Nous suivre Info chimie

L' « effet cocktail » mis en lumière

Par Aurélie Dureuil

Sujets relatifs :

, ,

Des chercheurs français ont détaillé les mécanismes d'« effet cocktail » des molécules environnementales sur les récepteurs humains. Des résultats qui ouvrent la voie à la recherche de nombreuses autres combinaisons.

Alors que les études se multiplient sur l'exposition aux substances chimiques, l'exposition simultanée à plusieurs composés reste peu documentée. L'Institut national de recherche et de sécurité (INRS) a ainsi mis en place en 2014 un outil en ligne permettant d'évaluer le potentiel additif de 118 substances chimiques en milieu professionnel. C'est ce fameux « effet cocktail » que des chercheurs montpelliérains ont étudié. Ils se sont intéressés aux récepteurs hormonaux. « Ils sont 48 chez l'humain. Ils possèdent tous la caractéristique d'avoir une poche relativement grande et hydrophobe qui peut accueillir les molécules naturelles comme des vitamines ou des hormones. Mais également les polluants qui provoquent alors un dérèglement », détaille William Bourguet, directeur de recherche Inserm au Centre de biochimie structurale. Son équipe a travaillé avec l'équipe de Patrick Balaguer de l'Institut de recherche en cancérologie de Montpellier (IRCM).

 

Le récepteur hormonal PXR étudié

 

Les chercheurs ont concentré leur étude sur le récepteur des xénobiotiques PXR. « Ce récepteur détecte des concentrations un peu trop élevées de molécules dans l'organisme et déclenche un mécanisme pour se débarrasser de ces molécules étrangères. Ce récepteur est connu pour être une cible privilégiée des molécules polluantes », souligne William Bourguet. Mais une activation prolongée de ce récepteur peut également entraîner la perte d'efficacité d'un traitement médicamenteux ou une chute de la concentration de certaines hormones naturelles. Les chercheurs ont ensuite sélectionné une quarantaine de molécules environnementales « sur la base de leurs différences chimiques et de catégories. Il y avait des médicaments, des antibiotiques, le BPA, etc. », précise le directeur de recherche. Grâce à la plateforme de criblage cellulaire de l'IRCM, les chercheurs ont testé l'activité biologique du récepteur soumis à des combinaisons associant deux molécules différentes. « Sur 780 combinaisons, nous en avons identifié une dont l'activité était décuplée. Ainsi, au lieu d'avoir une activité juste additive, elle était multipliée par 50 », explique William Bourguet. La combinaison en cause : un oestrogène de synthèse utilisé dans les pilules contraceptives, l'éthinylestradiol, et un composant de pesticides, le trans-nonachlor. Les chercheurs se sont alors intéressés à l'affinité de ces molécules. « Elles créent un ligand supra-moléculaire avec des caractéristiques fonctionnelles beaucoup plus fortes », note-t-il. Les équipes montpelliéraines ont ainsi démontré au niveau moléculaire « l'effet cocktail » entre les perturbateurs endocriniens.

 

De nombreuses combinaisons à tester

 

Ces travaux ouvrent la voie à de nombreux autres tests. « Nous avons testé un récepteur avec une quarantaine de molécules. Il existe 48 récepteurs et on considère que nous sommes en contact avec 150 000 molécules », rappelle William Bourguet, donnant une idée de l'ampleur de la tâche pour tester toutes les combinaisons possibles pour chaque récepteur. Les chercheurs travaillent déjà avec une banque de 1 280 molécules de médicaments afin de tester des combinaisons sur le récepteur PXR. Un autre axe de recherche est de poursuivre sur la combinaison identifiée. Après des travaux essentiellement basés sur des tests in vitro, les chercheurs vont poursuivre avec des tests in vivo sur des souris. Si l' « effet cocktail » est déjà connu, les travaux parus dans Nature Communications ouvrent à de nouveaux sujets d'études dans le domaines des perturbateurs endocriniens mais aussi « de la toxicologie et de l'évaluation des risques liés à l'utilisation des produits chimiques », selon l'Inserm.

EN CHIFFRES

780 Le nombre de combinaisons testées par les chercheurs montpelliérains sur un récepteur à partir de 40 molécules 48 RÉCEPTEURS HORMONAUX CHEZ L'HUMAIN 150 000 C'EST LE NOMBRE DE MOLÉCULES AUXQUELLES L'HUMAIN EST SOUMIS DANS L'ENVIRONNEMENT

Bienvenue !

Vous êtes inscrit à la news Industrie Chimie

Nous vous recommandons

Pyrowave recycle le polystyrène avec des micro-ondes

Pyrowave recycle le polystyrène avec des micro-ondes

Créée en 2014, la société canadienne Pyrowave s'est attaquée au recyclage du polystyrène. Basé sur l'utilisation des micro-ondes, son procédé permet de[…]

01/06/2020 | PolystyrèneZoom
Le captage et le stockage du CO2 font un pas en avant

Le captage et le stockage du CO2 font un pas en avant

Les soudières françaises entament leur démarche de transition énergétique

Les soudières françaises entament leur démarche de transition énergétique

Des micro-algues pour une troisième génération de biocarburants

Des micro-algues pour une troisième génération de biocarburants

Plus d'articles