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L'entrée en production de la plateforme intégrée de Jubail confirme la stratégie de Total

À Jubail, Aurélie Dureuil

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L'entrée en production de la plateforme intégrée de Jubail confirme la stratégie de Total

Plus de 20 000 kilomètres de pipelines aériens, l'équivalent en superficie de 700 terrains de football, 400 000 barils de brut traités chaque jour, 1 Mt/an de capacités de produits pétrochimiques... La plus grande plateforme de raffinage en pétrochimie de Total démarre petit à petit. Et déjà le groupe français prévoit les futurs investissements.

«Avec le succès de ce projet, c'est une honte si nous ne continuons pas ». La déclaration de Samir Al-Tubayyeb, vice-président de Saudi Aramco et président du bureau des directeurs de Satorp, témoigne des perspectives de la coopération entre la compagnie saoudienne et Total. Créée en 2008, la coentreprise Satorp (62,5 % Saudi Aramco et 37,5 % Total) poursuit le démarrage de ses opérations. Et les deux partenaires regardent déjà vers le futur. « Maintenant que la raffinerie fonctionne, nous pouvons commencer à parler des étapes suivantes », confie Patrick Pouyanné, directeur général Raffinage-Chimie et membre du comité exécutif de Total. Et les prochaines étapes devraient concerner l'activité pétrochimie de ce complexe intégré situé à Jubail, sur la côte est de l'Arabie Saoudite. Les deux partenaires affichent une volonté de développement dans ce secteur. Ainsi, les « cinq aires stratégiques » du groupe pétrolier saoudien reposent sur « un leadership dans l'amont, une croissance de l'aval, l'innovation, le développement du secteur de l'énergie et les citoyens », selon une porte-parole de Saudi Aramco. Elle détaille pour la partie aval « les opportunités en chimie » et notamment « l'intégration de nos raffineries avec la pétrochimie », qui permet à l'entreprise de détenir une part du marché local de 7 % dans ce domaine, selon le groupe. Outre la coentreprise avec Total, Saudi Aramco est présent dans les sociétés PetroRabigh et Fujian et compte deux projets en développement (Sadara avec Dow, à Jubail également, et Yasref avec Sinopec à Yanbu).

De son côté, Total affiche également son ambition de faire croître ce complexe qui représente sa plus importante raffinerie dans le monde. « Nous cherchons à capitaliser sur Satorp pour développer la pétrochimie. Comme à Anvers, une partie du feedstock de la raffinerie sont des gaz riches en propylène et éthylène », indique Patrick Pouyanné. Le principe étant de convertir les gaz récupérés lors du process de raffinage pour alimenter des unités pétrochimiques. Les discussions ont également été engagées avec « plusieurs sociétés chimiques » pour leur fournir un « accès à des matières premières venant de Satorp. À partir de cette matière première, ils pourraient créer de la valeur ajoutée », souligne le dg Raffinage-Chimie de Total. Il précise que la décision devrait être « prise dans les prochaines années pour une entrée en production d'ici à la fin de la décennie ». Si aucun détail n'est encore fixé, le dirigeant de Total avance que « l'ordre de grandeur pour des projets de pétrochimie est de 5 à 6 milliards de dollars ».Un projet qui viendrait compléter un complexe déjà gigantesque au milieu du désert. Après trois ans de travaux qui ont mobilisé jusqu'à 45 000 personnes et sept ingénieristes internationaux, le site entre peu à peu en service pour être pleinement opérationnel à la fin du premier semestre 2014. Si une partie de la production servira le marché local, 400 bateaux devraient être mobilisés chaque année pour l'expédition des produits du site vers l'export et notamment l'Asie, comme le confie Patrick Pouyanné. L'export devrait concerner les produits pétrochimiques comme le paraxylène (700 000 t/an de capacités). Pour le propylène et le benzène, la coentreprise a déjà des clients dans la zone industrielle voisine, Jubail 1. Le site de Satorp étant le premier de la zone Jubail 2.

Le complexe a nécessité un investissement de 12 Mrds $, en tenant compte « des unités industrielles mais aussi de la logistique autour », précise Patrick Pouyanné. Le site emploie aujourd'hui 1 400 personnes, un chiffre qui devrait passer à 1 100 personnes en rythme de croisière alors que les effectifs Total détachés passeront d'une centaine à environ 30 personnes à terme. Le directeur général de la branche Raffinage- Chimie du groupe français prévoit trois avantages majeurs pour ce complexe : un brut décoté, car « il s'agit d'un brut lourd », une énergie vraiment peu chère, « qui représente 30 à 40 % des coûts contre 60 % dans les raffineries standard » et un effet de taille, le site produisant environ 11 Mt de diesel, 2 Mt d'essence et 1 Mt de produits chimiques (paraxylène, propylène et benzène). À cela s'ajoute le traitement d'un seul type de brut, de l'arabe lourd, qui a permis de « désigner les installations » de manière très spécialisée. À l'arrivée, « le coût de la production à la tonne est environ 40 % plus faible que dans les raffineries européennes », estime Patrick Pouyanné. Il ajoute qu'il s'agit de « la troisième raffinerie en terme de rentabilité en marge à la tonne ».

Et le site de Jubail n'est qu'un des projets de Total dans la région. Le groupe a ainsi comme objectif de « se développer de manière rentable en Asie et au Moyen-Orient pour bénéficier de la croissance des marchés émergents et accéder à des ressources pétrolières et gazières avantagées », détaille le dirigeant. Ainsi, la part des investissements en Asie et Moyen-Orient devrait passer de 20 % des capitaux investis en 2014 à 30 % d'ici à 2017. Patrick Pouyanné a confirmé avoir « entamé des discussions sur la pétrochimie sur base éthane » en Irak (CPH n°667). Total entend « se développer en appui de ce que nous possédons en amont », précise le dirigeant. Et le groupe poursuit ses investissements au Qatar sur les sites de Ras Laffan et de Messaied, où il est présent en coentreprise. Ce pays du Golfe représente « plus de 10 % du résultat du groupe », indique Patrick Pouyanné. Avant de préciser : « Notre stratégie est de tirer un maximum des actifs que nous avons déjà et de faire des projets avec un vrai avantage compétitif ». La compétitivité des sites du Moyen-Orient semble bien au coeur de la stratégie du groupe français.

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