Nous suivre Info chimie

L'incident Lubrizol révèle les difficultés de prévention et de gestion de crise

Dinhill On

Sujets relatifs :

, ,
L'incident Lubrizol révèle les difficultés de prévention et de gestion de crise

Carte des aléas toxiques de l'usine de Lubrizol à Rouen.

© spinfos.fr

Les questions de la sécurité industrielle et de la gestion de crise sont revenues sur le devant de la scène avec l'incident de la fuite de mercaptan sur le site rouennais de Lubrizol. L'occasion de faire un point sur l'état d'avancement des PPRT et la communication de crise.

L'incident survenu sur le site de Lubrizol à Rouen (Seine-Maritime) amène à s'interroger sur les difficultés de la mise en place des plans de prévention contre les risques technologiques (PPRT). Instaurés selon la loi Bachelot de 2003 votée à la suite à la catastrophe d'AZF du 21 septembre 2001, les PPRT ont été élaborés pour mieux contrôler l'urbanisation autour de sites industriels à haut risque (dits Seveso seuil haut), et ainsi de limiter la gravité des accidents susceptibles de survenir dans ces installations. Ils délimitent un périmètre d'exposition dans laquelle sont définies différentes zones, en fonction des risques, de leur gravité potentielle, de leur probabilité de survenue. « Les PPRT permettent de délimiter les zones constructibles et les zones de risque. Selon le degré de danger, le PPRT peut mener à différentes mesures foncières (expropriation ou délaissement) ou à la conduite de travaux de renfort pour protéger les bâtis », explique Philippe Prudhon, directeur du Département technique de l'Union des industries chimiques (UIC). Le territoire recense près de 640 sites Seveso seuil haut, et près de 3 500 études de dangers ont été menées pour réaliser les PPRT. « Sur les 404 PPRT à élaborer à ce jour, 401 d'entre eux ont été prescrits, et deux autres sont en cours de signature. Sur ces prescriptions, 216 PPRT ont été approuvés, soit environ 54 % », indique Cédric Bourillet, sous-directeur des risques accidentels au ministère de l'Écologie, du Développement durable et de l'Énergie. Avant d'ajouter : « Nous espérons avoir approuvé la grande majorité des plans d'ici la fin de l'année, et l'ensemble des PPRT d'ici fin 2014 ». « Pour l'instant, les PPRT les plus "simples" ont été approuvés, mais il reste une vingtaine de sites qui sont problématiques », continue Philippe Prudhon (UIC). La complexité d'élaboration des PPRT de ces sites provient notamment de leurs activités multiples qui y sont présentes, du grand nombre de riverains vivant à proximité ou bien encore des projets de territoire urbain des collectivités. « Les PPRT sont très exhaustifs en termes d'études, car ils doivent prendre en compte l'intégralité des phénomènes dangereux. Il est nécessaire de ne rien oublier, et c'est pour cela que la procédure d'approbation prend du temps », justifie Philippe Prudhon. Concernant le site Lubrizol, spécialisé dans la production d'additifs pour lubrifiants, carburants et peintures, son plan de prévention a été lancé en 2010 par la préfecture, mais est toujours en cours d'approbation.

Une gestion de crise très réglementée

 

L'incident de la fuite du site de Lubrizol a également fait ressortir des difficultés au niveau de la communication de crise auprès des riverains. Dans la plupart des cas, les industriels de la chimie communiquent très rapidement suite à la survenue d'un incident perceptible à l'extérieur de leur site. « Il s'agit d'une démarche mise en place par l'UIC dès 2007 incitant les industriels à dialoguer avec les riverains lors de la survenue d'un incident perceptible de l'extérieur, et d'instaurer ainsi une relation de confiance », précise Philippe Prudhon. Il prend la forme d'un communiqué expliquant les raisons de l'incident, ses conséquences s'il y en a, les moyens mis en place pour le résoudre ainsi qu'un indice (allant de 1 à 6) indiquant la quantité de matière dangereuse rejetée dans l'environnement. « Dès qu'il y a le moindre incident sur le site industriel, l'exploitant est tenu d'informer le préfet et la Dreal (ndlr : Direction régionale de l'environnement de l'aménagement et du logement) dans les meilleurs délais. Ce qui a été fait dans le cas de Lubrizol », affirme Cédric Bourillet. Ce n'est qu'après cette étape que le préfet indique la marche à suivre en enclenchant une série de mesures telles que les plans particuliers d'intervention (PPI). « Dans le cas de Lubrizol, personne ne pouvait prévoir que le mercaptan se disperserait aussi loin. Les conditions climatiques exceptionnelles (vents) favorisant la dispersion du mercaptan, et les interrogations sur l'incident aussi bien chez les riverains qu'au niveau international, en particulier au Royaume-Uni ont conduit à la mise en œuvre de la procédure de communication de crise, pilotée directement au niveau ministériel », explique Cédric Bourillet. Avant de continuer : « Dans le cadre de cet incident, nous avons fait appel à l'expertise de l'Ineris d'une part pour valider les procédés de neutralisation de la fuite au niveau du réacteur, mais également sur la mesure des concentrations de gaz à l'extérieur du site pour la maîtrise de la gêne olfactive ».

Concernant la polémique liée à la communication autour de cet incident, Cédric Bourillet estime qu'il n'y a pas eu de défaillances dans la volonté de communiquer : « La préfecture a régulièrement informé de l'évolution de la situation. S'il y a eu un manque d'information autour de cet incident, je pense qu'il était davantage lié à la façon dont les riverains étaient tenus au courant ». De son côté, l'UIC espère que l'incident de Lubrizol n'entamera pas la confiance des riverains envers les activités du secteur chimique : « Nous comprenons la crainte des riverains engendrée suite à cet incident, et l'UIC ne peut que le déplorer », renchérit Philippe Prudhon. Avant de souligner : « Mais cet incident ne doit pas faire oublier que les industriels de la chimie sont très mobilisés concernant la prévention des risques. Le secteur continue d'investir afin de toujours améliorer la sécurité de ses sites et de leur environnement, comme l'illustre le plan de modernisation des installations industrielles lancé en 2010 ».

Bienvenue !

Vous êtes inscrit à la news Industrie Chimie

Nous vous recommandons

Pyrowave recycle le polystyrène avec des micro-ondes

Pyrowave recycle le polystyrène avec des micro-ondes

Créée en 2014, la société canadienne Pyrowave s'est attaquée au recyclage du polystyrène. Basé sur l'utilisation des micro-ondes, son procédé permet de[…]

01/06/2020 | PolystyrèneZoom
Le captage et le stockage du CO2 font un pas en avant

Le captage et le stockage du CO2 font un pas en avant

Les soudières françaises entament leur démarche de transition énergétique

Les soudières françaises entament leur démarche de transition énergétique

Des micro-algues pour une troisième génération de biocarburants

Des micro-algues pour une troisième génération de biocarburants

Plus d'articles