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L'écoconception permet l'amélioration continue des produits

Par Dinhill On

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L'écoconception permet l'amélioration continue des produits

La Smart House pilotée par Bostik favorise l'innovation durable et collaborative dans le domaine du bâtiment.

© Arkema

Les acteurs de la chimie se sont depuis longtemps préoccupés de l'impact de leur activité sur l'environnement. Dans le contexte actuel de développement durable, certains ont fait de l'éco-conception un de leurs axes stratégiques de croissance et d'innovation.

Depuis longtemps, le secteur de la chimie s'intéresse aux thématiques environnementales actuellement en vogue en cette année post-COP21. Une préoccupation importante qui provient de sa qualité d'industrie pouvant avoir un fort impact sur l'environnement, que ce soit par la consommation de ressources, ou encore la dangerosité potentielle des produits qu'elle utilise. La preuve avec l'initiative Responsible Care lancée dès 1985 par l'industrie chimique canadienne. Cette démarche volontaire vise à mettre en oeuvre dans le secteur les concepts du développement durable, en améliorant les performances des industriels dans le domaine de la sécurité, de la protection de l'environnement et de la santé. « L'industrie chimique traditionnelle a bien intégré, depuis de nombreuses années, la notion de développement durable. La plupart des grands groupes ont un département dédié à cette thématique », commente Samuel Causse, responsable du pôle Chimie et agroressources chez Evea Conseil, cabinet de conseil spécialisé dans les prestations de services en écoconception et en analyse de cycle de vie. La charte Responsible Care a été adoptée en France par l'Union des industries chimiques (UIC) en 1990, sous le nom « d'Engagement de progrès ». Le Responsible Care a ensuite été étendu à la gestion des produits chimiques (Product Stewardship). Cette approche a été structurée en 2006, avec la mise en place de la Global Product Strategy. « Il s'agit d'une démarche de l'industrie chimique mondiale pour favoriser un management sûr des produits. Le Global Product Strategy vise notamment à fournir des informations sur la sécurité des produits à destination des clients, des autorités et du grand public », explique Philippe Prudhon, directeur des affaires techniques à l'UIC.

Si le développement durable semble être depuis longtemps dans les préoccupations de la chimie, les démarches d'écoconception ne se sont développées fortement qu'à partir de 2002, avec la parution au niveau international de la norme ISO/TR 14 062, qui en décrit les concepts et les pratiques.

 

Allier performances techniques et environnementales

 

L'écoconception vise à intégrer les impacts environnementaux dès la conception d'un produit, et tout au long des étapes de son cycle de vie. Pour un produit, cette démarche peut se traduire en différentes actions : intégration d'ingrédients renouvelables, amélioration de sa recyclabilité, réduction de la consommation en ressources pour sa fabrication, etc. « L'éco-conception s'inscrit dans la démarche d'économie circulaire, qui est une approche transverse. Par conséquent, nous incitons nos adhérents à ne pas travailler en silos (air, eau, déchets, etc.), et à échanger au maximum dans la chaîne d'approvisionnement », détaille Philippe Prudhon (UIC). Pour évaluer les effets de leurs actions sur l'environnement, les industriels ont recours dans la majorité des cas à un outil méthodologique d'analyse de cycle de vie.

