentis ou d'alternants. Cela permettra ainsi d'en développer l'attractivité et d'aider la formation professionnelle à regagner ses lettres de noblesse.

 

« L'industrie chimique a besoin d'un certain niveau de compétences pour les postes de production ou au laboratoire », Catherine Beudon, responsable Social, Emploi et Formation de l'UIC

La formation des apprentis peut concerner des domaines très diversifiés et l'ensemble des métiers de la chimie.

 

3 000 Nombre de contrats d'apprentissage dans le secteur de la chimie en 2015 83 % des apprentis de la chimie (tous postes confondus) sont en enseignement supérieur 5 000 Nombre visé de jeunes accueillis en apprentissage et en professionnalisation par l'industrie chimique d'ici à 2017

LA CHIMIE ENGAGÉE SUR L'EMPLOI DES JEUNES

En juillet 2014, l'Union des industries chimiques (UIC) a signé un accord dans le cadre du pacte de responsabilité et de solidarité initié par le gouvernement pour favoriser l'emploi. D'ici à 2017, le syndicat professionnel s'est engagé au recrutement de 47 000 salariés en CDI ou en CDD, soit l'embauche de 15 700 personnes par an. Cet accord prévoit également l'accueil de 5 000 jeunes en alternance (apprentissage, professionnalisation) sur la période 2015 à 2017. Enfin, la branche a décidé de mettre en place un contrat de génération pour favoriser l'insertion professionnelle des jeunes et le maintien des seniors.

VINCENT TARDY, Talent acquisition manager chez ArkemaInvestir sur la durée pour former un vivier de pré-recrutement

« Arkema souhaite accompagner chaque apprenti dans son projet de formation et d'insertion professionnelle. Nous suivons chaque année plus de 200 alternants sur l'ensemble de nos sites en France et nous avons inscrit, dans notre accord GPEC, un objectif annuel de 30 % de recrutement des alternants en contrat CDI (5 % pour les sites industriels). Notre offre d'alternance est ouverte à tous les métiers de l'entreprise : procédé, fabrication, maintenance, ingénierie de projet mais aussi fonctions supports telles que la finance, les ressources humaines, etc. Elle concerne également tous types de métiers, du CAP jusqu'au diplôme d'ingénieur. Cependant, la réforme de l'apprentissage a complexifié le financement de nos écoles et universités partenaires pour les formations bac+4/+5 et a eu pour conséquence de ne pas atteindre notre objectif sur l'année 2015. Cependant, Arkema continuera de s'engager auprès des jeunes et d'accueillir chaque année un grand nombre d'étudiants pour les aider à construire leur parcours professionnel. Au périmètre du groupe, nous poursuivrons notre démarche qui vise à augmenter le nombre d'apprentis. Nous sommes persuadés que les industriels du secteur en feront tout autant. »

DENIS POSTEL, président de la Commission d'orientation stratégique du pôle Industries agro-ressources (IAR)« Il y a une demande croissante pour de l'apprentissage en chimie du végétal »

Le président de la Commission d'orientation stratégique du pôle IAR fait part des actions initiées dans le domaine de la formation professionnelle en chimie du végétal.

Infochimie Magazine : Quel rôle le pôle IAR a-t-il dans la formation professionnelle ? Denis Postel : Le pôle IAR a mis en place une commission d'orientation stratégique (COS) qui a pour rôle de surveiller l'adéquation entre les formations professionnelles et les besoins des entreprises adhérentes. Il s'agit également du premier pôle à labelliser des formations. Nous effectuons un suivi annuel selon certains critères définis par la COS et ainsi maintenons la qualité des formations. Ces labels constituent une belle vitrine pour inciter les entreprises à s'ouvrir à la formation professionnelle. Est-ce que la chimie du végétal est un secteur porteur pour l'apprentissage ? D.P. : Il y a une forte volonté des centres de formations pour ouvrir des cursus en apprentissage et en alternance, notamment dans l'industrie de procédés. De plus, il y a une demande croissante de la part des étudiants pour de l'apprentissage ou de l'alternance en chimie du végétal. Mais la mise en place de ce type de formation en apprentissage n'est pas simple car il implique la volonté des entreprises d'accueillir les apprentis en leur trouvant un maître d'apprentissage. Et pour cela, il faut qu'une collaboration s'instaure entre les établissements pédagogiques et les sociétés. Quelles actions le pôle IAR a-t-il prises pour favoriser ce dialogue ? D.P. : Nous menons différentes actions de promotion des formations labellisées par le pôle. Par exemple, nous organisons un forum bisannuel sur les formations autour de la bioraffinerie du végétal, où des entreprises viennent présenter leurs besoins en métiers et compétences lors de tables rondes. Pour faciliter la mise en relation entre les différentes parties, nous avons mis en place, il y a moins de deux ans, le service IAR Academy, qui propose des demandes d'accueil en entreprises pour des stages, de l'ap-prentissage ou de l'alternance sur le site Internet du pôle et les réseaux sociaux.

Propos recueillis par Dinhill On

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