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L'Association chimie du végétal réclame une feuille de route

Propos recueillis par Sylvie Latieule

Alors que le secteur de la chimie du végétal entre dans une phase d'industrialisation et de déploiement, Christophe Rupp-Dahlem, président de l'Association chimie du végétal recommande vivement une meilleure coordination des actions nationales pour la bioéconomie.

Depuis moins d'une dizaine d'années, la chimie du végétal connaît un renouveau avec la prise de conscience de la raréfaction des ressources fossiles. Les projets de R&D se sont très vite démultipliés à travers le monde mais qu'en est-il de la réalité industrielle de tous ces travaux ?

Christophe Rupp-Dahlem : On constate aujourd'hui que certains projets sont bien arrivés au stade industriel, en particulier dans le domaine des intermédiaires chimiques, mais aussi pour des produits finis biosourcés : par exemple les films plastiques (paillage agricole et sacs) ou les plastiques rigides pour le secteur de l'automobile, de l'emballage et du bâtiment. Dans les intermédiaires, on peut citer le cas de l'acide succinique. Roquette a d'ores et déjà démarré une unité industrielle en Italie en collaboration avec DSM (co-entreprise Reverdia). Dans la foulée, une première unité de taille mondiale de PBS verra le jour en Thaïlande chez PTTMCC Biochem, co-entreprise qui réunit le Thaïlandais PTT et le Japonais Mitsubishi Chemical Corporation. L'Italie est également en pointe avec le projet de reconversion de la plateforme pétrochimique de Porto Marghera en Sardaigne pour la production de nombreux monomères et polymères biosourcés (co-entreprise Matrica avec Novamont et Versalis). En France, beaucoup de projets en sont encore au stade de la démonstration avec le financement de grands instituts d'excellence tels que PIVERT, IFMAS ou IDEEL qui doivent contribuer au développement futur d'unités industrielles. Il est donc important de ne pas relâcher les efforts de financement public-privé dans ce domaine.

 

Pour autant, ce secteur de la chimie du végétal peut générer de l'activité économique et de l'emploi...

C. R.-D. : En 2012, l'Ademe avait publié une étude annonçant plus de 23 000 emplois directs en France dans la chimie du végétal avec la possibilité de création de 19 000 emplois supplémentaires à l'horizon 2020. Ces créations d'emplois permettront d'accompagner la dynamique de croissance dans le domaine de la chimie traditionnelle. Une nouvelle étude commandée par l'Ademe est en cours de finalisation. Elle apportera une vision plus précise des marchés, des produits et de leurs perspectives d'évolution sur la période 2020-2030.

 

Quel est l'impact de la révolution des gaz de schiste et de la baisse des cours du pétrole sur cette chimie du végétal ?

C. R.-D. : L'un des challenges pour les produits issus du végétal est d'apporter une performance environnementale supérieure aux produits d'origine fossile à travers une meilleure ACV, et en particulier une empreinte carbone réduite. Mais cela ne suffit pas. La chimie du végétal doit aussi relever le challenge de la performance technique en apportant des propriétés supplémentaires. Par exemple, je ne crois pas au développement du bioéthylène en Europe. En revanche, je suis persuadé qu'il faut se focaliser sur des produits différenciants. Et ceci est d'autant plus nécessaire que les produits biosourcés rencontrent une très forte concurrence de la part des produits d'origine fossile avec la baisse actuelle du prix du pétrole et de ses dérivés.

 

On entend beaucoup parler de soutiens publics autour des bioénergies et de l'agenda climatique et du projet de loi français sur la transition énergétique. Mais quelle est la place accordée à la chimie du végétal qui répond pourtant à ces mêmes enjeux ?

C. R.-D. : L'Europe a pris conscience de l'importance de la bioéconomie. En octobre dernier, s'est tenu à Turin un forum important où le Standing Committee on Agricultural Research et le European Bioeconomy Panel, dont je fais partie, se sont réunis pour présenter une stratégie européenne sur les produits biosourcés comme élément de croissance de la bioéconomie. Deux documents ont été publiés, l'un sur l'approvisionnement en biomasse et l'autre, sur les enjeux des marchés. Pour répondre à une demande croissante de produits biosourcés, la production de biomasse devra répondre à un triple challenge. Elle devra être plus efficace avec une utilisation plus intensive des terres, sans tomber dans le revers de la surexploitation. Des nouvelles sources de biomasse devront être mobilisées comme les co-produits, les ressources aquatiques, les déchets ou de nouveaux systèmes de production (rotations courtes de cultures ou de forêts). Cette exploitation de la biomasse devra également contribuer à la réduction des émissions de gaz à effet de serre, et se dérouler dans des conditions économiquement viables qui profitent à l'ensemble de la chaîne de valeur.