Certains domaines de la chimie sont plus soucieux du cycle de vie de leurs produits, comme l'indique Claire Michaud, ingénieure experte Matériaux et écoconception chez Rescoll : « Plusieurs marchés sont très avancés dans la démarche, en particulier celui du bâtiment et des travaux publics (BTP) ». Un avis partagé par Samuel Causse (Evea Conseil) : « Dans le BTP, les performances des matériaux de construction (peintures, additifs, revêtements, etc.) sont déterminantes pour l'obtention du label Haute Qualité environnementale (HQE) d'un édifice ». Une tendance confirmée par le chimiste Bostik, filiale d'Arkema spécialisée notamment dans les colles, joints d'étanchéité et enduits muraux. « Le développement durable s'inscrit dans les valeurs de notre société, ce qui nous conduit toujours à rechercher des actions pour favoriser le recyclage de nos produits ou réduire la consommation de ressources pour les fabriquer », affirme Lionel Pellegrino, directeur marketing du département Construction et Grand Public chez Bostik. Avant de continuer : « Pour l'éco-conception, nous effectuons des analyses de cycle de vie en interne depuis 2006. Nous nous focalisons sur la disponibilité et l'approvisionnement en matières premières durables. Cependant, il y a toujours une limite technico-économique, et nous souhaitons privilégier la performance d'un produit avant d'y intégrer des ingrédients durables. Toutes nos fiches sont consultables sur www.inies.fr ». Dans ce secteur de la construction durable, Solvay propose également des solutions pour améliorer la performance environnementale des édifices. Il commercialise, par exemple, ses polymères Technyl eXten trouvant des applications dans la protection des tuyauteries. En effet, ces polymères biosourcés présentent le bénéfice de ne pas recourir aux ressources fossiles, dont l'utilisation est plus délétère pour l'environnement.

Un autre marché où l'écoconception est bien présente est celui des transports. « Le secteur de l'automobile est très avancé sur le sujet, notamment par rapport aux impacts environnementaux des matériaux », note Claire Michaud (Rescoll). En effet, la demande des consommateurs vers une mobilité décarbonée et sûre, conjuguée aux réglementations drastiques en matière d'émissions de CO2 incitent les chimistes à proposer toujours plus d'innovations pour ces applications. Par exemple, le groupe Solvay commercialise ses silices hautement dispersibles Zeosil pour les pneumatiques. Leur intégration dans les pneus permet d'en réduire la résistance au roulement, et par là même, la consommation de carburant. « Ces silices ont fait l'objet de notre méthodologie Sustainable Product Management (SPM) pour déterminer les meilleures applications possibles », explique Michel Washer, responsable adjoint Développement durable de Solvay. Mis en oeuvre en 2009, le SPM sert à évaluer l'impact environnemental et sociétal d'un couple application/produit. Les résultats sont classés selon une échelle de valeur croissante Challenged/Exposed/Neutre/Aligned/Star, et servent à mener des actions concrètes au niveau des business units. « La méthodologie SPM vient d'être récompensée par le «Belgian Business Award for the Environnement" », ajoute Michel Washer. Le groupe Solvay n'est pas le seul à s'intéresser au secteur de l'automobile et à commercialiser des solutions écocompatibles. C'est également le cas du chimiste français de spécialités Arkema. « Nous commercialisons notamment des thermoplastiques de haute performance, comme le Rilsan HT ou encore la résine Elium pour la fabrication de composites recyclables », indique Hervé Thiébaud, responsable du département Évaluation environnementale et analyse de procédés chez Arkema. Moins délétères que des produits issus de la chimie « traditionnelle », ces produits biosourcés ou recyclables contribuent de surcroît à la problématique d'allègement des véhicules dans le domaine du transport qui cherche à réduire sa consommation de carburant. Ces exemples illustrent la volonté du groupe de proposer des solutions innovantes ayant une empreinte environnementale réduite, évaluée grâce aux ACV. « Au fil des années, Arkema a développé de solides compétences en ACV. Cette expertise est hébergée en France au centre de recherche de Pierre-Bénite en Rhône-Alpes, et s'appuie sur un réseau mondial dénommé Arkema LCA Network », soutient Hervé Thiébaud.

