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L'industrie chimique, un marché morcelé en cours de spécialisation

Aurélie Dureuil

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Alors que la spécialisation des groupes de la chimie mondiale ainsi que la régionalisation des stratégies se poursuivent, les dirigeants du secteur de la chimie se montrent plutôt confiants pour 2014.

Difficile d'effectuer une brève analyse du secteur de la chimie mondial, tant le secteur est morcelé. Les industries chimiques couvrent des marchés allant de la pétrochimie aux spécialités, et font face à des problématiques régionales diverses, notamment dues à l'accès aux matières premières et au coût de l'énergie. Comme en témoigne Serge Lhoste, associé dans le centre de compétence Chimie du cabinet Roland Berger : « le secteur est assez fragmenté au niveau mondial. Les leaders comme BASF et Dow ne détiennent finalement que 2 à 3 %. Cela s'explique par la multitude de marchés qui composent le secteur de la chimie ». Il constate par ailleurs « des évolutions de portefeuille dans les groupes de chimie, liées à des questions sur la possibilité de faire coexister des commodités et des spécialités ». Aujourd'hui, BASF fait office de modèle avec sa logique de Verbund (complexe ultra-intégré) lui permettant de mixer les deux types d'activités. Un positionnement qui semble de moins en moins suivi. « Actuellement, un mouvement important s'opère dans les portefeuilles des grands chimistes », note Serge Lhoste. Un constat fait également par Éric Douhéret, associé spécialiste du secteur de la chimie chez PwC. « Le mouvement démarré depuis quelques années est celui de la spécialisation. Certains grands groupes se positionnaient sur l'ensemble de la chaîne de valeur, de l'amont à l'aval. Aujourd'hui, nous voyons une transformation. À l'exemple de la joint-venture entre Solvay et Ineos mais aussi de Borealis qui est en train de construire un leader européen dans la chimie de base et des fertilisants », indique-t-il.

À ces différences de marché, viennent s'ajouter des disparités fortes au niveau mondial. « La demande est fortement impactée par la conjoncture locale. Mais les leaders de la chimie se sont internationalisés et bénéficient de la dynamique de croissance au niveau mondial », analyse Serge Lhoste (Roland Berger). Difficile d'appliquer la même stratégie en Europe, au Moyen-Orient, en Asie et aux États-Unis. « En Asie et au Moyen-Orient, de gigantesques complexes se constituent, comme la méga-raffinerie de Total à Jubail. Dans ces régions, des installations de pétrochimie adjacentes aux raffineries sont également créées. Aux États-Unis, les réinvestissements sont en cours là où la chimie américaine avait beaucoup souffert. Et les groupes se spécialisent », souligne Éric Douhéret (PwC). Serge Lhoste rappelle les années 2005-2006 où « la pétrochimie américaine était moins bien placée que la pétrochimie européenne en termes de coûts. En 2013, l'Europe a un peu décroché par rapport aux autres régions en termes de croissance ». Selon l'étude PwC « CEO Survey » 2014 sur la confiance des dirigeants des entreprises de la chimie, « près de la moitié des dirigeants considère les États-Unis comme un pays clé pour la croissance globale du secteur, contre 30 %, tous secteurs confondus. Si la Chine demeure un territoire stratégique dans l'année à venir, on note l'émergence de nouveaux relais de croissance, comme l'Indonésie, l'Allemagne ou la Turquie à 3 ou 5 ans ». Les accès à la matière première et à l'énergie jouent alors un rôle déterminant. « Il y a des régions extrêmement dynamiques comme les États-Unis. Cette tendance est largement due au coût de l'énergie, beaucoup moins chère qu'en Europe, suite au développement récent et rapide des gaz de schiste. C'est un vrai sujet de compétitivité », ajoute Éric Douhéret (PwC). « Les dirigeants se disent très préoccupés par la volatilité des matières premières (82 % des dirigeants contre 55 % tous secteurs confondus en 2014). Une préoccupation qui pousse les acteurs du secteur à s'approvisionner dans des pays ayant des coûts inférieurs, comme les États-Unis. Ils se montrent aussi plus inquiets que leurs pairs quant à la volatilité et l'augmentation du coût de l'énergie (75 % vs 55 %, tous secteurs confondus) et à l'excès de réglementation (72 % en 2014 vs 57 % en 2013) », selon l'étude PwC.

Malgré toutes ces évolutions et le dynamisme de certains marchés, l'année 2013 « n'a pas été une bonne année. Les trois quarts de l'année ont été en recul avec des volumes plutôt stables. Seul le dernier trimestre a marqué un rebond », note Éric Douhéret (PwC). Le nombre de transactions a également diminué. Passant de 130 opérations de plus de 50 M€ en 2012 à 102 en 2013, selon l'associé de PwC. La répartition témoigne des disparités régionales. Ainsi, il cite : « plus de quarante transactions en Asie, une quarantaine aux Amériques et une vingtaine en Europe ». De même, pour les méga-deals supérieurs à 1 Mrd $, passés de 17 en 2012 à 9 en 2013, selon Éric Douhéret.

Cette année plutôt calme pourrait présager une année 2014 plus dynamique. D'autant que l'étude PwC révèle « une forte amélioration de la confiance des dirigeants de l'industrie chimique. Ils sont ainsi 56 % à penser que l'économie mondiale va s'améliorer : c'est près de quatre fois plus que l'année dernière ». Commentant cette étude, Stéphane Basset, associé en charge du secteur Chimie chez PwC, indique : « 33 % des dirigeants annoncent d'ailleurs avoir planifié des fusions-acquisitions transfrontalières dans l'année à venir, contre 18 %, tous secteurs confondus. Mais si le nombre de transactions attendues reste équivalent à la moyenne de l'année précédente, les montants engagés devraient s'avérer plus faibles. » Alors que les opérations de spécialisation des groupes pourraient se poursuivre, Serge Lhoste (Roland Berger) anticipe également un mouvement de la part des acteurs d'Asie et du Moyen-Orient. « On peut s'attendre à ce qu'ils fassent des acquisitions dans des régions plus matures pour monter en compétence et acquérir des savoir-faire, comme Sabic l'a déjà fait », conclut-il.

 

Une étude de PWC révèle une forte amélioration de la confiance des dirigeants de l'industrie chimique.

 

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