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L'assurance-crédit s'appuie sur le risque sectoriel

Propos recueillis par Aurélie Dureuil

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La société d'assurance-crédit Coface a publié une évaluation du risque sectoriel pour le secteur de la chimie et de la pharmacie. L'occasion de revenir sur cette activité avec Carole Boisselet, responsable de l'arbitrage chimie/pharma/textile et Khalid Aït Yahia, en charge des études de Coface.


Pouvez-vous nous présenter l'activité de Coface ?
 

Carole Boisselet : Coface est une compagnie d'assurance-crédit qui a pour objet d'accompagner les entreprises dans 66 pays. Nous disposons de 44 centres d'arbitrage dans le monde pour les entreprises multinationales et locales, tant pour leur marché domestique que pour l'export. Notre activité vise à couvrir le risque de non-paiement à l'échéance de factures d'opérations réalisées à crédit.

 

Comment êtes-vous organisés pour les différents secteurs et pays ?
 

C.B. : Nos 44 centres d'arbitrage sont orientés vers leur marché domestique. Seules la France et l'Allemagne ont toujours eu une dimension internationale. Notre organisation est sectorielle. Elle nous permet d'accompagner nos assurés partout dans le monde et d'anticiper certains risques dans des parties du monde où l'on constate une décroissance ou une augmentation significative des impayés.

 

Comment évalue-t-on le risque crédit ?
 

C.B. : Pour analyser le risque acheteur, il nous faut replacer la société dans son environnement. Il nous faut évaluer le risque lié au pays et la capacité de la société à évaluer dans son pays. Cela passe par exemple par l'étude du soutien des banques, du contexte politique... En second lieu, nous analysons la société elle-même. Nous récoltons des informations à travers le réseau Coface qui s'appuie sur des enquêteurs dans la plupart des pays. Nous voulons avoir une idée globale sur l'expérience de la société sur le marché, son actionnariat avec la capacité des actionnaires à investir, à développer l'activité... Nous regardons aussi la capacité des managers à gérer l'activité ainsi que le comportement de paiement via les fournisseurs assurés Coface. Cette analyse porte sur la société concernée mais aussi le groupe ou les sociétés affiliées.

 

Khalid Aït Yahia : Pour établir l'évaluation du risque pour une société, nous nous appuyons sur quatre données : l'évolution du chiffre d'affaires, le taux de profitabilité, l'endettement net et l'évolution du free cash flow. Ces quatre grandeurs expliquent assez bien le risque de non-paiement des factures.

 

Dans votre baromètre sectoriel de novembre, la chimie fait l'objet d'un risque élevé pour l'Europe de l'Ouest et l'Asie émergente, et modéré en Amérique du Nord. Quels sont les facteurs motivant cette analyse ?
 

K.A.Y. : Dans le domaine de la chimie, on constate une reconfiguration au niveau de la consommation des produits chimiques. Coface a amélioré son appréciation du risque dans ce secteur. Du côté de l'Amérique du Nord, la région acquiert des avantages compétitifs avec les gaz de schiste au niveau de l'énergie mais aussi comme intrant dans le processus de production. Cela représente un avantage non négligeable. Les acteurs du Moyen-Orient profitent de leur avantage de disposer d'hydrocarbures à moindre coût et se positionnent pour plus de valeur ajoutée. Et ils se développent aussi en Chine. In fine, la France et l'Europe de l'Ouest subissent ce positionnement, en plus d'une activité atone. Ce qui pose problème au niveau de la Chine est la dichotomie qui existe au niveau local. Il y a de grands groupes soutenus par les banques publiques avec des taux vraiment bas tandis que les PME et ETI éprouvent des difficultés à se financer et refinancer car elles n'ont pas accès aux financements publics. Des entreprises se mettent aujourd'hui en pool et apportent des fonds pour prêter à des particuliers et des entreprises avec des taux d'intérêt assez élevés. Cela amène des difficultés de financement. Un industriel français qui voudrait vendre sa production en Chine devra faire attention à l'environnement économique.

 

Pour la pharmacie, votre analyse est plus modérée en fonction des zones géographiques avec un risque modéré pour l'Asie émergente, moyen pour l'Amérique du Nord et élevé pour l'Europe de l'Ouest. Pouvez-vous expliquer cette analyse ?
 

K.A.Y. : Les laboratoires pharmaceutiques européens ont subi, et continuent de subir, les contrecoups d'une période d'austérité dans leur marché domestique, provoquant un ralentissement voire un arrêt de la croissance des dépenses publiques de produits pharmaceutiques. La concurrence des génériques a accru les difficultés d'un secteur à la conjoncture délicate. L'application de procédures de comparaison coût-bénéfice par les agences de remboursement, cherchant par là même à évaluer la valeur d'un traitement pour chaque patient, est un obstacle supplémentaire et compliqué à surmonter. L'incertitude sur le niveau de remboursement d'un médicament a poussé à une redéfinition de l'économie de la filière. Ainsi, les laboratoires européens doivent se redéployer, et trouver de nouvelles sources de profits. Ils disposent pour cela d'une bonne assise dans les pays émergents, dont la croissance des ventes contrebalance les difficultés rencontrées en Europe. En outre, ils collaborent avec des institutions publiques ou privées de recherche, de manière à cibler les thérapies les plus prometteuses. La lutte contre les maladies du XXIe siècle participe aux développements de médicaments à forte valeur ajoutée, et permet aux laboratoires de limiter les impacts d'une austérité budgétaire qui semble s'installer durablement en Europe.

 

C.B. : Les grands laboratoires étaient plutôt orientés vers les pays émergents et surtout les grands émergents (Chine, Brésil, Russie et Inde). En Chine, ils ont maintenant accès à des implantations physiques pour produire des principes actifs et des implantations commerciales. D'un autre côté, ce sont des marchés assez soutenus avec une modification des rythmes de vie et une transition démographique accélérée. Un certain nombre de sociétés s'est implanté en Chine pour produire des médicaments. Ce pays qui a été un pays de délocalisation pendant longtemps devient moins attractif pour sa main-d'oeuvre. Mais le pays va vers une consommation à l'occidental, la durée de vie va s'allonger... Nous voyons des réseaux privés de pharmacies qui se développent. C'est un marché en pleine évolution.

 

Comment intervient Coface ?
 

C.B. : Nous aidons les sociétés à l'export à partir de notre capacité à analyser les acheteurs qui nous sont présentés. La société cliente de Coface souscrit en amont à une police d'assurance-crédit. Nos arbitres analysent ensuite la solvabilité des acheteurs du portefeuille en fonction de l'encours de risque porté par l'assuré. Cela permet à la société de faire une sélection du risque. Elle va pouvoir planifier avec quel client elle peut développer des opérations et avec quel client il vaut mieux être prudente. Notre rôle est aussi d'évaluer chacun de ses potentiels clients et de l'aider à faire un choix stratégique.

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