Enfin, les marchés où les solutions de la chimie sont en lien direct avec le consommateur grand public (Business to Consumer ou B toC) sont très demandeurs d'éco-conception. « Les domaines de la cosmétique, de la détergence ou encore du luxe s'intéressent de près à ces aspects », indique Samuel Causse (Evea Conseil). C'est le cas chez le chimiste suisse Clariant qui a lancé sur le marché, à destination du marché de l'hygiène personnelle, ses surfactants durables GlucoTain, développés à l'aide d'un outil interne s'apparentant à l'ACV. « Ces produits font partie de notre portefeuille de produits durables EcoTain, développés dans le cadre de notre démarche Portfolio Value Program (PVP) démarrée fin 2012 », raconte Lynette Chung, responsable groupe Développement Durable chez Clariant. Avant de détailler : « Le programme PVP consiste à évaluer la performance de durabilité sur l'ensemble de notre portefeuille à l'aide d'une méthode d'évaluation comprenant plusieurs indicateurs choisi parmi 36 différents critères ». Les produits sont ensuite classés selon trois principales catégories en fonction de leur performance : à améliorer, acceptable (performant et écocompatible) et EcoTain (ayant la meilleure performance technique de la catégorie et dépassant les critères de durabilité sur le marché). « Notre label EcoTain ne s'intéresse pas seulement à la durabilité absolue du produit mais également à sa performance technique, qui peut faire l'objet d'améliorations. C'est pour cela que nous procédons à une réévaluation des produits, tous les deux ans », affirme Daniel Kaufmann, responsable de la communication Développement durable chez Clariant. Outre la cosmétique et l'hygiène, Clariant a lancé sur le marché des produits labellisés EcoTain pour des secteurs comme ceux de la peinture, des revêtements ou encore du textile. Outre Clariant, Solvay propose également des solutions durables pour le marché des produits de soin, comme sa gamme de polymères Jaguar, produits à partir du guar, une plante légumineuse.

 

Une opportunité de croissance pour tous

 

À l'heure actuelle, la plupart des industriels de la chimie revendiquent avoir mis l'écoconception des produits au coeur de leur stratégie de croissance. Et ils devront faire appel quasi systématiquement à des méthodologies d'évaluation de type ACV. « Les ACV nous permettent non seulement d'évaluer les caractéristiques de nos produits, mais il s'agit également d'une démarche pour développer au sein du groupe la réflexion axée sur le cycle de vie (ou LCT). Cette démarche est encore renforcée par le lancement en 2016 de la Life Cycle Business School qui impliquera toutes les business units de notre société, depuis la R&D jusqu'aux équipes commerciales », indique Hervé Thiébaud (Arkema). Une tendance que l'on retrouve également chez Clariant, comme l'affirme Lynette Chung : « Nous nous focalisons énormément sur la durabilité de nos produits, avec de nombreux projets dans les tuyaux. Notre initiative PVP permet d'aller toujours plus loin dans le "Life Cycle Thinking ". Il s'agit d'un outil complémentaire à notre R&D ».

De plus, cette réflexion axée sur le cycle de vie permet de favoriser les collaborations sur toute la chaîne de valeur. D'abord, sur les relations clients-fournisseurs : en effet, une majorité des grands groupes de la chimie (Solvay, Arkema, Clariant, BASF, etc.) participent à l'initiative Together for Sustainability, fondée en 2011. Il s'agit d'une démarche visant à évaluer et améliorer les pratiques d'achats responsables au niveau des chaînes d'approvisionnement. « En clair, cela permet de sélectionner les fournisseurs en fonction de leur performance en matière de responsabilités sociétale et environnementale », précise Michel Washer (Solvay). En outre, le LCT peut permettre les partenariats en ce qui concerne l'innovation. Et ce qu'illustre notamment la Smart House pilotée par Bostik, avec l'aide de sa maison-mère Arkema, en octobre 2015. Il s'agit d'une maison-laboratoire à échelle 1 pour étudier l'interaction et les impacts environnemental et sanitaire de matériaux de construction, et favoriser l'innovation collaborative dans le domaine du bâtiment. « Cette installation constitue un formidable outil de R&D pour nous permettre d'avoir toujours un coup d'avance et de favoriser l'innovation collaborative dans le domaine du bâtiment durable », déclare Lionel Pellegrino (Bostik).

Dans un contexte où la réflexion axée sur le cycle de vie de produits devient de plus en plus importante, les industriels de la chimie ont placé la démarche d'éco-conception au sein même de leur stratégie de croissance. En effet, elle constitue un outil servant à promouvoir l'innovation durable et à favoriser les échanges entre les acteurs du secteur. Et cela, quelle que soit la taille de l'entreprise, comme le précise Samuel Causse (Evea Conseil) : « Il y a de plus en plus de PME et ETI qui sollicitent nos services par exemple pour évaluer la performance environnementale de leurs nouveaux produits, ou étudier les bénéfice écologique et économique d'un procédé innovant ».