Hormis les enjeux autour de la production de biomasse, il a été rappelé que c'est le marché qui fait la bioéconomie et que pour l'heure, les acteurs européens sont désavantagés par rapport à leurs homologues américains, brésiliens, chinois ou de l'Asie du Sud-Est. Le document est revenu sur la nécessité de mettre en place des incitations pour stimuler le marché des bioproduits, à travers des aides spécifiques ou l'émergence de labels ou de certifications. De façon générale, les recommandations définies dans le cadre de la Lead Market Initiative, un groupe de travail européen lancé en 2008 pour favoriser le développement des produits biosourcés restent d'actualité.

En France, la loi de transition énergétique prendra aussi ces enjeux en compte. Elle intégrera, par exemple, une préférence dans le cadre des marchés publics pour les produits à faible impact environnemental, dont les produits biosourcés, comme aux États-Unis avec le programme BioPreferred.

 

Quelles déclinaisons peuvent avoir ces réflexions au niveau français ?

C. R.-D. : En France, il nous manque une stratégie nationale sur la bioéconomie, alors que plusieurs pays européens ont déjà publiés leur feuille de route, comme par exemple l'Allemagne, le Royaume-Uni, le Danemark, la Finlande, l'Irlande, les Pays-Bas, la Norvège, l'Autriche, et la Suède. Pour ce qui est du périmètre, selon les pays, la stratégie bioéconomie est centrée sur l'énergie et l'alimentation, d'autres ayant une approche plus large sur l'ensemble des utilisations de la biomasse. Des réunions interministérielles ont cependant démarré en France et l'on devrait avancer sur la rédaction d'une première feuille route nationale dans les mois qui viennent.

Il est important pour l'ensemble des acteurs de la filière, des producteurs aux secteurs aval, de s'associer autour d'une telle stratégie nationale forte. L'ACDV apportera sa contribution à l'élaboration de cette stratégie sur les aspects chimie du végétal, comprenant les intermédiaires, les matériaux et les produits finis.

 

Pourquoi est-ce si important d'avoir une feuille de route nationale ?

C. R.-D. : Il y a beaucoup d'initiatives en France autour de la chimie du végétal avec l'Association Chimie du végétal, le programme Innovation 2030, les Instituts de transition énergétique, les pôles de compétitivité et le Plan Chimie verte et biocarburants... Toutes les pièces du puzzle sont là, mais une stratégie d'ensemble permettrait de mieux afficher les ambitions et les priorités de notre pays et de fédérer tous les acteurs de la bioéconomie.

 

Au niveau de l'ACDV, que vous présidez, comment vous préparez-vous aux enjeux de la bioéconomie ?

C. R.-D. : Nous avons défini quatre ambitions pour les années à venir. L'une de nos ambitions est de participer à la définition de la stratégie nationale de la bioéconomie. Nous souhaitons également être un acteur clé plus reconnu et force de propositions en France et en Europe, élargir le périmètre des secteurs d'activités de l'ACDV, notamment vers l'aval, développer la collaboration entre adhérents et créer un outil de référence chiffré pour la chimie du végétal en France (base de données, identification des premières matières végétales, suivi des stocks, des flux et des sources ...).

 

Du 8 au 10 avril 2015 se tiendra à Lille la troisième édition de la manifestation Plant Based Summit que l'ACDV organise en collaboration avec la société Infopro Digital, éditrice des revues Formule Verte et Info Chimie. Quel message souhaitez-vous adresser à des auditeurs potentiels pour les inciter à participer à cette manifestation ?

C. R.-D. : Tout d' abord pour venir découvrir Lille et son dynamisme régional au coeur de la bioéconomie européenne. Le pôle de compétitivité Matikem, sponsor Platinium de PBS 2015, en est une illustration. Ensuite, pour l'attractivité de cette manifestation. Cette année nous aurons un programme « fantastique ». Nous avons réussi à réunir un plateau d'intervenants très international avec des orateurs en provenance de nombreux pays européens dont l'Angleterre, l'Italie, la Finlande, ainsi que du Brésil, des États-Unis et du Canada. Ils reviendront sur le développement de la bioéconomie dans chacun de leur pays. En parallèle des conférences plénières, se tiendront de nombreux ateliers thématiques. L'Agrobiobase, développée par le pôle de compétitivité IAR, remettra son prix de l'innovation. Enfin, un large espace sera réservé à quelque 70 exposants qui pourront présenter leurs solutions dans le domaine de la chimie du végétal. PBS sera l'un des rendez-vous incontournables de la chimie du végétal en Europe en 2015. Cette manifestation est d'ailleurs soutenue par le Cefic qui est l'association européenne de l'industrie chimique.

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