 

« L'écoconception s'inscrit dans la démarche d'économie circulaire, qui est une approche transverse ». Philippe Prudhon, UIC.

« L'industrie chimique traditionnelle a bien intégré depuis de nombreuses années les notions de développement durable ». Samuel Causse, responsable du pôle Chimie et agroressources d'Evea Conseil.

 

2006 Année de la mise en place de l'initiative Global Product Strategy

12 % écart sur la marge bénéficiaire entre des produits éco-conçus et des produits conventionnels (source : Étude Pôle Eco-conception/IDP)

1985 Année de création de la démarche Responsible Care par l'industrie chimique canadienne

L'analyse de cycle de vie en bref

Il s'agit d'une méthode holistique et multicritère permettant d'évaluer de manière quantifiable les impacts d'un produit, d'un service ou d'un procédé sur l'environnement au sens large. Faisant l'objet d'un norme internationale (ISO 14040 à 14043), cet outil prend en compte tous les flux entrants (matières premières, énergie, eau) et sortants (déchets, effluents liquides, émissions gazeuses) sur l'ensemble des étapes du cycle de vie d'un produit (du berceau à la tombe ou « Cradle to grave »). En règle générale, les industriels évaluent le cycle de vie d'un produit depuis sa conception jusqu'aux portes de l'usine (« Cradle to gate »). Les ACV s'effectuent selon un certain nombre d'indicateurs, en fonction du produit et de son application.

D.O.

ÉVÉNEMENTL'ACDV (IN)FORME LES INDUSTRIELS SUR L'ACV

Le 11 mars 2016, l'Association chimie du végétal (ACDV) a organisé une journée de formation « Analyse de Cycle de vie (ACV) et enjeux de la durabilité pour la chimie ». Au cours de cette journée, les industriels ont pu s'informer sur le contexte, les enjeux et les toutes dernières initiatives en ce qui concerne le développement durable. « Plusieurs actions ont été conduites au niveau européen, ces dernières années. La dernière, en décembre 2015, avec la proposition européenne pour l'économie circulaire qui prévoit un train de mesures comme la législation déchets ou encore le plan d'action pour la période 2017-2019 », liste Véronique Garny, directrice Product Stewardship au Conseil européen de l'industrie chimique (Cefic). Avant d'ajouter : « Nous travaillons également sur un support méthodologique, suite au lancement, la même année, du processus européen d'empreinte environnementale des organisations et des produits ». Cette journée a également permis de clarifier l'utilisation de l'ACV pour concevoir des produits plus durables. À cette occasion, l'ACDV a présenté le projet d'harmonisation des pratiques d'ACV chez plusieurs acteurs de la chimie du végétal parmi lesquels l'ACDV, Solvay, Roquette, Bostik ou encore Avril. « Cette initiative a trois principaux objectifs : permettre une comparaison des performances environnementales des produits ; promouvoir l'évaluation environnementale des produits ; et accompagner les praticiens de l'ACV », décrit Samuel Causse, responsable du pôle Chimie et agroressources du cabinet Evea Conseil. Cette collaboration a donné lieu à l'élaboration d'un guide méthodologique pour l'ACV : « Recommandations pratiques pour l'évaluation environnementale des produits chimiques d'origine biosourcée ». L'assistance a ensuite pu prendre connaissance de plusieurs démarches d'industriels pour l'intégration de biosourcé sur différents marchés : la cosmétique, l'agriculture, les matériaux composites et la détergence. Pour conclure la journée, l'Ademe a détaillé les outils mis à disposition et aidant à la mise en oeuvre d'ACV, et ainsi favoriser la démarche d'éco-conception. « Nous avons mis en place un annuaire de l'éco-conception, qui recense outils, contacts, formations et retours d'expérience en la matière. Pour aider les industriels, nous avons aussi élaboré la « Base Impact », une base de données environnementales nécessaires au calcul de l'ACV des produits de grande consommation », explique Alice Gueudet, ingénieur à l'Ademe.

D.O.

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